Sans modération

C’est un beau moment, c’est une belle histoire… de Bibliothèque

À la recherche d’un DVD introuvable dans les rayons, @Beatricelcv s’inquiète de ne voir aucun des films de F. Wiseman dans SA médiathèque, ici à Duras : « Pas possible ! Ils ne peuvent pas être tous empruntés, ou bien pire encore, avoir été négligés par les bibliothécaires ! »

En effet, nous aussi on aime beaucoup ce documentariste, qui a filmé tant de lieux, tant d’institutions et tant de gens qui les font vivre. On l’aime tellement que sa filmographie complète figure au catalogue, et qu’à l’occasion de la sortie de son petit dernier en novembre 2017, on avait mis dans une niche tous nos trésors le concernant. Tombant dessus, la voilà rassurée, et elle nous fit l’honneur d’un tweet pour dire toute sa gratitude. Alors la conversation s’est engagée, et la promesse d’un billet de sa plume est venue « presque » naturellement.

C’est ce billet que nous publions aujourd’hui, ravis de cette rencontre !

Frederick Wiseman, un beau visage de l’Amérique

exlibris

Ex Libris, le dernier film de Frederick Wiseman est sorti il y a un mois en France et il est exactement ce à quoi l’on pouvait s’attendre. En effet, Wiseman filme une institution accueillant du public comme il en a filmé précédemment (on pense en particulier à National Gallery, pour la dimension culturelle et le nombre de visiteurs que l’on aperçoit). Ici, le réalisateur s’intéresse à la New York Public Library (@NYPL), bibliothèque (tiens, tiens) de New York constituée d’un bâtiment principal situé à deux pas de Manhattan et d’une multitude d’antennes, filmée sous toutes ses coutures. Wiseman nous montre donc, par séquences alternées, des événements publics, des activités et ateliers, des usagers utilisant les services proposés, et des réunions où se décident en particulier la politique du lieu. La majeure partie du film est consacrée aux événements publics, comme les conférences ou rencontres avec des écrivains, et les réunions, tournant beaucoup autour du budget – les finances de la NYPL proviennent de la ville et de donateurs privés.

Car Wiseman a ce talent : rendre passionnantes de longues séquences de discussions entre les équipes dirigeantes, que ce soit sur la politique d’acquisition des ebooks, d’aide à l’accès à internet, ou encore sur comment obtenir, les mêmes fonds d’une année sur l’autre et donc sur le rôle d’une bibliothèque dans la cité.

Au travers de ces réunions consacrées au budget, il est étonnant de constater comme les équipes et, sur un plan plus large, le film en lui-même sont optimistes quant à l’avenir de la NYPL, et des bibliothèques en général. Ex Libris semble prendre le contrepied des discours habituels sur l’utilité des bibliothèques, en un temps où les livres occupent de moins en moins de place dans la vie quotidienne. Mais le documentaire s’attache justement à montrer que les bibliothèques sont bien plus qu’un lieu qui tourne autour des livres. En plus d’une séquence où une architecte exprime précisément cette idée, le film montre des services de conservation d’images, de numérisation de journaux, d’activités parascolaires, de conférences à la rencontre des créateurs d’aujourd’hui (on reconnaît Elvis Costello, Patti Smith, Ta-Nehisi Coates)…

En cela Ex Libris est un film politique, qui montre qu’avec des moyens financiers, on peut faire vivre un lieu qui serve au débat public, à l’éducation et à la rencontre.

Le documentaire n’évoque jamais l’élection américaine de 2016, et pour cause, le montage s’est terminé deux jours après l’élection de Donald Trump. Mais on y pense beaucoup, comme aux nombreuses crises que traverse le pays. Ainsi, beaucoup d’interventions évoquent de près ou de loin les problèmes que rencontrent les Afro-Américains.

Malgré tout l’intérêt du documentaire, sa longueur le rend peut-être difficile à apprécier complètement en salle. Trois heures dix-sept sans pause, c’est dense, et le rythme, le schéma de Wiseman est toujours un peu le même. On apprécie les petites pauses musicales toujours bien choisies dans ses films (ici en particulier un atelier danse avec des personnes âgées, très rafraichissant, et un concert où les Danses populaires roumaines de Bartók sont données par un quatuor d’instrument à vents très amateur, devant un public blasé) mais ici elles sont presque insuffisantes. De même que la diversité des lieux, entre les différentes antennes de la NYPL nous fait un peu tourner la tête et, quand on ne connaît pas la ville, nous perd totalement.

Malgré le petit défaut de sa longueur qui le rend difficile d’accès, Ex Libris est un passionnant documentaire sur la culture sous toutes ses formes, et un engagement en faveur du service public.

Par @Beatricelcv [sur Twitter]

 

Publicités
Sans modération

Pourquoi c’est le moment de (re)lire le Kalevala !

On connaît tous, au moins dans les grandes lignes, L’Iliade et L’Odyssée mais qui a lu le Kalevala ?

En ce centenaire de l’indépendance de la Finlande (le 6 décembre 1917), il est pourtant urgent de se replonger dans « l’épopée des finnois » présente dans plusieurs bibliothèques du réseau dont notre Médiathèque Duras.

« Kalevala » veut dire « sur la terre de Kaleva », Kaleva étant un géant mythique, père des héros dont on suivra les aventures – lui-même étrangement absent des histoires qui nous sont contées. Le Kalevala se présente donc comme une suite de chants épiques qui mêlent les hommes et les dieux.

13084_1
Kullervo

Ce long poème de 50 chants, qui commence à la création du monde, a été publié le 28 février 1835 par Elias Lönnrot, un médecin de campagne qui a passé sa vie à recueillir auprès des paysans des fables, des récits, des chants traditionnels uniquement issus de la littérature orale. Son rôle est allé bien au-delà de la seule transcription écrite : Lönnrot a accompli un immense travail de versification et d’harmonisation d’une langue finnoise qui était encore balbutiante et empreinte de patois régionaux (à cette époque la Finlande, autrefois rattachée au royaume de Suède, était sous domination russe et son administration s’exprimait tantôt en suédois, tantôt en russe).

Elias_Lönnrot_Helsinki
Statue d’Elias Lönnrot à Helsinki 

Ce petit miracle a largement contribué à la diffusion d’un sentiment national qui a abouti, moins d’un siècle plus tard, à l’indépendance de la Finlande. Rares sont les textes qui ont eu un rayonnement aussi important que le Kalevala, et rares sont les pays dont le destin est à ce point lié à un monument de la littérature.

Au-delà de son importance culturelle et historique, il faut lire le Kalevala et goûter la magie de ses vers. Ainsi la plainte d’Aino, promise au vieux Väinämöinen qu’elle ne veut pas épouser :

« Il aurait mieux valu, pauvrette,

Fleur de bourrasque, mieux valu

Que je reste sans naître au jour,

Graine close, sans fleur ouverte

En ces jours d’étoile mauvaise, terres sans joie, les soleils mornes.

 

Morte à six nuits, toute menue,

Éteinte à huit nuits d’âge même,

J’aurais causé peu de besogne :

Un empan de toile de lin,

Un petit recoin du talus,

Pour ma mère une once de larmes,

Un peu moins pour mon père encore,

Pas une goutte pour mon frère. »

-triptych-artsy-fartsy
la plainte d’Aino, promise au vieux Väinämöinen

Derrière le texte de Lönnrot, c’est toute une tradition orale qui se dessine, faite d’incantations et de répétitions. On entrevoit sans peine ces étourdissantes « battles » de bardes qui se renvoyaient la balle dans les villages reculés de Carélie, ce qui explique qu’on ait souvent des vers doubles dans le Kalevala, où la même chose est dite deux fois, de deux manières différentes, renforçant sa mélodie et sa poésie.

Inha_runonlaulajat
Battle de Bardes !

Mais le Kalevala, en dehors du surnaturel et des demi-dieux, c’est aussi une poésie du quotidien : un vocabulaire très précis de la nature, de la vie des champs, des habits et accessoires paysans. Voyez ces beaux vers qui célèbrent la bière tout juste préparée :

La bière en fermente à cœur joie,

La boisson fraîche lève dru

Dedans la seille aux douves neuves,

Le baquet de bouleau cerclé ;

Elle bouillonne au ras des anses,

Se rue blanche par-dessus bord,

Elle veut déferler par terre,

Libre couler sur le plancher.

 Rien d’étonnant à ce qu’une œuvre aussi riche ait inspiré par la suite de grands artistes, du compositeur finlandais Jean Sibelius, dont les œuvres Kullervo et la Suite Lemminkäinen sont directement tirées d’épisodes du Kalevala, aux écrivains JRR Tolkien et CS Lewis.

Alors à votre tour, embarquez sans tarder dans les aventures du barde Väinämöinen, d’Ilmarinen le forgeron, de l’infortuné Kullervo et de l’impétueux Lemminkäinen !

Lemminkäisen_äiti_Tuonelassa
La mère de Lemminkäinen repêche son fils

Pour aller plus loin :

 

Sans modération

La belgitude des choses ! Le cinéma de genre en Belgique

Nous vous parlions lors d’un précédent article du cinéma belge en insistant sur son caractère résolument singulier et novateur. Cette semaine nous vous proposons un focus sur le cinéma de genre en Belgique.

Les films qui se rattachent à un genre cinématographique précis (western, film de guerre, péplum…) sont plutôt associés au cinéma de divertissement. Ils sont a priori éloigné du réalisme évoqué lors de notre précédent article. Souvent déconsidéré, ce cinéma obéit à un certain nombre de codes et de conventions. Beaucoup de cinéastes belges vont jouer avec ces codes et les réinventer de manière très personnelle…

Le film noir

Les réalisateurs belges ont indéniablement un faible pour les films noirs, les thrillers où règne une ambiance glauque et pesante, mettant en scène des univers marqués par le crime, les magouilles, la trahison…  C’est le genre de prédilection du réalisateur néerlandophone Michaël R. Roskam. Après des études d’arts à l’école supérieure des arts Saint-Luc, il a réalisé plusieurs courts-métrages et c’est lors du tournage du troisième en 2005, Une seule chose à faire, qu’il a fait la rencontre de l’acteur Matthias Schoenaerts. Une vraie complicité est née entre les deux hommes, si bien qu’ils se sont retrouvés en 2012 pour le tournage de Bullhead, film de gangsters qui se passe dans la Belgique rurale, sur fond de trafic d’hormones. Le film a connu un immense succès critique et obtenu de nombreux prix, dont quatre Magritte. Il a même été nommé aux Oscars dans la catégorie “meilleur film étranger”.

Autre excellent film noir -sorti en 2015- également un premier film : Les Ardennes de Robin Pront. C’est l’adaptation d’une pièce de théâtre écrite par Jeroen Perceval, qui a co-écrit le scénario et qui joue aussi dans Bullhead. Initialement un certain Matthias Schoenaerts devait jouer dans ce film  financé par les producteurs d’un autre film noir flamand… Bullhead ! L’histoire des Ardennes part d’un cambriolage qui tourne mal : Dave arrive à s’enfuir mais laisse son frère Kenneth derrière lui. Quatre ans plus tard, à sa sortie de prison, Kenneth, au tempérament violent, souhaite reprendre sa vie là où il l’avait laissée et est déterminé à reconquérir sa petite amie Sylvie. Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’entre-temps, Dave et Sylvie sont tombés amoureux et mènent désormais une vie rangée ensemble… Le dernier tiers de l’histoire se passe dans la fameuse région des Ardennes qui a donné son titre au film.

Le film d’horreur

Un des sommets du genre, Calvaire (2004), raconte l’histoire d’un chanteur de charme qui se perd dans la forêt et trouve refuge dans une auberge au milieu de nulle part. A partir de là, il ne lui arrivera que des malheurs. Interdit aux moins de seize ans, le film est très court, moins d’une heure trente, et se montre très original dans son traitement : on attend quarante-cinq minutes avant de voir la première goutte de sang, et toute cette première partie lente et en apparence anodine installe le malaise. C’est le premier long-métrage du réalisateur Fabrice Du Welz qui revendique l’influence de Psychose d’Hitchcock. Il joue avec les poncifs du genre, qu’il connaît bien, tout en assumant une approche naturaliste. A noter dans le rôle du personnage principal, un habitué du genre : Laurent Lucas, qui a tourné dans Harry un ami qui vous veut du bien et, plus récemment, dans Grave.

Le film fantastique

André Delvaux, réalisateur important dans l’histoire du cinéma belge, qui mêlait très souvent réalisme et onirisme dans ses œuvres, a sans aucun doute influencé le cinéaste Jaco Van Dormael pour son premier long-métrage, Toto le héros, Caméra d’or au festival de Cannes.

Dans tous ses films, on retrouve des thèmes qui lui sont chers, comme l’enfance, le destin, les souvenirs. Le recours quasi systématique à la voix-off, l’omniprésence du fantastique et/ou de l’onirisme lui permettent de se rapprocher du conte : conte dur et très noir avec Toto le héros, conte plus léger et plein de candeur avec Le huitième jour, conte qui joue avec la science-fiction avec Mr Nobody… La mise en scène de Van Dormael est très soignée : il  passe du présent au passé en utilisant les flash-back et en soignant ses raccords.  Il dit lui-même qu’avec Toto le héros il a voulu « faire un film dont le style soit le sujet ».

Le road-movie

Le cinéma belge, c’est aussi un goût pour le road-movie, ce qui peut paraître paradoxal quand on sait à quel point la Belgique est un petit pays !

L’acteur et réalisateur Bouli Lanners affectionne tout particulièrement ce genre, qui lui permet de mettre en scène des rencontres insolites et de filmer les paysages. Peintre et photographe, il aime représenter la nature dans des plans larges et des travellings latéraux, ce qu’il reproduit dans son film Les Géants, sorti en 2011, conte qui suit les aventures de trois jeunes garçons. Mais c’est surtout son film Eldorado qui se révèle un modèle du genre. Le point de départ est une anecdote, un événement qui est vraiment arrivé à Bouli Lanners, et qui ouvre le film : Yvan, le personnage campé par Bouli Lanners lui-même rentre chez lui et se retrouve nez à nez avec son cambrioleur, le jeune Elie. Après des négociations et un début de relation “difficile”, Yvan se prend finalement d’une étrange affection pour lui et accepte de le ramener chez ses parents au volant de sa vieille Chevrolet. Bouli Lanners ne voulait pas jouer le rôle d’Yvan car il avait peur de ne pas arriver à assumer les deux casquettes acteur/réalisateur mais son producteur l’y a poussé. Le film est un petit bijou qui oscille entre comédie et drame.

On citera aussi Mobile home réalisé par François Pirot en 2012, sympathique road-movie qui n’en est pas un : deux trentenaires achètent un camping-car pour parcourir le vaste monde mais suite à une panne qui les oblige à travailler pour payer les réparations, ils commencent leur voyage sur place !

Mais certains films parviennent aussi à dépasser les frontières de la Belgique : c’est le cas de Hasta la vista de Geoffrey Enthoven (2011). Le film suit le destin de trois jeunes hommes âgés d’une vingtaine d’années qui ont au moins deux points communs : ils sont tous les trois handicapés et tous les trois vierges ! Le film est inspiré de la vie d’Asta Philpot, un citoyen américain né avec une maladie congénitale handicapante qui est parti en Espagne pour perdre sa virginité dans une maison close munie d’un accès pour fauteuils roulants. Le réalisateur Geoffrey Enthoven est un habitué des sujets sensibles. Avant  de réaliser Hasta la vista, il a mis en scène l’histoire d’un groupe de R’n’B’ composé d’octogénaires atteintes d’Alzheimer, intitulé The Over the Hill Band. Et comme dans nombre de films belges, le réalisateur parvient à évoquer des sujets sensibles avec beaucoup d’humour et sans tabou… peut-être est-ce cela, le fameux « esprit belge » ?

Retrouvez l’épisode I de notre épopée belge ici

Sans modération

La voix des invisibles avec François Bégaudeau, Stéphane Geffroy et Pauline Peretz : podcast « Raconter la vie, raconter le travail »

Le samedi 7 octobre 2017, la médiathèque Marguerite Duras accueillait François Bégaudeau, Stéphane Geffroy et Pauline Peretz pour découvrir les récits de vie publiés dans la collection «Raconter la vie », initiée par le sociologue Pierre Rosanvallon.
Après avoir présenté la genèse du projet, Pauline Peretz, co-directrice de la collection, donne la parole à deux auteurs :
– Stéphane Geffroy témoigne de son métier d’abatteur dans A l’abattoir et nous fait partager son expérience d’écriture.
– François Bégaudeau raconte comment il donne voix à Isabelle, infirmière, dont il nous raconte le parcours professionnel dans Le moindre mal.

Pour écouter l’enregistrement de cette rencontre, cliquez sur la flèche.

Pour le télécharger, cliquez sur le lien : https://drive.google.com/file/d/11mSd3YDLQURMsdVrFtK0iq2R-3kjaXwr/view?usp=sharing

Sans modération

Destination ténèbres de Frank M. Robinson : Le huis-clos spatial qui fait peur…

Non, Robinson n’est pas un pseudo de Simon ou Garfunkel, même si il a certainement subi les quolibets de ses petits camarades à l’école !

On a tous en mémoire l’excellent Alien, le huitième passager de Ridley Scott, un vaisseau dans l’espace infini dans lequel personne ne vous entend crier. Hé bien Monsieur Robinson nous livre un petit chef d’œuvre que l’on verrait très bien être adapté en film !

Imaginez un vaisseau intergénérationnel, intelligemment nommé L’Astron. Imaginez un équipage sans cesse renouvelé dont chaque génération se voit créer selon un rite amoureux prédéfini. Imaginez, que chaque personnel est un élément de survit pour les autres, hé oui il sert de casse-croûte pour l’ensemble de l’équipage ! Imaginez un capitaine, le Capitaine Kusaka, un peu fou, qui décide que la seule manière de trouver une forme de vie dans l’espace est d’entreprendre un voyage sans fin car l’ultime but de l’Astron est de trouver de la vie et de la trouver dans les ténèbres !

Et puis, un petit gars Moineau, on est un peu surpris dès les premières pages par les prénoms des membres du vaisseau, qui se réveille après un accident et qui s’aperçoit peu à peu qu’il y a un truc qui ne tourne pas rond dans le vaisseau. De là, moult questions tournent dans sa tête !

Bref, Robinson nous livre un thriller façon science-fiction ou de la science-fiction façon thriller !  Si l’envie vous prend de le lire, il est à SF ROB !