Marguerite sur écoute (octobre), BRUIT ≤, The Machine Is Burning And Now Everyone Knows It Could Happen Again, Pelagic, 2021

Post-rock

Il ne fallait pas louper BRUIT ≤ lors de la dernière édition du Post In Paris au Petit Bain. Non, il ne fallait pas. Car tous ceux qui étaient présents ce soir-là se sont pris une claque comme jamais cela ne s’était produit depuis … depuis quand déjà ? Quelqu’un dans le public, visiblement en extase après le concert, a affirmé qu’ils sont le Godspeed You! Black Emperor français. Rien de moins. Hum, difficile de lui donner tort tant le quatuor toulousain a été particulièrement convaincant et impressionnant de rigueur dans l’exécution des compos. Jamais agressif, tout en puissance, un millefeuille sonore où les couches se superposent jusqu’à noyer l’auditeur et le laisser dans un état de quasi léthargie. Voilà l’impression que peut laisser un concert de post-rock. Oui. Sauf que ce soir-là il s’est passé quelque chose de vraiment spécial. Transcendantal. Oui, c’est le mot. C’était vraiment le concert à ne pas louper.

Et le disque donc ? Eternel problème. Sont-ils aussi bons sur disque que sur scène ? Y retrouve-t-on toute la magie qui a opéré pendant le concert ? Cette pochette tout d’abord. Sobre, élégante. Fond noir. Absence du nom du groupe. Une photo en cyanotype probablement. Et ce titre à rallonge en manuscrit qui ne laisse aucun doute sur les prises de position écologique et politique du groupe : The Machine Is Burning And Now Everyone Knows It Could Happen Again. Voilà, tout concorde ici à un album de post-rock. C’est sûr, on y est.

Première écoute. C’est un véritable choc. On n’avait rien entendu d’aussi intense émotionnellement depuis … le dernier album de Godspeed You! Black Emperor ? En effet la musique de BRUIT ≤ emporte l’auditeur très loin. Le disque peut s’écouter comme un seul morceau divisé en deux (ou quatre chapitres) liés les uns aux autres, chaque partie possédant sa propre identité sonore. L’écologie sera le thème central de cet album autour duquel gravite chaque morceau.

Dès l’ouverture avec Industry et sa rythmique syncopée quasi maladive, on s’envole vers des contrées SF. Il y a quelque chose de très cinématographique et d’inquiétant. Cette impression de malaise est accentuée par cette ligne mélodique jouée au violoncelle. Et cette montée en puissance, terrassante. Une pause au milieu du morceau où l’on découvre un texte d’Albert Jacquard, biologiste et humaniste, parlant de l’absurdité du système économique basé sur le principe de compétition. Un texte qui envoie un message fort sur les convictions du groupe. Le morceau s’achève sur une outro bouleversante, d’une tristesse insondable. L’aveu d’un échec ? Le constat d’une société en décomposition ?

Le morceau suivant se nomme Renaissance. Une mélodie pastorale fait son entrée, discrète, optimiste, un sentiment de plénitude envahit le morceau. C’est folk, acoustique puis le morceau dérive vers quelque chose de plus moderne, synthétique. Le glissement est parfait, jamais abrupt. Les ténèbres ressurgissent progressivement mais la fin du morceau laisse entrevoir une lueur d’espoir, d’optimisme. Nous sommes à mille lieues d’une atmosphère sombre, post-apocalyptique. C’est un sentiment à la fois rassurant et déroutant. Que nous réserve la suite ?

Amazing Old Tree débute comme un rêve. Un homme parle d’un vieil arbre, des arbres et de la nécessité de les sauver. Musicalement on se situe quelque part entre Explosions in the Sky et Oiseaux-Tempête. Plus le morceau évolue plus le rêve prend fin ou plutôt tourne au cauchemar. Le climat devient trouble, malsain. L’inquiétude s’installe, le doute est présent. L’homme s’exprime à nouveau sur la nécessité de sauver les arbres restants. Le constat est alarmant. Vous avez dit radical ?

L’ultime morceau est celui qui évoque le nom de l’album. The Machine is burning et son crescendo qui possède une charge émotionnelle devenant de plus en plus intense pour atteindre son apogée au moment de l’explosion où littéralement tout brûle. C’est la sidération, l’émotion à son paroxysme. Ce morceau embrase tout et colle des frissons écoute après écoute. C’est littéralement un incendie, terrifiant et beau à la fois, sublime dans le sens esthétique et romantique du terme. C’est de toute évidence le chef d’œuvre de cet album. Que reste-t-il une fois que tout est consumé ? La fin du morceau est un épilogue tout en douceur qui laisse à l’auditeur le libre choix d’interprétation. Apocalypse ou renaissance ? Future ou no future ? La joie et la tristesse se mélangent, cette musique remue, elle touche directement à l’âme.

Comment les musiciens de BRUIT ≤ ont-ils réussi ce tour de force ? Peut-être par leur refus des compromis en tournant le dos à cette industrie du disque moribonde et de plus en plus vide de sens. Peut-être grâce à cette liberté totale de création sans se poser de limite, élargir les frontières en osant mélanger le grandiose et l’intime. Et entrer en résistance. Ce n’est pas un hasard si le groupe refuse d’être sur les plateformes de streaming pour des raisons politiques et préfère privilégier le support physique en créant de belles éditions, en vinyle notamment. Pour leur premier long format BRUIT ≤ impressionne. On attend la suite avec une vive impatience.

Pour en savoir plus :

Le bandcamp de BRUIT ≤

L’album The Machine Is Burning And Now Everyone Knows It Could Happen Again dans les bibliothèques de la Ville de Paris

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