Sans modération

Marguerite sur écoute (février) Swans : Leaving Meaning, Young God Records, 2019

Swans - Leaving MeaningAu rythme où vont les choses on ignore si cette nouvelle décennie sera plus brillante que la précédente. Du moins on peut l’espérer, ça ne coûte rien. Mais force est d’avouer que les grands disques de rock ne sont plus légion, que les albums marquants remontent à quelques années déjà et il y a pléthore de disques plus fades les uns que les autres qui paraissent à la pelle. Nous baignons actuellement dans une nostalgie seventies qui tourne en rond et qui ne renouvelle pas le genre. Les esprits chagrins ajouteront que tout a déjà été fait dans le rock, que le punk est mort et que le phénix ne renaîtra pas de ses cendres. Tout est foutu, la messe est dite.

Seulement voilà, le dernier Swans vient quelque peu rompre la monotonie et c’est une excellente nouvelle pour nos petites oreilles exigeantes. Annonçons-le d’entrée de jeu, ce disque ne va pas vraiment détendre l’atmosphère, pas plus que le dernier Nick Cave en date, chef d’œuvre de beauté funèbre. Le quinzième album studio de Swans, double album de surcroît, est le disque des lendemains difficiles où pointe au réveil une sévère gueule de bois dont on ne peut se débarrasser.

Il est impossible de décrire réellement la musique de Swans. Depuis plus de trente ans et malgré un hiatus de plus de dix ans, Mickael Gira mène son navire expérimental à travers des chemins tortueux, ambitieux et publie des albums toujours passionnants qui oscillent entre punk, post-punk, noise, indus, gothique, post-rock et cette liste n’est pas exhaustive. Actif depuis 1982 et né à New York, le groupe a été une influence majeure pour les groupes de rock actuels tous genres confondus.

Un double album donc. Six titres sur chaque galette, une heure trente d’écoute. Les morceaux sont longs, pénétrants, obsédants, lancinants. C’est l’âme torturée d’un prisonnier rongé par les regrets qui purge une peine à perpétuité. C’est une aventure épique, chevaleresque, une lutte sans fin où le combat est perdu d’avance et dont l’unique issue est de rendre les armes. Abdiquer mais avec grâce. C’est un chemin de croix, un trip baudelairien qui laisse des cicatrices ouvertes, un cauchemar éveillé peuplé de fantômes et de créatures étranges. C’est une expérience hallucinogène, hypnotique, mystique qui se métamorphose en une transe incantatoire et liturgique, accompagnée de moments apaisés de pure beauté qui invitent au recueillement. C’est un voyage magnifique et sans retour, une plongée introspective où la douleur est omniprésente et avec laquelle il faut vivre.

Leaving Meaning est un grand disque qui console et rend heureux.

 

  • Pour aller plus loin :

https://younggodrecords.com/

  • Albums présents dans le réseau :

The Burning World

Children of God / World of Skin

Filth

The Glowing Man

The Great Annihilator

Leaving Meaning

My Father Will Guide me up a Rope to the Sky

The Seer

Soundtracks for the Blind

Swans are Dead

Swans related Project : Drainland

To be Kind

White Light From the Mouth of Infinity / Love of Life

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