Sans modération

Coup de cœur romans jeunesse : la démocratie en danger

Brexit, élection de Donald Trump, banalisation du FN, en ces temps de montée des extrémismes, la bibliothèque vous propose une sélection de romans jeunesse sur le sujet. Car comme le dit Stéphane Hessel : « Il n’est jamais trop tôt pour s’engager » ; et l’on pourrait ajouter : il n’est jamais trop tard pour découvrir ces textes !

On n’a rien vu venir – romans à sept voix – Alice Deuzio, 2012

Sept auteurs se sont réunis pour raconter, en sept chapitres, l’histoire de sept familles confrontées à l’arrivée au pouvoir d’un parti liberticide. Ce roman débute le soir des élections présidentielles: la population fête avec enthousiasme l’arrivée au pouvoir du Parti de la liberté qui leur promet du « nouveau » et « une société en mouvement ». Sous ces termes flous se cache un parti qui n’a pour liberté que le nom puisqu’un véritable régime totalitaire va peu à peu se mettre en place : aux obligations absurdes (se lever tous les jours à 6h33, n’écouter que les musiques autorisées par le Chef du Parti…), s’ajoutent des lois discriminatoires. Toute personne jugée un tant soit peu « différente » est désormais exclue. Dans chaque famille va germer l’idée de ne pas se conformer à l’ordre établi, et chacune à sa manière fera acte de résistance. Ce récit rappelle les romans d’anticipation de George Orwell (1984 et La ferme des animaux) et il évoque aussi bien évidemment la seconde guerre mondiale et le nazisme.

Un roman percutant qui montre l’importance du développement de l’esprit critique et qui sensibilise à l’engagement citoyen dès le plus jeune âge. Stéphane Hessel, militant politique et auteur du manifeste « Indignez-vous !» en signe la préface et s’adresse directement aux jeunes en leur disant « Il n’est jamais trop tôt pour s’engager ».

 

 

Guerre, et si ça nous arrivait ? – Janne Teller – Édition Les Grandes personnes, 2012

À cause d’une guerre qui éclate entre les pays de l’Union Européenne, une famille de Français s’exile en Égypte. Après un an d’enfermement dans un camp de réfugiés, elle obtient un titre de séjour permanent, et est autorisée à vivre à Assouan. Ils refont leur vie en vendant des pâtisseries. S’ils parviennent à s’insérer petit à petit dans cet autre pays, des détails leur rappelleront constamment qu’ils n’y resteront que des étrangers.

Il y a plusieurs choses dans ce court texte. La situation de guerre, puis celle de réfugiés, puis celle d’immigrés devant s’intégrer dans une société où ils sont considérés comme des citoyens de  » troisième zone « , et enfin ce qui reste de ce déplacement forcé même lorsque l’intégration a fini par se faire. L’interpellation directe du lecteur dans la courte introduction permet de se plonger dans cette situation, en fait un impératif qui marche au début, et qui glisse ensuite sur la personnalisation de ce  » tu  » dans le personnage principal du récit. C’est une vrai base de discussion, de réflexion, sur la situation des réfugiés et la difficulté de s’intégrer dans un pays d’accueil. Le texte est un peu court et rapide dans l’enchaînement des événements pour véritablement prendre le lecteur dans une narration, mais dans le même temps le côté lapidaire du texte permet de donner un aspect impitoyable, assené, au destin de cette famille.

 

 

Eux, c’est nous – Daniel Pennac ; illustré par Serge Bloch ; textes de Jessie Magana et Carole Saturna – publié par les éditeurs jeunesse avec les réfugiés – 2015

Répondant à l’appel des Éditons Sarbacane, l’ensemble des éditeurs jeunesse a publié ce livre à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’enfant le 20 novembre, afin de réaffirmer haut et fort les valeurs d’accueil et de solidarité envers les réfugiés. Daniel Pennac a écrit un texte (l’instinct, le cœur et la raison) qui interpelle notre conscience d’être humain et nous rappelle que la France a su intégrer tout au long du XXè siècle des populations venues d’ailleurs. Puis Jessie Magana et Carole Saturno ont décliné les 8 lettres du mot réfugiés: Réfugié, Étranger, Frontière, Urgence, Guerre, Immigration, Économie, Solidarité afin de répondre aux questions des enfants. Le tout s’accompagne des très beaux dessins de Serge Bloch.

 

 

Matin brun – Franck Pavloff – Cheyne – 1998

Charlie et son copain vivent une époque trouble, celle de la montée d’un régime politique extrême : l’État brun. Pour éviter les ennuis, ils détournent les yeux. Une courte nouvelle sur les petites lâchetés qui peuvent mener au pire. L’auteur, d’origine bulgare, a écrit des romans et des nouvelles pour la jeunesse.

La belle histoire de Matin brun date de quinze ans, mais elle trouve une résonance particulière dans l’actualité électorale de ce printemps 2017. C’est en effet la qualification inattendue de Jean-Marie Le Pen pour le deuxième tour de l’élection présidentielle de 2002 qui a propulsé les ventes de cet apologue de onze pages paru quatre ans plus tôt et racontant comment la « peste brune » envahit sournoisement les esprits. Éditée par la petite maison d’édition indépendante Cheyne, la nouvelle s’est vendue à ce jour à près de deux millions d’exemplaires. (source : Livres Hebdo)

Le célèbre texte a été repris en 2014 dans un album illustré par les peintures murales de C215.

 

 

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