Sans modération

Tendance ! « Néo-classique »

Depuis quelques années il y a un courant musical qui ne connait pas la crise, c’est le néo-classique ! Mais peut-on parler de courant musical tant ce terme un peu fourre-tout regroupe des artistes hétéroclites aux approches musicales très variées ?

Leurs disques représentent même un casse-tête pour les bibliothécaires musicaux. Classique, ambient, électro ? Ils atterrissent dans le rayon des musiques inclassables, aussi appelé « classe de décantation » (sic !) dans la classification musicale des médiathèques.

On ne parle pas du néoclassicisme de l’entre-deux guerre dont les représentants sont Ravel, Stravinski, Hindemith, Prokofiev, Milhaud, Poulenc et bien d’autres et pour lequel la définition posait déjà problème.

Avec le piano souvent au coeur de leur musique, ceux qu’on rassemble aussi sous l’appellation de « classiques contemporains », « néo ou post-minimalistes »  -décidément les étiquettes !- sont ces musiciens qui, pour la plupart mélangent musique classique, contemporaine et électronique  et dont les représentant les plus connus sont les pianistes et compositeurs Max Richter, Ludovico Einaudi (ces deux là sont partout !) et Nils Frahm.

Leur musique trouve son inspiration chez les minimalistes américains des années 60 (eux-même influencés par Erik Satie) et leur descendants : Philipp Glass, Steve Reich, Terry Riley, Michael Nyman (La leçon de piano, 25 ans déjà !)… Certains d’entre eux, que ce soit dans l’exercice du piano solo ou avec des ensembles musicaux plus ou moins importants savent rendre les œuvres instrumentales moins intimidantes avec une écoute très abordable.  D’autres ajoutent des dispositifs électroniques, influencés par  l’ambient ou la drone.

Souvent dotés d’une formation classique solide, ils peuvent enregistrer des albums dédiés à Satie ou Vivaldi  mais ayant grandi en baignant dans la culture pop, ils naviguent entre les genres pour créer des ambiances souvent intimistes et lumineuses très prisées par le cinéma, le spectacle vivant et la publicité.

La maison de disque Deutsche Grammophon a senti la tendance en enregistrant des artistes de cette mouvance. Le label anglais Erased Tapes créé en 2007 produit certains des meilleurs représentants du genre. Un autre tout nouveau, 7K! est le versant classique du label électro K7!

« Succédané d’avant-garde » pour certains critiques musicaux, « musique soporifique » pour d’autres, il serait dommage de généraliser car beaucoup de ces artistes valent vraiment le détour. A vous de séparer le bon grain de l’ivraie !

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POPPY ACKROYD Angleterre

Pianiste, violoniste, productrice et compositrice, Poppy Ackroyd a fait tourner les têtes du petit monde du néoclassique avec ses œuvres précédentes « Escapement » et « Feathers », ainsi qu’avec sa participation au Hidden Orchestra. Défendue par des géants du genre comme Hauschka et Nils Frahm, la musicienne a récemment signé sur le label de Bjork (One Little Indian Records). www.mamafestival.com

OLAFUR ARNALDS (1986-) Islande

L’islandais jouit d’une notoriété égale à celle de Björk ou Sigur Rós dans son pays. Hors de ses frontières, c’est avec la bande originale de la série Broadchurch, des albums ambitieux dont le dernier Island Songs sorti en 2016 et son side project électro, Kiasmos, que l’artiste se fait connaître et devient l’un des représentants les plus reconnus de cette nouvelle vague de compositeurs/producteurs aux côtés de Nils Frahm, Max Richter, etc. Signé chez Mercury KX, branche musique classique d’Universal, son nouvel album sortira en 2018. www.letrianon.fr

JOEP BEVING (1976-) Pays-Bas

On reconnaît bien chez le Batave une accointance avec les glorieux aînés de l’école romantique (Schumann, Schubert, Paganini, Lizst…) mais sa curiosité a sans doute posé sur son chemin les grands disques de l’excellent Label ECM. Pensons à Keith Jarrett ou encore à Ketil Bjørnstad mais aussi à Arvo Pärt pour ce même jeu avec les silences, comme la prolongation d’une note indolore… Les ambiances ne sont jamais chargées ou plombées, tout au plus se dégage de ces vignettes musicales une impression de fin de siècle, la peinture pointilliste de petites scènes du quotidien à remplir de ses propres images. www.benzinemag.net

MATTHEW BOURNE (1977-) Angleterre

Il a étudié Cage, Feldman et Saariaho et joue comme Cecil Taylor, Paul Bley et Keith Tippett réunis… En solo, avec une oreille et une intelligence remarquables, son discours est tendu de bout en bout et ce « solo de piano » si rabâché, prend sous ses doigts et à l’aide d’un sampler une fraîcheur insoupçonnée. C’est qu’en réalité, il devient lui même un sampler, pratiquant un zapping stylistique effréné qu’il nourrit d’un choix de samples électroniques (Ligeti, Godard, Kurosawa) aussi pertinents qu’inattendus. www.festival-meteo.fr

 PETER BRODERICK (1987-) Etats-Unis

Avec ou sans Nils Frahm, Peter Broderick partage ce trait avec Max Richter : une capacité à enchaîner les projets tout en prodiguant la musique la plus apaisée, voire réparatrice, de l’époque… Ce qui sidère sur cet album compilant des projets sans liens (BO de films, musiques de ballet, pièces pour mariage…), c’est la cohérence de l’esprit et du son. L’Américain joue tout, c’est souvent mystérieux, nébuleux, mais toujours prenant. C’est surtout cette façon d’illuminer la mélancolie de l’intérieur, de faire sourire le spleen, avec cette discrétion laconique réservée aux amis de la nuit. www.lesinrocks.com/

LUCA D’ALBERTO Italie

C’est le premier artiste signé sur le label 7K!, la branche néo-classique de !K7.  D’Alberto est un musicien brillant et anticonformiste, déjà hautement respecté par la scène classique comme multi-instrumentiste et compositeur, et compositeur favori de réalisateurs comme Peter Greenaway, Wim Wenders et Fernando Arrabal. Endless est né de son envie d’ébranler sa formation classique pour lui donner de nouvelles dimensions, préférant utiliser ses talents pour créer une musique au style plus contemporain, et explorer la touche électronique associée à des instruments acoustiques. melodyn.fr

LUDOVICO EINAUDI (1955-) Italie

Sa musique est trop classique pour être contemporaine, trop pop pour être classique, trop contemporaine pour être pop. Un positionnement intermédiaire qui hérisse les mandarins de chaque camp, tout en charmant des auditeurs moins regardants sur l’orthodoxie. Ses contempteurs lui reprochent ses motifs (rythmiques, mélodiques) systématiques et la sensiblerie de ses solos ? Ses admirateurs répondent «émotion», «contemplation», «beauté». Que vous le vouliez ou non, vous entendez Ludovico Einaudi dont les ritournelles sont plébiscitées par les publicitaires et les réalisateurs de cinéma. www.telerama.fr

NILS FRAHM (1982-) Allemagne

Jeune pianiste surdoué et producteur multi-instrumentiste, Nils Frahm développe depuis le milieu des années 2000 des compositions pour piano et musique électronique influencées par les travaux de Steve Reich ou John Cage. Le berlinois commence à jouer très jeune et notamment pour le professeur Nahum Brodski, l’un des derniers élèves de Tchaïkovski. Il découvre très tôt Keith Jarrett et son sens magistral de l’improvisation, ainsi que les univers transcendés du label d’exception ECM. Aujourd’hui, le prolifique Nils Frahm divise son temps entre musique classique minimaliste et musique électronique. www.laroutedurock.com

JOANA GAMA (1983-) Portugal

En 2016 nous fêtions le 150ème anniversaire du compositeur Erik Satie. A cette occasion, Joana Gama, pianiste d’obédience classique, Luís Fernandes, bidouilleur de sons issu de la musique expérimentale et le violoncelliste Ricardo Jacinto, très actif sur la scène improvisée portugaise ont enregistré l’album Harmonies afin de rendre hommage au natif d’Honfleur. Au travers de six pièces (toutes en forme de clins d’œil aux compositions du maître), les trois musiciens portugais s’inspirent très librement de la musique de Satie pour faire rejaillir sa quintessence. Dans une ambiance de fin du monde attisée par les traitements électroniques de Fernandes et le violoncelle électrisé de Jacinto, la musique progresse par petites touches irisées distillées par le piano de Joana Gama. Minimaliste et répétitive, la musique du trio nous emporte dans des contrées vaporeuses et angoissantes où l’on croise les fantômes de Lars Von Trier, John Cage ou Björk. www.citizenjazz.com

GOLDMUND (= Keith Kenniff) (1981-) Etats-Unis

Tout en subtilité et magie, Goldmund nous attire et nous frôle avant de nous emmener dans les rêves néo-classiques et ambient d’une musique en marge, délicate et superbe… Le compositeur marche sur les traces de glorieux aînés islandais et nous propose rien de moins que la musique d’un long-métrage imaginaire, que chacun pourra confectionner en son for intérieur. Les nappes synthétiques, géniales et mirifiques, viennent recouvrir avec respect l’instrumentation dépouillée du disque (Sometimes), comme un voile immaculé sur un visage endorm . Ce qui pourrait se révéler répétitif devient, au contraire, transpercé de mouvements ralentis et merveilleux, invitant au songe et au repos. www.indiemusic.fr

CHILLY GONZALES (1972-) Canada

Le brillant Canadien a toujours tout fait pour ne jamais être encagé dans un genre ou dans un rôle unique. Bref, le bonhomme est un mélomane sans œillère, brillant touche-à-tout qui aime surtout se faire plaisir. Une attitude caméléon qui ne l’empêche pas d’être sincère à chaque projet qu’il entreprend, qu’il abatte la carte rap, électro, pop, lounge, néo-classique ou autre… www.qobuz.com

GRANDBROTHERS (Erol Sarp & Lukas Vogel) Allemagne

De Gonzales à Francesco Tristano, en passant par Nils Frahm ou Bachar Mar-Khalifé, les exemples ne manquent pas, ces dernières années, de musiciens s’attachant à emmener le piano – instrument riche de tant de possibilités – vers des contrées non répertoriées, au croisement de divers univers – du (néo)classique à l’électronique. Il convient désormais d’ajouter à cette liste Grandbrothers, pseudo derrière lequel opèrent deux jeunes musiciens allemands, Erol Sarp et Lukas Vogel…  Au piano, subtilement “préparé”, s’ajoutent des boucles et autres effets électroniques pour générer une musique (répétitive) qui conjugue finement élégance harmonique et prestance rythmique. www.lesinrocks.com

RACHEL GRIMES Etats-Unis

Rachel Grimes est une pianiste, compositrice et arrangeuse basée dans le Kentucky, connue pour son travail au sein de Rachel’s, le groupe de musique de chambre-rock qui a fait découvrir des similitudes et attrait inattendus pour la musique néo classique à toute une génération de fans de rock underground. inactuelles.over-blog.com

HAUSCHKA (Volker Bertelmann 1966-) Allemagne

Au cours de ses études musicales, Bertelmann a accordé beaucoup d’attention à la technique du piano préparé » consistant à modifier le son naturel d’un piano en y plaçant divers objets dans ses cordes de façon à évoquer certaines percussions. Suivant les pas de John Cage, considéré comme le précurseur en la matière, Hauschka développe un jeu personnel et soniquement varié lorsqu’il ajoute à ses compositions d’autres instruments plus synthétiques ou d’autres instruments à vent. On retrouve dans la construction de ses premiers albums les influences de musiciens comme Arvo Pärt, Steve Reich ou Philip Glass, pour lesquels Hauschka voue une réelle admiration. www.metalorgie.com

JÓHANN JÓHANNSSON (1969-2018) Islande

Surtout connu pour ses musiques de films pour lesquelles il reçut de nombreuses récompenses, Johann Johannsson est de cette génération de compositeurs qui se nourrissent autant du jazz, du rock et des musiques électroniques que classiques et contemporaines… Sous influence Arvo Pärt, il utilise aussi des méthodes de décomposition du son via les filtres numériques, à la manière des musiciens électroniques. En résulte une musique minimaliste et spirituelle entre classique, ambient et electronica. www.laroutedurock.com

LAMBERT

Récemment arrivé dans la petite famille néoclassique, Lambert joue d’une image volontiers fantasmagorique, mais côté musique, se montre beaucoup moins aventureux. Et pourtant, il parvient à nous faire voyager loin dans le temps et l’espace. Juste avec son piano, quelques arrangements d’instruments classiques (trompettes, cordes), quelques choeurs et effets bien placés, il se place comme l’héritier doué d’un Satie. Oh, bien sûr, on en bouffe un peu à toutes les sauces, en ce moment, du néo-classique. Mais celui de Lambert, très cinématographique, pourrait bien parvenir à se faire une place au soleil, en intégrant assez subtilement des structures pop, jazz, electro à son jeu. adopteundisque.fr

LIBRARY TAPES (David Wenngren) Suède

Library Tapes, c’est depuis 2005 le projet du suédois David Wenngren, à la croisée du classique et de l’ambient experimental. On y décèle, entre autres, les influences de A Silver mt. Zion, Peter Broderick, Sylvain Chauveau, Eluvium, Philip Glass, Rachel’s, Max Richter, Erik Satie, ou encore Set Fire To Flames… www.lamalterie.com

LUBOMYR MELNYK (1947-) Ukraine

De formation classique, il s’est vite tourné vers les musiques minimaliste et contemporaine au début des années 70 pour inventer son propre langage, cette «continous piano music» constituée d’un flux continu et ininterrompu de sons. Véritable virtuose du piano, Lubomyr Melnyk est capable de jouer jusqu’à 19 notes par secondes, repousse les limites de son instrument et tisse un maillage sonore inédit, tout en délicatesse harmonique et en imagination rythmique. Son album Corollaries (produit par Peter Broederick et Nils Frahm en 2014), fera suite à son premier album sur Erased Tapes sorti en 2013. Lorsque le directeur du label lui a proposé cet enregistrement, Lubomyr lui a simplement répondu «  Où étiez-vous les gars quand j’avais 30 ans ? » www.laroutedurock.com

DUSTIN O’HALLORAN (1971-) Etats-Unis

Membre du groupe dream pop Devics dont il est l’un des fondateurs, il mène également une carrière solo, alternant albums personnels et compositions de bandes originales de films comme celle de Marie-Antoinette de Sofia Coppola. Dustin O’Halloran est influencé par Arvo Pärt, Philip Glass, Hans Otte, John Luther Adams, Olivier Messiaen, Ennio Morricone, Gavin Bryars. wikipedia.org

NIKLAS PASCHBURG (1994-) Allemagne

Après un premier EP, Tuur Mang Welten paru en 2016, très vite épuisé et affichant désormais une cote déraisonnable sur le marché de l’occasion, le jeune homme a conquis le mythique label !K7 Records dans son nouveau département néo-classique  7K! Records. L’album s’appelle Oceanic car le jeune homme aime passer son temps à contempler la Mer Baltique. Sa musique sied bien en effet à la contemplation. Piano et électro discrète s’entremêlent au creux d’une mélodie qui invite à la rêverie. sunburnsout.com

MAX RICHTER (1966-) Allemagne

Agaçant, Max Richter ? Pour qui aime à ranger les artistes dans des cases, possible que le musicien germano-britannique énerve un peu. Etiqueté « post-minimaliste », car dans la lignée d’un Glass ou d’un Reich, il use pour ses partitions aussi bien de l’orchestre symphonique (direction rayon «classique») que du sample (on bifurque vers le bac électro). Il triture Bach et Vivaldi, mais se dit marqué par l’ambient de Brian Eno. Il cite comme influences Kraftwerk et The Clash, découverts à l’adolescence et injecte le post-punk de P.I.L  ou la new wave d’OMD dans les BO pour lesquelles on le sollicite. Non seulement écrit-il pour le concert et le cinéma (on l’entend dans une cinquantaine de longs métrages depuis 2003), mais aussi habille-t-il des séries, comme The Leftovers, des ballets, des opéras, des installations d’art plastique… www.telerama.fr/

FRANCESCO TRISTANO (1981-) Luxembourg

Francesco Tristano est un musicien atypique ayant une prédilection pour Bach dont  il a enregistré l’intégrale des concertos pour clavecin en 2001. Ancien du trio Aufgang, le compositeur s’est aussi illustré dans l’électro… Il a également associé son talent à celui du producteur américain Carl Craig autant en concert qu’en enregistrement. L’éclectique Francesco Tristano revient à ses premiers amours, le piano solo, pour son premier album sur le label Sony Classical. Dans la veine des meilleurs compositeurs néo-classique d’aujourd’hui son album Piano Circle Songs, le plus intime et personnel, enregistré avec un micro très proche du piano afin de capter tous les sons naturels de l’instrument « comme si votre oreille était dans le piano » dit-il. www.fipradio.fr

Et aussi :

 

Où trouver les disques ?

Cette playlist est le fruit de la veille discographique des discothécaires, vous trouverez donc la plupart de ces disques dans les rayons de la discothèque Marguerite Duras où dans d’autres discothèques du réseau

A entendre et voir sur Soundsgood ou Youtube

Marielle B.

 

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