Sans modération

Minna Canth, l’écrivaine qui révolutionna les lois de son pays

 

Savez-vous quel est le premier pays européen où les femmes ont définitivement obtenu le droit de vote ? La Finlande, en 1906. Et le premier pays au monde où des femmes ont été élues députées ? Encore la Finlande, en 1907. Et savez-vous pourquoi ? Ah ça, les avis varient… Encore sous domination russe, la Finlande s’émancipait peu à peu et lorsqu’elle a constitué son premier Parlement, elle a opté direct pour un suffrage universel sans restriction. Joli ! Mais on dit aussi que les Finlandaises doivent peut-être un peu leur droit de vote et leur éligibilité à une écrivaine, Minna Canth (1844-1897).

Élève du premier institut de formation des maîtres ouvert aux femmes, à Jyväskylä, Minna Canth abandonne cependant ses études en 1865 pour se marier. C’est alors que commence sa carrière de journaliste et femme de lettres : ses articles et nouvelles publiés dans les journaux, où elle défend des causes progressistes, notamment en ce qui concerne la condition des femmes, ne passent pas inaperçus. Sa pièce La femme de l’ouvrier crée même un scandale national et lui attire de violentes attaques des forces conservatrices. Toute sa vie elle publiera des romans, nouvelles et pièces de théâtre engagés qui lui valurent de nombreux ennemis.

En France, seul un de ses livres a été traduit en français par Anne Cornette sous le titre Hanna et autres récits (éditions Zoé). Ces quatre courts récits, d’un naturalisme qui mêle la crudité d’un Zola à l’ironie d’un Maupassant, donnent un bon aperçu de ses thèmes de prédilection. On comprend que Minna Canth ait choqué ses contemporains ! Tout y est : les jeunes filles mariées trop tôt et condamnées à une morne existence (Hanna) ; les épouses tentées par l’adultère (L’écueil) ; les brocanteuses alcooliques (Lopo la brocanteuse) ; les mères de famille que la misère conduit à la folie (Pauvres gens).

Sa plume, à la fois incisive et délicate, restitue avec une grande finesse le monde intérieur de ses héroïnes. Les joies ne durent jamais très longtemps, les scènes les plus romantiques en apparence se teintent d’une couleur douce-amère, en témoigne ce passage d’Hanna :

Salmela était au comble du bonheur, il la serrait dans ses bras au point de presque l’écraser et il lui embrassait fougueusement les joues, les lèvres et le cou. Le chapeau d’Hanna tomba par terre et ses cheveux se répandirent sur ses épaules. Mais elle était heureuse et encore plus heureuse du bonheur de Salmela. Puis ils apprirent à se tutoyer et à s’appeler par leur prénom.“Kalle.”

Dans son for intérieur, Hanna pensa que ce n’était pas un joli prénom, mais sans doute apprendrait-elle à l’aimer peu à peu.

Mais la profondeur psychologique de Canth s’accompagne d’une indignation presque vengeresse qui fait d’elle, outre une immense écrivaine, une femme publique et engagée. On aurait tort d’ailleurs de la réduire à la cause féministe, si grande soit-elle : Minna Canth s’est aussi mise au service des ouvriers, des travailleurs exploités, de tout ce que la société d’alors rejetait car trop faible. Dans Pauvres gens, nouvelle implacable et désespérée écrite alors qu’elle-même, attaquée de toutes parts, sombrait dans la dépression, la mère de famille doit affronter les contrôleuses de l’association qui lui fait la charité :

Elle devinait bien les commentaires que les dames avaient faits après les avoir quittées.

“Bien sûr, ils étaient dans la misère, mais c’est un peu leur faute aussi, à ces malheureux ! Ils pourraient au moins laver leurs enfants et nettoyer ! L’eau ne coûte quand même rien !”

Elle les avait souvent entendues parler ainsi lorsqu’elle travaillait chez le comptable. Comment auraient-elles pu penser autrement, alors qu’elles-mêmes n’avaient jamais connu la pauvreté ? Et elles ignoraient combien les soucis incessants peuvent peser sur le moral, comme la faim mine ce qui reste de forces et diminue l’aptitude au travail.

Femme influente sur les mentalités de son temps, elle a désormais plusieurs rues à son nom en Finlande, et pas moins de cinq statues !

Sans parler de son portrait sur des avions !

Pionnière enfin dans le domaine littéraire, elle fut l’une des premières à écrire  exclusivement en langue finnoise, d’où sa place dans l’imaginaire national finlandais. Le 19 mars, jour de sa naissance est même devenu le “jour de Minna Canth”, jour de l’égalité en Finlande.

Rien d’incongru, donc, à estimer que si ses concitoyennes ont obtenu leur droit de vote et d’éligibilité dès l’indépendance, c’est en partie grâce à elle. Alors quelle meilleure lecture pour la journée des droits des femmes ?

Retrouvez Minna Canth sur le catalogue.

 

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