Découverte de l'Est parisien

La carte du Cinéma de l’Est parisien

Films oubliés ou classiques du 7ème Art ? Voyagez dans l’Est parisien à travers ses lieux de tournage.

Paris et en particulier notre territoire de l’Est parisien est tellement souvent et depuis des décennies, le décor de films qu’il nous est apparu marrant de localiser les extraits sur une carte.

Si vous cherchiez une bonne raison de balade dans nos quartiers, en voilà une !

Notre travail n’est pas terminé, n’hésitez donc pas à nous proposer d’autres lieux de tournage en commentaire.

mapcine

Publicités
Sans modération

C’est un beau moment, c’est une belle histoire… de Bibliothèque

À la recherche d’un DVD introuvable dans les rayons, @Beatricelcv s’inquiète de ne voir aucun des films de F. Wiseman dans SA médiathèque, ici à Duras : « Pas possible ! Ils ne peuvent pas être tous empruntés, ou bien pire encore, avoir été négligés par les bibliothécaires ! »

En effet, nous aussi on aime beaucoup ce documentariste, qui a filmé tant de lieux, tant d’institutions et tant de gens qui les font vivre. On l’aime tellement que sa filmographie complète figure au catalogue, et qu’à l’occasion de la sortie de son petit dernier en novembre 2017, on avait mis dans une niche tous nos trésors le concernant. Tombant dessus, la voilà rassurée, et elle nous fit l’honneur d’un tweet pour dire toute sa gratitude. Alors la conversation s’est engagée, et la promesse d’un billet de sa plume est venue « presque » naturellement.

C’est ce billet que nous publions aujourd’hui, ravis de cette rencontre !

Frederick Wiseman, un beau visage de l’Amérique

exlibris

Ex Libris, le dernier film de Frederick Wiseman est sorti il y a un mois en France et il est exactement ce à quoi l’on pouvait s’attendre. En effet, Wiseman filme une institution accueillant du public comme il en a filmé précédemment (on pense en particulier à National Gallery, pour la dimension culturelle et le nombre de visiteurs que l’on aperçoit). Ici, le réalisateur s’intéresse à la New York Public Library (@NYPL), bibliothèque (tiens, tiens) de New York constituée d’un bâtiment principal situé à deux pas de Manhattan et d’une multitude d’antennes, filmée sous toutes ses coutures. Wiseman nous montre donc, par séquences alternées, des événements publics, des activités et ateliers, des usagers utilisant les services proposés, et des réunions où se décident en particulier la politique du lieu. La majeure partie du film est consacrée aux événements publics, comme les conférences ou rencontres avec des écrivains, et les réunions, tournant beaucoup autour du budget – les finances de la NYPL proviennent de la ville et de donateurs privés.

Car Wiseman a ce talent : rendre passionnantes de longues séquences de discussions entre les équipes dirigeantes, que ce soit sur la politique d’acquisition des ebooks, d’aide à l’accès à internet, ou encore sur comment obtenir, les mêmes fonds d’une année sur l’autre et donc sur le rôle d’une bibliothèque dans la cité.

Au travers de ces réunions consacrées au budget, il est étonnant de constater comme les équipes et, sur un plan plus large, le film en lui-même sont optimistes quant à l’avenir de la NYPL, et des bibliothèques en général. Ex Libris semble prendre le contrepied des discours habituels sur l’utilité des bibliothèques, en un temps où les livres occupent de moins en moins de place dans la vie quotidienne. Mais le documentaire s’attache justement à montrer que les bibliothèques sont bien plus qu’un lieu qui tourne autour des livres. En plus d’une séquence où une architecte exprime précisément cette idée, le film montre des services de conservation d’images, de numérisation de journaux, d’activités parascolaires, de conférences à la rencontre des créateurs d’aujourd’hui (on reconnaît Elvis Costello, Patti Smith, Ta-Nehisi Coates)…

En cela Ex Libris est un film politique, qui montre qu’avec des moyens financiers, on peut faire vivre un lieu qui serve au débat public, à l’éducation et à la rencontre.

Le documentaire n’évoque jamais l’élection américaine de 2016, et pour cause, le montage s’est terminé deux jours après l’élection de Donald Trump. Mais on y pense beaucoup, comme aux nombreuses crises que traverse le pays. Ainsi, beaucoup d’interventions évoquent de près ou de loin les problèmes que rencontrent les Afro-Américains.

Malgré tout l’intérêt du documentaire, sa longueur le rend peut-être difficile à apprécier complètement en salle. Trois heures dix-sept sans pause, c’est dense, et le rythme, le schéma de Wiseman est toujours un peu le même. On apprécie les petites pauses musicales toujours bien choisies dans ses films (ici en particulier un atelier danse avec des personnes âgées, très rafraichissant, et un concert où les Danses populaires roumaines de Bartók sont données par un quatuor d’instrument à vents très amateur, devant un public blasé) mais ici elles sont presque insuffisantes. De même que la diversité des lieux, entre les différentes antennes de la NYPL nous fait un peu tourner la tête et, quand on ne connaît pas la ville, nous perd totalement.

Malgré le petit défaut de sa longueur qui le rend difficile d’accès, Ex Libris est un passionnant documentaire sur la culture sous toutes ses formes, et un engagement en faveur du service public.

Par @Beatricelcv [sur Twitter]

 

Sans modération

La belgitude des choses ! Le cinéma de genre en Belgique

Nous vous parlions lors d’un précédent article du cinéma belge en insistant sur son caractère résolument singulier et novateur. Cette semaine nous vous proposons un focus sur le cinéma de genre en Belgique.

Les films qui se rattachent à un genre cinématographique précis (western, film de guerre, péplum…) sont plutôt associés au cinéma de divertissement. Ils sont a priori éloigné du réalisme évoqué lors de notre précédent article. Souvent déconsidéré, ce cinéma obéit à un certain nombre de codes et de conventions. Beaucoup de cinéastes belges vont jouer avec ces codes et les réinventer de manière très personnelle…

Le film noir

Les réalisateurs belges ont indéniablement un faible pour les films noirs, les thrillers où règne une ambiance glauque et pesante, mettant en scène des univers marqués par le crime, les magouilles, la trahison…  C’est le genre de prédilection du réalisateur néerlandophone Michaël R. Roskam. Après des études d’arts à l’école supérieure des arts Saint-Luc, il a réalisé plusieurs courts-métrages et c’est lors du tournage du troisième en 2005, Une seule chose à faire, qu’il a fait la rencontre de l’acteur Matthias Schoenaerts. Une vraie complicité est née entre les deux hommes, si bien qu’ils se sont retrouvés en 2012 pour le tournage de Bullhead, film de gangsters qui se passe dans la Belgique rurale, sur fond de trafic d’hormones. Le film a connu un immense succès critique et obtenu de nombreux prix, dont quatre Magritte. Il a même été nommé aux Oscars dans la catégorie “meilleur film étranger”.

Autre excellent film noir -sorti en 2015- également un premier film : Les Ardennes de Robin Pront. C’est l’adaptation d’une pièce de théâtre écrite par Jeroen Perceval, qui a co-écrit le scénario et qui joue aussi dans Bullhead. Initialement un certain Matthias Schoenaerts devait jouer dans ce film  financé par les producteurs d’un autre film noir flamand… Bullhead ! L’histoire des Ardennes part d’un cambriolage qui tourne mal : Dave arrive à s’enfuir mais laisse son frère Kenneth derrière lui. Quatre ans plus tard, à sa sortie de prison, Kenneth, au tempérament violent, souhaite reprendre sa vie là où il l’avait laissée et est déterminé à reconquérir sa petite amie Sylvie. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’entre-temps, Dave et Sylvie sont tombés amoureux et mènent désormais une vie rangée ensemble… Le dernier tiers de l’histoire se passe dans la fameuse région des Ardennes qui a donné son titre au film.

Le film d’horreur

Un des sommets du genre, Calvaire (2004), raconte l’histoire d’un chanteur de charme qui se perd dans la forêt et trouve refuge dans une auberge au milieu de nulle part. A partir de là, il ne lui arrivera que des malheurs. Interdit aux moins de seize ans, le film est très court, moins d’une heure trente, et se montre très original dans son traitement : on attend quarante-cinq minutes avant de voir la première goutte de sang, et toute cette première partie lente et en apparence anodine installe le malaise. C’est le premier long-métrage du réalisateur Fabrice Du Welz qui revendique l’influence de Psychose d’Hitchcock. Il joue avec les poncifs du genre, qu’il connaît bien, tout en assumant une approche naturaliste. A noter dans le rôle du personnage principal, un habitué du genre : Laurent Lucas, qui a tourné dans Harry un ami qui vous veut du bien et, plus récemment, dans Grave.

Le film fantastique

André Delvaux, réalisateur important dans l’histoire du cinéma belge, qui mêlait très souvent réalisme et onirisme dans ses œuvres, a sans aucun doute influencé le cinéaste Jaco Van Dormael pour son premier long-métrage, Toto le héros, Caméra d’or au festival de Cannes.

Dans tous ses films, on retrouve des thèmes qui lui sont chers, comme l’enfance, le destin, les souvenirs. Le recours quasi systématique à la voix-off, l’omniprésence du fantastique et/ou de l’onirisme lui permettent de se rapprocher du conte : conte dur et très noir avec Toto le héros, conte plus léger et plein de candeur avec Le huitième jour, conte qui joue avec la science-fiction avec Mr Nobody… La mise en scène de Van Dormael est très soignée : il  passe du présent au passé en utilisant les flash-back et en soignant ses raccords.  Il dit lui-même qu’avec Toto le héros il a voulu « faire un film dont le style soit le sujet ».

Le road-movie

Le cinéma belge, c’est aussi un goût pour le road-movie, ce qui peut paraître paradoxal quand on sait à quel point la Belgique est un petit pays !

L’acteur et réalisateur Bouli Lanners affectionne tout particulièrement ce genre, qui lui permet de mettre en scène des rencontres insolites et de filmer les paysages. Peintre et photographe, il aime représenter la nature dans des plans larges et des travellings latéraux, ce qu’il reproduit dans son film Les Géants, sorti en 2011, conte qui suit les aventures de trois jeunes garçons. Mais c’est surtout son film Eldorado qui se révèle un modèle du genre. Le point de départ est une anecdote, un événement qui est vraiment arrivé à Bouli Lanners, et qui ouvre le film : Yvan, le personnage campé par Bouli Lanners lui-même rentre chez lui et se retrouve nez à nez avec son cambrioleur, le jeune Elie. Après des négociations et un début de relation “difficile”, Yvan se prend finalement d’une étrange affection pour lui et accepte de le ramener chez ses parents au volant de sa vieille Chevrolet. Bouli Lanners ne voulait pas jouer le rôle d’Yvan car il avait peur de ne pas arriver à assumer les deux casquettes acteur/réalisateur mais son producteur l’y a poussé. Le film est un petit bijou qui oscille entre comédie et drame.

On citera aussi Mobile home réalisé par François Pirot en 2012, sympathique road-movie qui n’en est pas un : deux trentenaires achètent un camping-car pour parcourir le vaste monde mais suite à une panne qui les oblige à travailler pour payer les réparations, ils commencent leur voyage sur place !

Mais certains films parviennent aussi à dépasser les frontières de la Belgique : c’est le cas de Hasta la vista de Geoffrey Enthoven (2011). Le film suit le destin de trois jeunes hommes âgés d’une vingtaine d’années qui ont au moins deux points communs : ils sont tous les trois handicapés et tous les trois vierges ! Le film est inspiré de la vie d’Asta Philpot, un citoyen américain né avec une maladie congénitale handicapante qui est parti en Espagne pour perdre sa virginité dans une maison close munie d’un accès pour fauteuils roulants. Le réalisateur Geoffrey Enthoven est un habitué des sujets sensibles. Avant  de réaliser Hasta la vista, il a mis en scène l’histoire d’un groupe de R’n’B’ composé d’octogénaires atteintes d’Alzheimer, intitulé The Over the Hill Band. Et comme dans nombre de films belges, le réalisateur parvient à évoquer des sujets sensibles avec beaucoup d’humour et sans tabou… peut-être est-ce cela, le fameux « esprit belge » ?

Retrouvez l’épisode I de notre épopée belge ici

Sans modération

La belgitude des choses : le cinéma belge aujourd’hui

Le comédien Olivier Gourmet dit du cinéma belge qu’il est « singulier, c’est-à-dire qu’il n’y a pas un réalisateur qui ressemble à un autre », qu’il met en scène « des univers singuliers » et qu’il a un « vrai écho international de par le monde : on connaît le cinéma belge et on aime le cinéma belge ».

Nous aussi, nous espérons qu’après avoir lu ce post vous aimerez  le cinéma belge !

Le renouveau du cinéma belge, francophone et néerlandophone

Depuis les années 90, le cinéma belge vit un véritable « renouveau » dont le duo de réalisateurs Luc et Jean-Pierre Dardenne est le fer de lance. Leur première Palme d’or, obtenue en 1999 pour leur film Rosetta, a provoqué un électrochoc salutaire en Wallonie. Tandis que les talents francophones belges avaient tendance à s’exiler, les Dardenne revendiquent de tourner à Seraing, leur ville natale et de parler de la Belgique. Rien d’étonnant à ce que la société de production qu’ils ont fondée s’appelle Les films du fleuve, en référence à la Meuse qui coule à Seraing !

Depuis la Palme d’or de 1999, un fonds économique régional, Wallimage, finance des productions belges et étrangères qui s’engagent en contrepartie à tourner en Wallonie. En quelques années ont ainsi émergé des studios de tournages, d’animation et d’effets spéciaux reconnus en Europe. En 2012, la Flandre a adopté un dispositif similaire avec Screen Flanders, qui explique le nombre croissant de films en langue flamande ces dernières années. Désormais l’industrie du cinéma en Belgique produit environ trente films par an.

Filmer le quotidien

Trois ans avant Rosetta, c’est avec La Promesse, sorti en 1996, que les frères Dardenne trouvent et imposent leur style : pas de musique additionnelle ; un montage abrupt, qui nous plonge au cœur les scènes ; des cadrages serrés et une caméra toujours en mouvement ; une direction d’acteurs millimétrée qui donne aux personnages une complexité et une dignité sans apitoiement. En raison des sujets qu’ils abordent, on a parlé de réalisme social pour ce film et ceux qu’ils ont faits ensuite. Les Dardenne se méfient cependant de cette étiquette et insistent sur leur intention de faire aussi du « vrai » cinéma à l’américaine avec un rythme effréné et un suspense haletant, ce qui rend leurs films extrêmement prenants.

Autre grand cinéaste, adepte du réalisme psychologique cette fois : Joachim Lafosse. Après l’obtention de son diplôme à l’Institut des Arts de Diffusion de Louvain-la-neuve, Lafosse a mis six ans à trouver les financements et a réalisé deux films à petit budget (Folie privée et Ça rend heureux) avant de tourner Nue propriété, en 2007, qui est salué par la critique. Dans ce film une annonce de la potentielle vente de la maison familiale par la mère, incarnée par Isabelle Huppert va mettre le feu aux poudres. Sa relation avec ses deux fils va sérieusement se détériorer, mais aussi celle entre les deux frères, incarnés par deux frères à la ville, Jérémie Rénier et Yannick Rénier. On retrouve dans ce film les grands traits caractéristiques du cinéma de Joachim Lafosse, tant au niveau du fond (drame familial, difficulté des rapports humains) que de la forme (plan-séquence, plans fixes, hors-champ).

Les Dardenne comme Joachim Lafosse s’inscrivent dans un courant historiquement très présent dans le cinéma belge. Déjà en 1975, dans son chef d’œuvre Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxellesla réalisatrice Chantal Akerman poussait l’hyperréalisme aux frontières du cinéma expérimental. Si la riche carrière de cette auteure atypique vous intéresse ne manquez pas la rétrospective que la Cinémathèque française va lui consacrer en mars 2018 !

Ces cinéastes sont également influencés par une forte tradition documentaire. Tradition présente dés les origines du cinéma belge. On parle même d’école belge du documentaire. Henri Storck (1907-1999) en est le représentant le plus connu et fait figure de père fondateur – il a d’ailleurs participé à la fondation de la Cinémathèque royale de Belgique. Son film, Misère au borinage,  fait référence. Il  y dépeint les conditions de travail des ouvriers d’une usine de charbon. Encore aujourd’hui, un grand nombre de documentaires réputés et qui connaissent une sortie en salles est le fruit de cinéastes belges comme Jean-Jacques Andrien, Patric Jean ou encore Thierry Michel.

Le cinéma belge actuel a aussi été fortement influencé par un programme télévisé : Strip-tease. Le “ magazine qui vous déshabille ” occupe une place à part dans l’histoire de la télévision. D’abord par sa longévité (1985-2012). Ensuite, par la mini-révolution culturelle qu’il a apportée en produisant des documentaires d’un genre nouveau, sans commentaire, abordant essentiellement des passages de la vie de tous les jours. Si l’émission divise dès son lancement, son impact est considérable et explique peut-être que bon nombre de films belges se présentent comme de faux reportages et jouent avec les principes de télé réalité. A noter que des réalisateurs appelés à devenir connus comme Benoît Mariage ou Manu Bonmariage y ont fait leurs premières armes.

Filmer le réel, c’est bien, mais une grande partie du cinéma belge prend cependant ses distances avec le quotidien. De nombreux films belges se rattachent plutôt à ce qu’on appelle le “cinéma de genre”.

Cinéma que nous vous proposerons de découvrir lors d’un prochain billet consacré au 7e art belge. A découvrir ici !