Sans modération

Une vie, un seul roman (1/3)

On ne connaît de ces personnes qu’un seul roman, souvent resté dans la postérité. Pourquoi un seul roman ? À cela, il peut y avoir plusieurs raisons :

– Certains auteurs, disparus très jeunes, n’ont guère eu le temps de créer une œuvre romanesque comme c’est le cas d’Alain-Fournier, de Jean de La Ville de Mirmont, qui furent fauchés tous deux lors de la Grande Guerre, d’Emily Brontë morte de tuberculose, ou encore de Jean-René Huguenin décédé dans un accident de voiture.

– D’autres, parce qu’ils ont rencontré la forme romanesque tardivement dans leur vie, tel Giuseppe Tomasi di Lampedusa.

– D’autres encore, pourtant engagés dans une œuvre littéraire comme poètes ou nouvellistes, mais qui ne se sont essayés qu’une seule fois (ou presque !) à la forme romanesque : c’est le cas notamment de Richard Hugo, Sylvia Plath, Szilárd Borbély, J.D. Salinger et Nikos Kavvadias.

– D’autres enfin, engagés dans une œuvre artistique autre que littéraire tel le peintre Francis Picabia, l’architecte Fernand Pouillon ont pu, une fois dans leur vie, être tentés par le roman.

Et puis, il y a les inclassables, dont on sait parfois peu de choses, qui ont laissé essentiellement en héritage un roman unique. Parmi lesquels Dorothy Bussy, Zelda Fitzgerald, James Ross, M. Aguéev et Fritz Zorn.

Nous avons choisi de vous présenter dans une série de trois articles dix-sept romans et autant d’auteur·e·s qui représentent une grande diversité d’œuvres et de parcours personnels. Cliquez pour accéder au deuxième et au dernier article.

 

Auteur·e·s d’un seul roman présenté·e·s dans cet article

Alain-Fournier (1886-1914) / Le Grand Meaulnes (Fayard, 1986)

Jean de LA VILLE de MIRMONT (1886-1914) / L’Horizon chimérique suivi de Les Dimanches de Jean Dézert ; et Contes (Grasset ; Les cahiers rouges, 2008)

Emily BRONTË (1818-1848) / Les Hauts de Hurlevent (L’Archipel, 2013)

Jean-René HUGUENIN (1936-1962) / La Côte sauvage (Seuil ; Points, 1995)

Giuseppe TOMASI di LAMPEDUSA (1896-1957) / Le Guépard (Seuil, 2007)

 


 


ALAIN-FOURNIER (1886-1914)

Le Grand Meaulnes (1913)

Dans L’anthologie des écrivains morts à la guerre 1914-1918, publiée en 1924, il est déploré que : «Assurément, le plus grand nombre, fauchés à l’âge des premières lignes ou des premiers vers, n’avaient pas encore eu le temps de polir une œuvre ou même de l’amorcer réellement »Ce ne fut pas le cas d’Alain-Fournier (de son vrai nom Henri-Alban Fournier) qui publia de la poésie, dans diverses revues avant que Le grand Meaulnes ne paraisse, avec succès, en 1913.

« Une longue maison rouge avec cinq portes vitrées, sous des vignes vierges, à l’extrémité du bourg ; une cour immense avec préaux et buanderie, qui ouvrait en avant sur le village par un grand portail ; sur le côté nord, la route où donnait une petite grille et qui menait vers La Gare, à trois kilomètres ; au sud et par derrière, des champs, des jardins et des prés qui rejoignaient les faubourgs… tel est le plan sommaire de cette demeure où s’écoulèrent les plus tourmentés et les plus chers de ma vie – demeure d’où partirent et où revinrent se briser, comme des vagues sur un rocher désert, nos aventures. »

Alain-Fournier a mis beaucoup de sa propre vie dans son roman. Sainte-Agathe, le village où se situe l’action ressemble beaucoup à celui de son enfance dans le Cher. Le narrateur, François Seurel, fils de l’instituteur, lui ressemble comme un frère. Et l’amour éperdu d’Augustin Meaulnes pour  Yvonne de Galais, rencontrée lors d’une fête étrange dans un château mystérieux, (cette fête était-elle un rêve ?) ressemble étrangement à l’amour impossible qu’éprouva Alain-Fournier pour Yvonne de Quiévrecourt.

Dès sa parution chez Emile-Paul en 1913, le roman reçut un succès immédiat. Il manqua le prix Goncourt de peu. Le 2 Mai 1913, Alain-Fournier écrivait à son ami Jacques Rivière : « Je ne demande ni prix ni argent, mais je voudrais que Le Grand Meaulnes fût lu. » Son succès n’a jamais été démenti depuis maintenant un siècle et Le Grand Meaulnes est devenu un classique de la littérature. La mort foudroyante de son jeune auteur y est pour quelque chose, mais sans doute davantage la portée universelle de cette émouvante histoire d’amitié et d’amour malheureux.

Alain-Fournier entreprit en 1914 l’écriture d’un second roman, Colombe Blanchet, resté inachevé. Le 22 septembre 1914, Alain-Fournier est tué au front. Ses restes, enterrés dans une fosse commune, seront retrouvés en 1991 et transférés dans la nécropole nationale de Saint-Rémy-la-Calonne (Meuse).

À lire, écouter & regarder également :

Alain-Fournier / Ariane CHARTON (Gallimard ; Folio biographies, 2014)

Le frémissement de la grâce : le roman du « Grand Meaulnes » / Jean-Christian PETITFILS (Fayard, 2012)

Une amitié d’autrefois : lettres choisies / Jacques RIVIÈRE & ALAIN-FOURNIER (Gallimard ; Folio, 2003)

Le grand Meaulnes : texte abrégé / texte dit par William MESGUICH (Gallimard, 2009) – Livre audio

Le grand Meaulnes / Alain-Fournier (Cideb, 2003)  – Méthode de langue

Le grand Meaulnes / Bernard CAPO (Casterman, 2011) – Bande dessinée

Le grand Meaulnes / Gabriel ALBICOCCO (Opening, 1998) – Film

 


 


 

Jean de La VILLE de MIRMONT (1886-1914)

Les Dimanches de Jean Dézert (1914)

Le 28 novembre 1914, au Chemin des Dames, un obus tua un jeune poète aujourd’hui oublié sauf de quelques fervents admirateurs. Il s’appelait Jean de La Ville de Mirmont.

L’œuvre de ce jeune homme se compose d’un recueil de poèmes, de quelques nouvelles, et d’un court roman, Les dimanches de Jean Dézert, publié à compte d’auteur en 1914. « J’ai imaginé un petit roman qui m’amuserait beaucoup. Le héros de l’histoire serait absurde et tout à fait dans mes goûts. Ce sera désolant sous un aspect ridicule. Mon personnage est définitivement employé de ministère. Il habite mon ancienne chambre de la rue du Bac, en face du Petit Saint-Thomas, sous l’obsession d’un plafond trop bas. Il s’ennuie mortellement par faute d’imagination, mais est résigné à sa médiocrité […] Je n’ai même pas la peine d’inventer. » écrit-il à sa mère.

Jean Dézert, c’est Jean de La Ville de Mirmont lui-même évoquant sa bien triste vie sans ambition de fonctionnaire de la préfecture de la Seine qui ira jusqu’à vouloir se suicider, mais un dimanche « afin de ne pas manquer son bureau » sans parvenir toutefois à réussir ce geste ultime.

L’écrivain sauve pour ainsi dire cette vie médiocre par un style cinglant, mâtiné d’une douce ironie et d’une pointe de cynisme. Un texte très moderne par la forme que les éditions Grasset sortirent de l’oubli en 2008 en même temps que le reste de l’œuvre de son auteur, notamment ses poèmes. Et une partie de ses poèmes a été réunie sous le nom de L’horizon chimérique – dans lequel il dit son amour inassouvi de la mer – dont quatre poèmes ont été utilisés par Gabriel Fauré pour son célèbre cycle de mélodies également intitulé L’horizon chimérique. Julien Clerc, lui aussi, dans son album Si j’étais elle sorti en 1999, a mis en musique L’horizon chimérique.

Jérôme Garcin enfin, dans Bleus horizons, un roman poignant paru en 2013 chez Gallimard, redonna vie à Jean de La Ville de Mirmont, cet homme fragile, dépressif, issu d’une famille protestante bordelaise, ami et condisciple de Mauriac, injustement oublié et disparu si jeune.

Sur sa table de travail, on retrouva le dernier poème qu’il écrivit :

« Cette fois mon cœur, c’est le grand voyage,
Nous ne savons pas quand nous reviendrons.
Serons-nous plus fiers, plus fous ou plus sages ?
Qu’importe, mon cœur, puisque nous partons. »

Il n’est pas revenu.

Extrait :

« Ce jeune homme, appelons-le Jean Dézert. À moins de le bousculer au passage, vous ne le distingueriez pas de la foule, tant il est vêtu d’incolore. Il porte un faux col, trop large et une cravate quelconque. Les jambes de ses pantalons, ainsi que les manches de son veston, se plient d’elles-mêmes aux genoux et aux coudes. Ses pieds tiennent à l’aise dans des chaussures fatiguées. »

À lire également :

Bleus horizons / Jérôme GARCIN (Gallimard, 2013)

Les désemparés : 53 portraits d’écrivains / Patrice DELBOURG (Le Castor astral, 1996)

Jean de La Ville de Mirmont / (Éditions Pierre Seghers ; Poètes d’aujourd’hui, 1968)

Si j’étais elle / Julien CLERC (Virgin, 2000) contient : L’horizon chimérique

La bonne chanson / Gabriel FAURÉ (Philips, 1992) contient : L’horizon chimérique, op118 : La mer est infinie ; Je me suis embarqué

 



Emily BRONTË (1818-1848)

Les Hauts de Hurlevent (1848)

« Peut-être la plus belle, la plus profondément violente des histoires d’amour… » Car le destin, qui, selon l’apparence, voulut qu’Emily Brontë, encore qu’elle fût belle, ignorât l’amour absolument, voulut aussi qu’elle eût de la passion une connaissance angoissée : cette connaissance qui ne lie pas seulement l’amour à la clarté, mais à la violence et à la mort… »

Ainsi écrivait Georges Bataille à propos des Hauts de Hurlevent qu’il considérait comme l’un des plus beaux romans de tous les temps.

Publié en 1848 sous le nom d’emprunt masculin d’Ellis Bell, tant il est vrai qu’à cette époque « La littérature, Madame, n’est pas une affaire de femme », le roman connaît un succès critique presque immédiat même s’il est moins éclatant que celui de Jane Eyre, le roman de sa sœur Charlotte publié au même moment.

Emily ne saura rien du succès de son histoire d’amour passionné, de vengeance et de mort : elle meurt peu après de la tuberculose.

Le roman se situe dans les paysages sauvages des landes de son cher Yorkshire sur une période d’une quarantaine d’années. Lorsque Mr Earnshaw ramène de l’un de ses voyages un enfant abandonné, Heathcliff, les réactions de ses enfants sont à l’image des orages qui surviennent parfois sur le domaine des Hauts du Hurlevent. Hindley, le fils, n’accepte pas cet enfant sombre et lui fait vivre un enfer. La fille, Catherine, se lie très vite à lui, d’un amour fusionnel. Mais en grandissant, elle va choisir comme mari Edgar, un jeune homme fade mais riche. Heathcliff devient un homme sans scrupule, qui jure de se venger des deux hommes l’ayant empêché de vivre pleinement son amour : Hindley, le frère ennemi, et Edgar, le mari de Catherine. La destruction de ces deux familles et de leurs descendances constitue alors son seul objectif.

Comment une jeune femme qui n’a pas quitté (ou si peu pour vite y revenir et s’y réfugier) son village austère et tant aimé d’Haworth, sa maison natale, le presbytère où son père, pasteur, éleva ses six enfants après la mort de son épouse, comment cette jeune femme, donc, a t-elle pu avec une telle audace, une telle singularité imaginer cette histoire de passions et de violences dans l’Angleterre du XIXe siècle et poser avec tant de profondeur la question de la violence et du mal ?

Le prénom du héros, Heathcliff, suggère du reste à la fois une certaine douceur, celle de la bruyère, heath, et le caractère abrupt, celui d’une falaise, cliff.

Emily Brontë faisait partie d’une fratrie de six enfants, tous morts jeunes de la tuberculose. Dès son plus jeune âge, elle inventa avec ses sœurs Anne et Charlotte et son frère Branwell un monde imaginaire, la saga des Glass Town puis avec Anne, leur propre monde, Gondal. C’est peut-être l’attachement à cet univers de fiction qui a rendu complexe son rapport au monde. Elle veillera inlassablement sur son frère Branwell, jeune prodige qui va perdre son talent, ses illusions et sa vie dans l’alcool, les drogues et le désespoir. Lui aussi mourra de la tuberculose.

À lire, écouter & regarder également :

Jane Eyre, Les hauts de Hurle-Vent, Agnes Grey / Charlotte, Emily et Anne BRONTË (Le Livre de poche ; La Pochothèque, 1997)

7 femmes / Lydie SALVAYRE (Perrin, 2013) (contient un portrait d’Emily Brontë)

Cahiers de poèmes / Emily BRONTË (J. Corti ; Collection romantique, 1995)

Poèmes : 1836-1846 / Emily BRONTË (Gallimard ; Poésie, 2007)

Le monde du dessous : poèmes & proses de Gondal et d’Angria / famille BRONTË (Éd. Anabet ; Littérature, 2006)

Wuthering heights / Emily BRONTË (Harper Collins, 2009)

Wuthering heights / Emily BRONTË (Black Cat, 2006) – Méthode de langue

Les hauts de Hurlevent / Luis BUÑUEL (Films sans frontières, 2007) – Film

Les sœurs Brontë / André TÉCHINÉ (Ciné Solutions cop.2012) – Film

Les hauts de Hurlevent / William WYLER (MGM, 2004) (avec Lawrence Olivier & Merle Oberon) – Film

Les hauts de Hurlevent. Volume 1 / YANN & EDITH (Delcourt ; Exlibris, 2007) – Bande dessinée

Les hauts de Hurlevent. Volume 2 / YANN & EDITH (Delcourt ; Exlibris, 2007) – Bande dessinée

Les hauts de Hurlevent / Emily BRONTË (Thélème, 2011) – Livre audio

 


 

 

 

 

 

 

 

Jean-René HUGUENIN (1936-1962)

La côte sauvage (1960)

Il affirmait dans le feu de la jeunesse : « Il est clair que je n’ai pas ma place dans ce monde, parmi ma génération, au sein de cette civilisation. Je vais écrire quelques romans, et puis j’éclaterai comme un feu d’artifice et j’irai chercher la mort quelque part. La pensée de mourir est finalement ce qui me console le plus. » Ce jeune homme bien né a disparu, à toute vitesse, au volant d’une Mercedes, à l’âge de 26 ans. Il laisse derrière lui quelques articles (il était journaliste au Figaro littéraire et aux Lettres françaises), des nouvelles, un Journal et un roman unique, célèbre, La côte sauvage.

Qui était ce feu-follet des Lettres nommé Jean-René Huguenin ? Il avait fondé la revue Tel quel avec Sollers avant de fustiger le Nouveau Roman, la Nouvelle Vague, l’existentialisme et même Françoise Sagan : « elle parle de l’ennui à des gens qui s’ennuient » disait-il. Il était un jeune homme pressé et ambitieux, qui avait eu pour professeur Julien Gracq, pour admirateur François Mauriac, pour amis Jean Edern-Hallier et Renaud Matignon, pour modèle Hemingway.

La côte sauvage fut publiée en 1960, deux ans avant sa mort, et connut un succès immédiat. C’est l’histoire d’un amour contrarié et possessif, entre Olivier, le double de l’auteur et Anne, sa petite sœur, qui s’apprête à épouser un ami d’enfance. Dans le huis-clos de la maison de famille de Bretagne lors d’un été lumineux, Olivier, qui a une relation fusionnelle avec sa sœur, n’aura de cesse d’empêcher ce mariage.

Pour Olivier, c’est le dernier été de l’insouciance, l’adieu à l’enfance. Il ne peut retenir ses derniers instants de bonheur. Le soleil de l’été brûle les corps et les âmes. La vie est pourtant la plus forte. Sauf pour lui.

Une superbe étude de sentiments, à contre courant du roman de l’époque.

De Jean-René Huguenin, il faut lire également son Journal, qu’il avait commencé à l’écrire à l’âge de 18 ans et qui fut publié un an après sa mort. Pour Renaud Matignon, qui s’exprime dans l’avant-propos : « S’il y consigne souvent des faits mineurs de son existence, c’est toujours pour les dégager de l’actualité immédiate, pour y chercher une signification, une vérité, un drame, un visage, ou le sien propre ».

Et deux jours avant sa mort prématurée, Huguenin concluait ainsi de façon bouleversante dans ce Journal : « Ne plus hésiter, ne plus reculer devant rien. Aller jusqu’au bout de toute chose, quelle qu’elle soit, de toutes mes forces. N’écouter que mon impérialisme ».

Extrait :

« À quoi bon les rejoindre ? Qui l’attendait ? Il était seul. Simplement, la présence des autres, leurs questions et leurs cris lui dissimulaient parfois sa solitude, formaient entre elle et lui comme un écran dont il éprouvait à cet instant la transparence et l’irréalité. Une force douloureuse le traversa, il pivota lentement sur lui-même – les roches déchiquetés, noirâtres, le phare lointain, la lande noyée, les moutons, les rochers – et il lui sembla faire d’un seul regard le tour de toute la terre. « Personne n’existe », murmura t-il. » (p.56)

À lire, écouter & regarder également :

Journal / Jean-René HUGUENIN (Seuil ; Points, 1997)

Une autre jeunesse / Jean-René HUGUENIN (Seuil, 1965)

Le feu à sa vie : textes et correspondances inédits / Jean-René HUGUENIN (Seuil, 1987)

 



 

 

 

 

 

Giuseppe TOMASI DI LAMPEDUSA (1896-1957)

Le Guépard (1958)

La bibliographie de Giuseppe Tomasi di Lampedusa n’impressionne pas par son volume : un recueil de nouvelles, La sirène et le professeur, quelques études littéraires, sur Stendhal, Shakespeare, Byron, une correspondance, un récit, Voyage en Europe, mais surtout un unique roman, Le guépard, un chef-d’œuvre.

Tomasi di Lampedusa écrivit Le guépard à la fin de sa vie, de 1954 à 1956, après y avoir, semble-t-il, songé durant des années. Comme il le dira à l’un de ses amis, il s’inspira de l’histoire familiale : « Il est superflu de te dire que le prince de Salina est le prince de Lampedusa, Giulio Fabrizio, mon arrière-grand-père. » En toile de fond, un moment important de l’histoire de l’Italie, le Risorgimento, qui signifia les dernières heures du royaume des Deux-Siciles, lorsque débarquèrent les troupes de Garibaldi et que l’île allait être rattachée au nouveau royaume d’Italie. Le prince de Salina, héros du roman, dont un guépard figure sur le blason, observe l’effondrement inexorable d‘un monde ancien, celui de la toute-puissance de l’aristocratie sicilienne dont il était l’incarnation. Surgit alors un ordre nouveau dont saura profiter le jeune neveu de Salina, Tancredi, un séducteur désargenté, amoureux et bientôt époux de la belle Angelica, fille d’un petit notable rural, un parvenu.

À travers une multitude de scènes d’une grande subtilité, Le guépard, nous fait ressentir sur cinquante années, de 1860 à 1910, la langueur mélancolique née de ce monde qui court à sa perte. Un éclatant chant funèbre que Luchino Visconti traduira admirablement à travers un film, un second Guépard, autre chef-d’œuvre, qui obtiendra la Palme d’or en 1963 au Festival de Cannes. Burt Lancaster dans le rôle du Prince Salina y est prodigieux, Alain Delon est un Tancrède impétueux et opportuniste et Claudia Cardinale une Angélique volontaire.

Le roman de Lampedusa paraîtra en 1958, un an après la mort de son auteur. Tomasi di Lampedusa avait vu son œuvre refusée par les deux grandes maisons italiennes, Einaudi et Mondadori. Il en avait conçu une profonde amertume. Grâce au romancier Giorgio Bassani, Le guépard paraîtra finalement chez Feltrinelli, une jeune maison d’édition fondée en 1954. Tomasi di Lampedusa ne saura rien de cette publication et du succès foudroyant de son roman, qui obtiendra le prix Strega, l’équivalent italien du Goncourt.

Né en 1896, Giuseppe Tomasi di Lampedusa était d’une famille aristocratique. Il avait surtout beaucoup voyagé, se passionnant pour les langues et la lecture davantage que pour l’écriture avant de fréquenter des cercles intellectuels au début des années 1950.

À lire, écouter & regarder également :

Il gattopardo / Giuseppe TOMASI di LAMPEDUSA (Feltrinelli, 1991)

Shakespeare / Giuseppe TOMASI di LAMPEDUSA (Allia, 2000)

Stendhal / Giuseppe TOMASI di LAMPEDUSA (Allia, 2002)

Byron / Giuseppe TOMASI di LAMPEDUSA (Allia, 1999)

Voyage en Europe / Giuseppe TOMASI di LAMPEDUSA (Seuil, 2007)

Le guépard / Luchino VISCONTI (Pathé distribution, 2011) – Film

Le professeur et la sirène / Giuseppe TOMASI di LAMPEDUSA (Seuil, 2002)

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Premiers romans de la rentrée (suite)

                 

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Parmi les romans à dévorer à la rentrée, nombre de premiers romans. En voici quelques uns à découvrir qui nous ont particulièrement plu. A la médiathèque, vous les repérerez grâce à un logo « Premier roman » collé sur la couverture.

 

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Quelques premiers romans de la rentrée littéraire à découvrir

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Premiers romans 2015 à lire avant la rentrée littéraire

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Requin / Bertrand BelinRequin chagrin

Requin / Bertrand BELIN (POL)

« Mes poumons seront bientôt remplis de l’eau du lac. Entre ce moment et ma mort, il y aura certainement quelques secondes, ou une seconde seulement. Je produirai un dernier mouvement involontaire, j’imagine. Comme une cornemuse qu’un sonneur vient de poser sur une table se vide de son air en s’affaissant et agite bourdons et chalumeau dans une dernière imploration, je produirai un dernier mouvement et ce mouvement continuera sans moi ».

Une banale crampe et voici notre héros en train de se noyer bêtement dans les eaux d’un lac artificiel. Avant de s’enfoncer à jamais, le temps (180 pages) d’un chant d’adieu. Sa femme et son enfant, restés sur la berge « dans un carré de lumière », semblent déjà loin.

Si près de la mort « dont on se doute qu’elle ne promet pas grand chose d’incontestablement folichon » et, cependant, la regardant comme il semblait déjà affronter la vie, sans illusion aucune, avec une distance teintée de résignation quoique… Dans un monologue parsemé de digressions parfois burlesques se détachent des images déchirantes comme celle d’une pêche miraculeuse de lait ou d’une chasse désespérée au cygne, symboles d’une vie manquée.

Bertrand Belin, auteur-compositeur talentueux, ajoute une corde à son arc avec ce beau roman où l’absurde le dispute à la mélancolie.

 

Data transport / Mathieu BrosseauObjet poétique non identifié

Data transport / Mathieu BROSSEAU (L’Ogre)

 

Exercice de style(s) ou objet poétique non identifié ? Ou les deux ? Car voici un bien étrange livre dont le romanesque est résolument absent. Tout ici désarçonne à commencer par la forme : des textes fragmentés sans lien décelable entre eux, une écriture parsemée d’équations énigmatiques et d’interrogations métaphysiques …

L’histoire ? M, le personnage, est sauvé des eaux par un cargo. Nu comme un ver, comme au premier jour. Il a perdu l’usage de la parole et oublié sa propre histoire. Parole et histoire qu’il se réappropriera par de bien curieux artifices. Entre résurgences de bribes d’enfance et perceptions bizarres du monde, M s’interroge sur le sens de la vie et notre présence au monde.

Benoît Laureau et Aurélien Blanchard, les fondateurs des toutes jeunes éditions de l’Ogre, définissent ainsi leur ligne éditoriale : « Avec l’Ogre, nous souhaitons défendre des livres qui, d’une manière ou d’une autre, mettent à mal notre sens de la réalité, traitent de ce moment drôle ou terrifiant où les choses et les gens ne semblent plus être ce qu’ils sont d’habitude, où le dehors arrête d’être sage et rangé … ». Pari tenu avec ce premier roman poétique de Mathieu Brosseau.

 

99 nuits / Yves CabanaJe t’aime moi non plus

99 nuits / Yves CABANA (Gallimard)

Autopsie d’un amour défunt.

Corso aime Juliette, qui le quitte ou souhaite le quitter, on ne sait plus. Corso qui, après avoir épousé des femmes et fait des enfants en veux-tu en voilà, souffre encore et toujours. Corso, jamais remis de la mort de ses parents (une mère rongée par le chagrin et l’alcool, un père qui, sur son lit de mort, le confond avec son frère défunt), porte un regard acéré et piquant sur la société. Mais quant à donner un sens à sa vie, c’est une autre histoire ! De nombreux chapitres courts donnent un rythme soutenu au récit. Une écriture précise, enlevée. Un humour salvateur.

 

 

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