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Destination ténèbres de Frank M. Robinson : Le huis-clos spatial qui fait peur…

Non, Robinson n’est pas un pseudo de Simon ou Garfunkel, même si il a certainement subi les quolibets de ses petits camarades à l’école !

On a tous en mémoire l’excellent Alien, le huitième passager de Ridley Scott, un vaisseau dans l’espace infini dans lequel personne ne vous entend crier. Hé bien Monsieur Robinson nous livre un petit chef d’œuvre que l’on verrait très bien être adapté en film !

Imaginez un vaisseau intergénérationnel, intelligemment nommé L’Astron. Imaginez un équipage sans cesse renouvelé dont chaque génération se voit créer selon un rite amoureux prédéfini. Imaginez, que chaque personnel est un élément de survit pour les autres, hé oui il sert de casse-croûte pour l’ensemble de l’équipage ! Imaginez un capitaine, le Capitaine Kusaka, un peu fou, qui décide que la seule manière de trouver une forme de vie dans l’espace est d’entreprendre un voyage sans fin car l’ultime but de l’Astron est de trouver de la vie et de la trouver dans les ténèbres !

Et puis, un petit gars Moineau, on est un peu surpris dès les premières pages par les prénoms des membres du vaisseau, qui se réveille après un accident et qui s’aperçoit peu à peu qu’il y a un truc qui ne tourne pas rond dans le vaisseau. De là, moult questions tournent dans sa tête !

Bref, Robinson nous livre un thriller façon science-fiction ou de la science-fiction façon thriller !  Si l’envie vous prend de le lire, il est à SF ROB !

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Opération 1ers romans 2017-18 : on attend vos critiques !

La saison 2017-2018 de l’opération 1ers romans est lancée depuis le 1er juin. Elle vous permet de découvrir le travail d’auteurs francophones.

Les 1ers romans sont présentés sur une grille au 1er étage de la médiathèque. N’hésitez pas à écrire une critique sur la fiche insérée dans le roman. Votre avis est important.

Vous participerez ainsi à la sélection de dix livres,  le prix du meilleur roman sera remis le 26 mai 2018 au Carreau du Temple.

 


 

Ma reine / Jean-Baptiste ANDRÉA (L’Iconoclaste)

L’action se situe dans la vallée de l’Asse durant l’été 1965. Shell est un jeune garçon pas comme les autres, « une Alfa Roméo avec dans la tête un moteur de 2CV » dit son père. Surnommé Shell du nom de la station service tenu par ses parents, il fait le plein aux rares voitures qui s’arrêtent. Ayant failli mettre le feu à la garrigue, il décide de s’enfuir et de partir à la guerre « pour devenir un homme ». En lieu et place de la guerre, Shell se retrouve immergé dans une nature à la fois sauvage et bienveillante d’où va surgir une adolescente farouche et indocile qui va se proclamer sa « reine » et qu’il devra servir.

Dans ce roman solaire, poétique et émouvant, Jean-Baptiste Andrea donne la parole à un enfant « différent », si sensible au monde qui l’entoure.

 


 

Une dose de douleur nécessaire / Victoire de CHANGY (Autrement)

« Mais je suis quoi pour toi, elle lui demande. Je suis quoi, elle insiste, un bonus ? Ta petite dose de douleur nécessaire ? »

« une histoire longue distance, sans la distance. ». Elle est jeune, il a le double de son âge, une vie ailleurs. Ils se retrouvent chez elle pour des instants volés. Elle ne vit que pour ces moments, par ces moments. Peu à peu, ces huis-clos ne suffisent plus. La passion devient orageuse et douloureuse.

Cet amour singulier est raconté par la jeune femme. Victoire de Changy écrit avec sensibilité et délicatesse une histoire simple qui se délite.

 


 

 

Neverland / Timothée de FOMBELLE (L’Iconoclaste)

Neverland est le premier roman pour adultes de Timothée de Fombelle, grand auteur de littérature pour la jeunesse. Le thème de ce roman ? L’enfance, sa propre enfance. « Je suis parti un matin d’hiver en chasse de l’enfance. Je ne l’ai dit à personne. J’avais décidé de la capturer entière et vivante. Je voulais la mettre en lumière, la regarder, pouvoir en faire le tour. Je l’avais toujours sentie battre en moi, elle ne m’avait jamais quitté. » Un récit d’une grande poésie sans mièvrerie aucune. Lors d’un retour dans la maison de ses grands-parents, là où les étés semblaient sans fin, de Fombelle retrouve l’enfant qu’il était. Le lecteur n’oubliera pas cette scène bouleversante lorsque son grand-père lui confia la mission d’écrire à sa place un texte pour les 80 ans de son plus vieil ami. Ainsi l’enfant qu’il était basculait vers l’âge adulte.

 


 

 

Son absence / Emmanuelle GRANGÉ (Arléa ; 1er mille)

S’il n’y a pas eu de constatation judiciaire de présomption d’absence, la déclaration d’absence est possible au bout de 20 ans à compter des dernières nouvelles. Code civil, art. 122

En 1995, un jeune homme, François Munch, fils de bonne famille, disparaît sans motif apparent. Il envoie une carte postale laconique à sa famille pour annoncer son départ définitif. Vingt ans plus tard, sa famille – son père, sa mère, ses quatre sœurs et son frère –  est convoquée au tribunal afin d’avaliser officiellement cette absence. Comment chacun d’entre eux a t-il vécu cette absence ? En de très courts chapitres, entrecoupés par des paroles de François, Emmanuelle Grangé nous fait entendre la voix de chacun, entre culpabilité, révolte et remise en question. Le ton paraît banal, mais les névroses familiales racontées sans fioriture, nous touchent et nous dérangent.

 


 

 

Fief / David LOPEZ (Seuil)

Le territoire de Jonas et de ses potes n’est ni la campagne ni la ville, mais un entre-deux, une zone péri-urbaine pavillonnaire. Leur quotidien est synonyme d’ennui, mais ils se tiennent chaud et appréhendent de quitter leur quartier : « L’ennui, c’est de la gestion. Ça se construit. Ça se stimule. Il faut un certain sens de la mesure. On a trouvé la parade, on s’amuse à se faire chier ». Son copain Untel deale du shit, Lahuiss fait des études, et il y a Ixe, Sucré… Jonas, quant à lui, est boxeur amateur en attente d’un grand combat. Quand il boxe, redoutant les coups, il manie l’esquive comme dans sa vie. Il est le chroniqueur lucide de leur quotidien.

David Lopez retranscrit subtilement, sans porter de jugement, la vie de ces jeunes qui ont du mal à quitter l’enfance et à trouver leur place.

 


 

Le presbytère / Ariane MONNIER (JC Lattès)

Cela aurait pu ressembler à un beau roman, à une belle histoire. Dans les années 70, un jeune couple, Balthazar et Sonia, décide de s’installer à la campagne, dans un ancien presbytère caché dans un grand jardin. Lui, médecin, est autoritaire. Elle rêvasse et se montre incapable de s’assumer. Ils auront quatre enfants. Pour éviter, selon lui, les mauvaises influences, Balthazar décide d’éduquer sa progéniture à la maison, ce qui n’exclut ni les coups ni les humiliations. Et les enfants n’auront comme seuls liens extérieurs à la famille qu’un adolescent accueilli par charité et un couple, amis de leurs parents.

Dès les premières pages de ce huis-clos étouffant, avec des phrases posées ici et là, l’air de rien, le malaise est présent et le doute s’installe. L’écriture d’Ariane Monnier est clinique, sans dialogue direct ni analyse psychologique. Le drame se joue sous nos yeux de manière neutre et froide sans que la situation ne soit précisément décrite et affirmée.

 


 

 

La fille du van / Ludovic NINET (Serge Safran)

La fille du van se nomme Sonja. Infirmière militaire en Afghanistan, ce passé traumatisant continue de la hanter. Lors de ses errances dans le sud de la France, elle fait connaissance avec trois êtres, aussi écorchés qu’elle : Pierre, ancien champion olympique reconverti dans la vente ambulante de poulets, Sabine, une ancienne comédienne et Abbès, fils de harki. Ils vont tenter de se sauver du mal de vivre qui les ronge en s’inventant un avenir qui pourrait être commun. En auront-ils la force ?

Ancien journaliste sportif, Ludovic Ninet s’est inspiré de la vie de Pierre Quinon, ancien champion olympique de saut à la perche, tragiquement disparu, pour écrire ce premier roman mettant en scène des personnages attachants.

 


 

Climats de France / Marie RICHEUX (Sabine Wespieser)

Climat de France est une cité de pierre réalisée dans les années 50 à Alger. La Cité heureuse est une autre cité de pierre où Marie, la narratrice, passa son enfance à Meudon-la-Forêt. Ces deux cités ont un point commun : elles furent réalisées par l’architecte Fernand Pouillon. Autour de ces lieux, Marie Richeux construit un roman polyphonique dans lequel s’entremêlent les époques et les vies de personnages parfois déchirés ou contraints à l‘exil. Malek, son vieux voisin, en est la figure emblématique. En faisant des allers-retours dans le temps et dans l’espace entre Alger et Paris, Marie peint la lumière du sud et réhabilite le grand architecte, presque oublié aujourd’hui, que fut Fernand Pouillon. Par son trait sûr dans lequel perce une grande délicatesse envers ses personnages, Marie Richeux nous fait revivre un moment de l’Histoire.

En marge de cette lecture, il faut redécouvrir Les pierres sauvages, le seul et magnifique roman écrit par Fernand Pouillon.

 


 

 

Mon père, ma mère et Sheila / Eric ROMAND (Stock)

Eric Romand raconte son enfance et son adolescence dans un quartier populaire de la banlieue lyonnaise. Un père qui aime le foot, les voitures et les femmes. Une mère qui brique l’appartement et finit par demander le divorce. Et lui, Éric, fan de Sheila qu’il écoute sur son mange-disque orange, prenant conscience de son homosexualité. Un très court roman d’une simplicité attachante, constitué de petites pastilles très imagées, dans lequel l’humour le dispute à la tristesse, un récit doux-amer empli de sincérité.

 


 

 

 Ces rêves qu’on piétine / Sébastien SPITZER (L’Observatoire)

Au printemps 1945, Le IIIe Reich vit ses dernières heures. Hitler et ses sbires sont terrés dans leur bunker à Berlin, à l’abri des bombes. Parmi eux, Magda Goebbels et ses six enfants. Avant de mourir, elle se remémore son ascension au sein du Reich grâce à son mariage avec Joseph Goebbels. Pour cela, elle avait renié son passé. Pendant ce temps, des milliers de déportés, hagards et à bout de force, errent sur les routes dévastées. Parmi eux, Ava, une petite fille née dans un camp de concentration, qui  détient dans un étui en cuir des témoignages et des lettres de déportés dont celles d’un certain Richard Friedländer.

Une œuvre de fiction qui a la force d’un récit historique. Sébastien Spitzer (a)« valsé avec les faits, dans une danse à deux, collés, main dans la main. Flirter du mieux possible avec le vraisemblable pour imaginer le reste, tout ce que l’Histoire néglige, tout ce à quoi n’étaient pas destinés les milliards de mots publiés, gratter sous les décombres, astiquer les consciences pour tenter de faire jaillir quelques mauvais génies, certaines arrière-pensées, vraisemblables, toujours vraisemblables ».

 

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Chroniques musique (décembre) : Marguerite sur écoute !

JAZZ ?

 

China Moses

Nightingale, MPS, 2017, 

China Moses nous délivre peut-être le disque de la maturité (artistique). Après diverses aventures autour du jazz, de la soul et du blues, la fille de Dee Dee Bridgewater fait une sorte de synthèse de ses références autour de ses compositions, cosignées par le producteur britannique Anthony Marshall, où son interprétation fait merveille. On sent que, contrairement à certaines étoiles filantes, le temps est un allié pour miss China, qui sait où elle nous emmènera ? Un joli disque.

 

ELECTRO

 

Siriusmo

Comic, monkeytown records, 2017

« À chaque nouvelle sortie, il n’y a qu’une chanson qui me plaît encore, le reste – malheureusement – est nul » dixit Moritz Friedrich, alias Siriusmo, compositeur de musique électronique berlinois. Et c’est franchement exagéré à l’écoute de ce nouvel opus plein de fraicheur, de légèreté, de décontraction.  Siriusmo ne se prend pas au sérieux au point de, c’est vrai, parfois flirter avec le kitsch et la facilité, mais c’est tellement bien, de temps en temps,  de se mettre entre les oreilles autre chose qu’un produit formaté, qu’on lui pardonne ses écarts. Ce disque plein de personnalité recèle quelques perles !

 

 

ROCK

Peter Perrett

How the west was wonDomino Recording, 2017

 

 

 

The Only Ones

The Big Sleep, Jungle, 1993

Peter Perrett est un auteur-compositeur et guitariste britannique légendaire. Après avoir formé England glory, il enregistre trois albums avec les Only Ones à la fin des années 70.

Son comportement erratique et son addiction à l’héroïne font de lui un véritable survivant. Il accompagne même son alter égo américain Johnny Thunders sur scène (avec un certain Sid Vicious à la basse) et sur So Alone, l’album solo de Thunders en 78.

Après une longue période d’inactivité, Perrett réapparait en 1996 avec 1er album solo splendide Woke up sticky.

Aujourd’hui accompagné de ses deux fils (ex Babyshamble, groupe d’un certain Pete Doherty bénéficiant lui-aussi du même type de réputation) et de ses deux belles-filles -une véritable histoire de famille-Peter Perrett sort ce disque remarquable How the west was won.

Son style reste inchangé : un rock sombre et intimiste à mi-chemin entre Lou Reed et Syd Barrett.

A écouter d’urgence !

 

 

 

A l'affiche!·Découverte de l'Est parisien

L’équipe de la médiathèque à la découverte du Pavillon de l’Ermitage

Une petite folie du début du XVIIIe siècle, délicieusement plantée dans le square Debrousse, à deux pas de notre lieu de travail… Nous sommes partis à la découverte du Pavillon de l’Ermitage, à l’invitation d’Anne Delaplace, chef de projet de l’association des Amis de l’Ermitage, partenaire de la médiathèque et de son fonds Découverte de l’Est parisien.
A notre tour, nous avons eu envie de vous faire découvrir ce lieu hors du temps, riche d’un passé prestigieux, et porteur de belles promesses d’avenir.
Le Pavillon de l’Ermitage, dernier vestige du domaine de la duchesse d’Orléans. Le château proprement dit était situé à Bagnolet, sur l’actuel emplacement du Novotel. Crédits : Association des Amis de l’Ermitage

 

Qui vient nous ouvrir la belle grille d’honneur sise au 148 rue de Bagnolet ?

C’est Anne Delaplace, chef de projet de l’association des Amis de l’Ermitage, une structure fondée en 2001 pour la mise en valeur et la sauvegarde du site.

Après nous avoir conté la riche histoire de cet édifice voué aux plaisirs, notre guide a partagé avec nous les souhaits et les engagements des Amis de l’Ermitage pour faire revivre les lieux.

Mais qu’est ce donc que cette « folie » ? Un édifice de modestes dimensions occupé à la belle saison pour l’agrément de la Duchesse d’Orléans, rien moins que la fille de Louis XIV et de la marquise de Montespan. La dame, contre toute attente, accède au rang de « première dame » en épousant le Régent, chargé d’assurer la transition entre la mort du vieux monarque et l’avènement du futur Louis XV.

D’argent la Duchesse ne manque point, et lassée de la vie de famille comme de la cour, elle achète le château de Bagnolet en le dotant d’un vaste parc et de trois charmants édifices dont l’Ermitage, peint de figures d’ « ermites » nichées dans des paysages de fantaisie.

Concerts, plaisirs de la table et parties fines, les occupants du pavillon s’en donnent à cœur joie… Bon vivant, le petit-fils de la duchesse, Louis-Philippe le Gros, offre dans cet écrin un salon « à la grecque » à sa maîtresse Etiennette Marquis. Un salon avec force amours potelés, encadrant une plantureuse représentation de la déesse Flore. Inauguré en 1761, le décor ne profite guère à sa nouvelle propriétaire.

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La déesse Flore en a vu de belles…

Panier percé et séducteur invétéré, le bon gros Louis-Philippe est sommé par Louis XV – maintenant bien mature –  de vendre son domaine, tombé quasiment en ruines faute de soins.

L’Ermitage survit miraculeusement au lotissement du parc (80 ha !) et tombe au XIXe siècle dans l’escarcelle de parlementaires et de notables du village de Charonne. Chauffage, étage et cheminées équipent les lieux convertis en habitation bourgeoise.

En 1887, nouveau coup du sort ! L’Assistance Publique, en quête de terrain pour construire un hospice à la périphérie de Paris, tombe sur une parcelle à vendre : l’Ermitage, diverses dépendances et un bout de parc composent l’ensemble qui constituera l’hospice Debrousse.

Voilà notre pavillon au cœur d’une œuvre sociale, financée par les femmes philanthropes de la famille Alquier-Debrousse. Le destin de la folie XVIIIe, un brin décalée par rapport aux installations fonctionnelles et pétries de considérations hygiénistes de l’hospice, vacille.

L’édifice ne doit sa survie qu’à l’inscription à l’inventaire des Monuments Historiques en 1928.

Le dispositif protège fissa l’architecture, les peintures et la grille d’honneur côté rue de Bagnolet, d’une destruction probable. Oui mais voilà…

Le lent oubli qui accompagne le pavillon, converti en bureau directorial, mène à de radicales décisions. En 1982, l’hospice change de peau. Les anciens bâtiments sont détruits au profit de l’actuel EHPAD Debrousse. Un jardin public s’insère entre l’établissement social et l’Ermitage, définitivement isolé de son contexte. L’Ermitage est désaffecté, l’étage méthodiquement démantelé. La restauration de la toiture protège l’édifice des plus graves dommages du temps, mais le site demeure sans affectation.

Ce chapitre nous est relaté à l’étage, où la déshérence générale s’offre dans toute sa nudité.

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Les bibliothécaires sont tombés sous le charme des lieux
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Au Pavillon de l’Ermitage, on sait recevoir

Dans ce saisissant scénario, quelle place pour les Amis de l’Ermitage ? Toujours l’envie de promouvoir le site, d’assurer l’accueil des publics, de valoriser le patrimoine de l’Est parisien par des expositions bien documentées, d’organiser des balades, des conférences et de publier des produits destinés à un public d’amateurs, de flâneurs, d’amoureux du « petit patrimoine ». Sans omettre les privatisations qui viennent injecter des fonds plus substantiels pour la structure, nourrie de ses recettes propres, de dons de particuliers et de sociétés. L’objectif prioritaire ? Réhabiliter le lieu à hauteur de son potentiel.

Séduits par l’enthousiasme et la passion avec lesquels les Amis de l’Ermitage s’investissent pour la préservation du site, nous leur souhaitons très bon vent dans leurs projets et ne pouvons que vous encourager à soutenir l’action des Amis de l’Ermitage en visitant ce lieu chargé d’histoire(s) !

 

Infos pratiques : Pavillon de l’Ermitage

Ouvert jusqu’au 17 décembre 2017 (fermeture jusqu’au début du mois de mars 2018)

148 rue de Bagnolet 75020 Paris- Entrée par le square Debrousse

Expositions en cours :

« Crimes et rapines »
« 
À tous crins, l’économie du cheval dans l’Est parisien »

Accès individuels : du jeudi au dimanche de 14 h à 17 h 30

Groupes sur RDV

Se renseigner sur les nouveaux horaires 2018
Tél 01 40 24 15 95

Mail (à privilégier) : pavillon.ermitage@gmail.com

 

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La belgitude des choses : le cinéma belge aujourd’hui

Le comédien Olivier Gourmet dit du cinéma belge qu’il est « singulier, c’est-à-dire qu’il n’y a pas un réalisateur qui ressemble à un autre », qu’il met en scène « des univers singuliers » et qu’il a un « vrai écho international de par le monde : on connaît le cinéma belge et on aime le cinéma belge ».

Nous aussi, nous espérons qu’après avoir lu ce post vous aimerez  le cinéma belge !

Le renouveau du cinéma belge, francophone et néerlandophone

Depuis les années 90, le cinéma belge vit un véritable « renouveau » dont le duo de réalisateurs Luc et Jean-Pierre Dardenne est le fer de lance. Leur première Palme d’or, obtenue en 1999 pour leur film Rosetta, a provoqué un électrochoc salutaire en Wallonie. Tandis que les talents francophones belges avaient tendance à s’exiler, les Dardenne revendiquent de tourner à Seraing, leur ville natale et de parler de la Belgique. Rien d’étonnant à ce que la société de production qu’ils ont fondée s’appelle Les films du fleuve, en référence à la Meuse qui coule à Seraing !

Depuis la Palme d’or de 1999, un fonds économique régional, Wallimage, finance des productions belges et étrangères qui s’engagent en contrepartie à tourner en Wallonie. En quelques années ont ainsi émergé des studios de tournages, d’animation et d’effets spéciaux reconnus en Europe. En 2012, la Flandre a adopté un dispositif similaire avec Screen Flanders, qui explique le nombre croissant de films en langue flamande ces dernières années. Désormais l’industrie du cinéma en Belgique produit environ trente films par an.

Filmer le quotidien

Trois ans avant Rosetta, c’est avec La Promesse, sorti en 1996, que les frères Dardenne trouvent et imposent leur style : pas de musique additionnelle ; un montage abrupt, qui nous plonge au cœur les scènes ; des cadrages serrés et une caméra toujours en mouvement ; une direction d’acteurs millimétrée qui donne aux personnages une complexité et une dignité sans apitoiement. En raison des sujets qu’ils abordent, on a parlé de réalisme social pour ce film et ceux qu’ils ont faits ensuite. Les Dardenne se méfient cependant de cette étiquette et insistent sur leur intention de faire aussi du « vrai » cinéma à l’américaine avec un rythme effréné et un suspense haletant, ce qui rend leurs films extrêmement prenants.

Autre grand cinéaste, adepte du réalisme psychologique cette fois : Joachim Lafosse. Après l’obtention de son diplôme à l’Institut des Arts de Diffusion de Louvain-la-neuve, Lafosse a mis six ans à trouver les financements et a réalisé deux films à petit budget (Folie privée et Ça rend heureux) avant de tourner Nue propriété, en 2007, qui est salué par la critique. Dans ce film une annonce de la potentielle vente de la maison familiale par la mère, incarnée par Isabelle Huppert va mettre le feu aux poudres. Sa relation avec ses deux fils va sérieusement se détériorer, mais aussi celle entre les deux frères, incarnés par deux frères à la ville, Jérémie Rénier et Yannick Rénier. On retrouve dans ce film les grands traits caractéristiques du cinéma de Joachim Lafosse, tant au niveau du fond (drame familial, difficulté des rapports humains) que de la forme (plan-séquence, plans fixes, hors-champ).

Les Dardenne comme Joachim Lafosse s’inscrivent dans un courant historiquement très présent dans le cinéma belge. Déjà en 1975, dans son chef d’œuvre Jeanne Dielman, 23, quai du commerce, 1080 Bruxellesla réalisatrice Chantal Akerman poussait l’hyperréalisme aux frontières du cinéma expérimental. Si la riche carrière de cette auteure atypique vous intéresse ne manquez pas la rétrospective que la Cinémathèque française va lui consacrer en mars 2018 !

Ces cinéastes sont également influencés par une forte tradition documentaire. Tradition présente dés les origines du cinéma belge. On parle même d’école belge du documentaire. Henri Storck (1907-1999) en est le représentant le plus connu et fait figure de père fondateur – il a d’ailleurs participé à la fondation de la Cinémathèque royale de Belgique. Son film, Misère au borinage,  fait référence. Il  y dépeint les conditions de travail des ouvriers d’une usine de charbon. Encore aujourd’hui, un grand nombre de documentaires réputés et qui connaissent une sortie en salles est le fruit de cinéastes belges comme Jean-Jacques Andrien, Patric Jean ou encore Thierry Michel.

Le cinéma belge actuel a aussi été fortement influencé par un programme télévisé : Strip-tease. Le “ magazine qui vous déshabille ” occupe une place à part dans l’histoire de la télévision. D’abord par sa longévité (1985-2012). Ensuite, par la mini-révolution culturelle qu’il a apportée en produisant des documentaires d’un genre nouveau, sans commentaire, abordant essentiellement des passages de la vie de tous les jours. Si l’émission divise dès son lancement, son impact est considérable et explique peut-être que bon nombre de films belges se présentent comme de faux reportages et jouent avec les principes de télé réalité. A noter que des réalisateurs appelés à devenir connus comme Benoît Mariage ou Manu Bonmariage y ont fait leurs premières armes.

Filmer le réel, c’est bien, mais une grande partie du cinéma belge prend cependant ses distances avec le quotidien. De nombreux films belges se rattachent plutôt à ce qu’on appelle le “cinéma de genre”.

Cinéma que nous vous proposerons de découvrir lors d’un prochain billet consacré au 7e art belge. A découvrir ici !