Sans modération

Qui est Clifford Brown ?

Clifford Brown est un trompettiste de Jazz, le prince du Hard Bop. Il est mort en 1956 à l’âge de 25 ans dans un accident de voiture.

Cette interview, réalisée probablement peu avant son décès, est un document rare et confirme que Youtube peut receler quelques perles.

L’intervieweur est Willis Conover, producteur, grand fan de Jazz, pour la station nationale américaine Voice Of America. Nous vous en proposons ici la traduction en français.

Clifford Brown : (…) Il est très bon aussi, mais une des choses principales est le phrasé et le bon goût. Dizzy (Gillespie) est vraiment un technicien, je ne pense pas être autant inspiré dans la technique que lui.

Willis Conover : Pourriez-vous comparer Miles Davis et vous ?

C.B : Oh, Miles joue… un style très relax…c’est presque…comme vouloir faire quelque chose de facile à imiter, je dirais, il ne joue pas plein de notes mais ce qu’il joue est de très bon goût et ça swingue.

W.C : Et Fats Navarro ? Êtes-vous familier de ses enregistrements ?

C.B : Oui, plutôt, car je l’admire beaucoup et je me souviendrais toujours de lui comme d’un des plus grands trompettistes que ce monde ait connu.

W.C : Nommeriez vous d’autres trompettistes exceptionnels selon vous ?

C.B : Et bien, évidemment, il y a toujours« Pops » Louis Armstrong, et je pense aussi à Roy Aldridge, je ne le connais pas, je ne l’ai jamais rencontré, mais parmi les premiers disques que j’ai entendu, qui m’ont fait en tant que trompettiste, il y a «Let me off uptown » de Roy Aldridge, j’ai été très inspiré par ça.

W.C : Par comparaison aux premiers musiciens de Jazz dont le vibrato était prédominant, on constate chez les instrumentistes modernes, les trompettistes dans votre cas, une absence de vibrato, pourquoi a-t-il été abandonné dans le Jazz moderne ? 

C.B : Je crois que la seule manière de l’expliquer est que le vibrato à la fin des notes, si prédominant autrefois,donne une impression de chaleur, si chaud que nous appelons ce style« hot », le Jazz moderne n’est pas aussi « hot », pas« cool » non plus, c’est un juste milieu.

W.C : Vous ne diriez pas que c’est un manque d’émotion propre au Jazz moderne ?

C.B : Absolument pas. C’est juste la façon dont l’émotion est … mise en avant  je dirais, on ne mets pas tout dans le phrasé d’une ou deux notes, c’est plus un ensemble entre les idées, la technique, comment les choses fonctionnent entre elles, et là vous arrivez à un feeling d’une chaleur comparable au Jazz ancien.

W.C : Brownie, je voudrais vous questionner sur les difficultés techniques inhérentes au fait de jouer tant de notes qui doivent être à la fois justes et créatives.

C.B : C’est toute une question ! Il y a déjà le fait, spécialement à la trompette, que vous devez couvrir tout le registre de l’instrument, c’est très difficile, vous devez faire des exercices techniques, staccato, lèvres, maîtriser du plus haut au plus bas de votre instrument, c’est un vrai défi, des gens comme Dizzy et moi y travaillent pour le maîtriser complètement.

W.C : Pendant combien d’heures vous exerciez-vous avant de commencer votre carrière professionnelle ?

C.B : Je pratiquais presque deux heures chaque jour, la chose la plus importante étant que je ne manquais aucun jour, je pratiquais tous les jours.

W.C : Bien sur, aujourd’hui vous avez la chance de jouer sur scène chaque jour trois ou quatre heures, c’est une sorte d’exercice en soi. Mais continuez-vous à pratiquer avant d’aller travailler encore aujourd’hui ?

C.B : C’est très important pour les trompettistes de se « chauffer » sérieusement avant de commencer à jouer le soir. Même quand on joue tous les soirs (en concert) je trouve que pour un trompettiste ce n’est pas suffisant et bien sûr quand vous n’avez pas de travail, c’est essentiel de s’exercer pour continuer à développer les choses sur lesquelles vous travaillez.

W.C : Ceci couvre un autre aspect de la technique, Brownie : parlant de création, avez-vous la mélodie où l’harmonie d’abord à l’esprit quand vous improvisez ?

C.B : Je dirais que, dans le Jazz que nous essayons de jouer aujourd’hui, c’est très important de connaitre toutes les progressions d’accords et donc de jouer une mélodie spécifique avec les progressions d’accords spécifiques, vous devez être familier avec ça, vous devez les connaitre, ça vous donne beaucoup de libertés et vous pouvez jouer pas seulement les accords de base mais aussi des choses que vous entendez« à l’oreille ».

W.C : Brownie, merci d’avoir été avec nous et de produire tant de disques merveilleux, j’espère et je sais que votre carrière déjà brillante ira bien plus loin.

C.B : J’espère aussi, et ce fut un plaisir, croyez moi.

POUR ALLER PLUS LOIN :

Une playlist consacrée au Hard Bop avec des explications sur la création et les spécificités de ce style, cliquez ici pour la retrouver

Une autre playlist, toujours commentée, sur le Be-bop, l’autre style de prédilection de Clifford Brown, cliquez ici pour la retrouver

Et pour emprunter ses disques à la médiathèque, cliquez ici

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