Archives mensuelles : juin 2016

L’Afrique connectée

En ce mois de juillet, nous consacrons cette rubrique à l’Afrique connectée.

Le développement du numérique en Afrique est devenu l’un des enjeux phares de cette dernière décennie. Forums, colloques et rencontres dédiées à  ce sujet se multiplient. Dernière en date, la conférence #AFRROBYTES  qui s’est tenue à la Gaité Lyrique le 9 juin dernier dans le cadre de Futur en Seine et qui a réuni techs Hubs africains, acteurs de la Silicon Valley, startups et investisseurs.

afriqueitnews

D’ici 2050 un tiers de la population mondiale vivra sur le continent africain et pour ce qui concerne les TIC, les chiffres sont très alléchants pour les acteurs de ce secteur : 167 millions d’utilisateurs Internet, un taux de pénétration du téléphone mobile dépassant les 70 % avec la moitié des détenteurs qui utilisent Internet via leur réseau mobile. La fibre optique est quant à elle en cours de déploiement.

Concrètement, plusieurs des situations d’urgence qui continuent de plomber l’Afrique subsaharienne – sanitaires, agricoles, écologiques, politiques, économiques, éducatives – sont d’ores et déjà améliorées par l’utilisation du numérique. Des espaces digitaux voient le jour un peu partout sur le continent, de nouvelles applications se créent qui améliorent le quotidien des populations.

Par ailleurs si de nombreux obstacles perdurent, réseaux de transports et d’énergie parfois anarchiques, couts d’achats d’un ordinateur et de la connexion élevés, la jeunesse africaine s’est de son côté emparée des outils numériques pour raconter son quotidien, s’exprimer, dénoncer, tisser de nouveaux liens et générer de nouveaux projets.

Il ne s’agira pas ici de dresser une liste exhaustive des mises en œuvres numériques observées dans cet espace tant abondent les réalisations mais plutôt de mettre en lumière quelques sites, applications et autres innovations qui nous ont semblé représenter au mieux les bouleversements qu’engendre la révolution numérique, en Afrique subsaharienne comme ailleurs.

 

Quelques incubateurs à connaître

 

Des centres d’incubation et autres startups se déploient un peu partout dans les grandes capitales africaines. À travers les quatre coins de l’Afrique, notamment en Afrique de l’Ouest et Centrale, de jeunes  « geeks » disposent d’espaces de rencontres, de réflexion et  de création afin de développer des applications ou des outils adaptés aux besoins de leurs sociétés et de ses consommateurs. En voici quelques uns :

L’Ihub (ihub-roomNairobi, Kenya) cet espace ouvert au geeks, hackers, investisseurs est un endroit mythique pour tout le continent, il est notamment associé à la création du logiciel.

Ushaidi, célèbre dans le  monde, qui permet de reporter sur des cartes les bureaux de vote où des fraudes ont été constatées.

 

xHub Addis (Addis Abeba, Éthiopie), est à l’origine de nombreux projets dont le dernier né est la création d’une application en open source pour apprendre à programmer.

 

Du virtuel au réel : ces innovations qui changent la vie

 

Images of branding, products and clients in and around the town of Kitale, NW Kenya, for M-KOPA SOLAR, a mobile technology innovating company who believe in the huge potential of transformative, affordable products such as solar panels and lights, the D10 and D20, designed for underserved consumers.M-Kopa : M-Kopa installe des capteurs solaires et vend de l’électricité à plus de 180 000 foyers au Kenya. Pour le prix d’une bougie, le système permet d’éclairer sa maison pendant une soirée, de faire fonctionner  une radio et de charger un téléphone.

 

 

 

 

Wafate 3D : Kodjo Afate Gnikou 3d-printer-e-waste-Inventor-and-printerle Togolais Afate Gnikou a mis au point une imprimante 3D à moins de 90 €, fabriquée à partir d’appareils recyclés.

 

 

 

 

 

Des applications dans tous les domaines

 

Dans le domaine de la santé un certain nombre d’applications ont vu le jour ces dernières années.

Bogou-1Ainsi le malien CheiK Oumar Bagayoko, docteur et informaticien vient de remporter le prix « RFI Challenge Afrique » pour son application « Bogou ». Cette application de télédiagnostic bientôt disponible sur Android et iOS permet aux médecins éloignés des centres urbains, depuis un ordinateur connecté à Internet, de prendre l’avis de spécialistes basés dans les capitales.

 

v-tip-sante-2811ea-h900Conçue par la startup sénégalaise Volo, l’application VTIP santé facilite l’accès aux soins de santé en permettant à ses usagers de géolocaliser facilement le prestataire de santé dont ils ont besoin.

 

 

 

D’autres applications facilitent le travail des éleveurs et des agriculteurs

1448935174452533Au Botswana, l’application Modisar permet à des éleveurs de suivre à la trace leurs troupeaux, de les analyser statistiquement et de recevoir des alertes pour mieux les gérer sanitairement.

 

 

 

Génération Web 3.0

 

Nous ne pouvions terminer cet article sans évoquer cette jeune génération qui s’est emparée des outils du web participatif pour créer un véritable espace d’expression, de réflexion et de réalisions concrètes. Un hommage tout particulier est à rendre à ces jeunes qui malgré toutes ces entraves – manque d’électricité, coût encore élevé de la connexion, queue de plusieurs heures aux cybercafés – continuent envers et contre tout à prendre la parole, à raconter leur quotidien, à construire de nouveaux réseaux.

Qu’ils soient blogueurs engagés, blogueurs idéalistes,  blogueurs amuseurs, blogueurs érudits, blogueurs artistes, ils nous font part des choses qui les passionnent, qui les surprennent ou qui les énervent.

Pour beaucoup, le blog devient presque un prétexte, une introduction à la débrouillardise, le moyen de faire son réseau, d’exister sans avoir de moyens financiers. Grâce aux blogs ils se connectent avec des gens qui ont la même philosophie et, parfois, montent des projets avec eux afin de changer la réalité.

 

Partagez les humeurs de Babeth  sur son blog  humeurs nègres . Ça va enjaillé !  Ou presque.humeurs-nègres-300x94

 

C’est à N’Guessan Jean Christ Koffi que je dois l’expression « enjaillé », utilisée plus haut. Et pour continuer à  savourez les trouvailles du parlé franco-Ivoirien, allez sur son blog La République vue d’en haut.

 

wordle-2Délectez-vous de  l’écriture du guinéen Aliou Sow sur son blog Ma Guinée Plurielle  ! Vous rirez assurément, compatirez très certainement, relativiserez indubitablement. Récompensé en 2013 par le prestigieux Best of Blogs décerné par la Deutsche Welle.

 

 

Dans la famille des blogueurs il y a aussi ces héros quelquefois forcés de quitter leur pays. Ou celles et ceux qui restent au péril de leur vie et continuent à donner l’information, à lancer des alertes que ce soit sur les réseaux sociaux ou sur leur blog, attirent l’attention du monde sur les problèmes auxquels ils sont confrontés, mobilisent la population et canalisent les énergies.

Citons deux mouvements citoyens : La Lucha en Répubique démocratique du Congo et le Balai Citoyen au Burkina Faso. Extrêmement actifs, ils se servent aussi des réseaux sociaux pour informer et mobiliser les citoyens, relayer leurs actions, disséminer l’information. Sans surestimer l’importance qu’Internet peut occuper dans leur lutte, cet outil leur permet souvent d’accélérer les choses.

yenamarre-fadelInterrogé sur RFI, Aliou Sané, l’un des fondateurs du mouvement Y en a marre créé en janvier 2011 pour obliger le président Sénégalais Abdoulaye Wade à renoncer à une nouvelle candidature, témoigne : « Le jour où on a décidé de créer ce mouvement, la chambre dans laquelle on était dans la banlieue de Dakar n’était même pas éclairée car il n’y avait pas d’électricité. L’opposition ne disait rien du tout et nous nous sommes demandés s’il ne fallait pas inventer une autre façon de s’engager en créant quelque chose de réel au moment où les jeunes commençaient à s’énerver, à casser, à bruler des pneus. Leur dire : « nous sommes à quelques mois des élections, ne faut-il pas créer quelque chose qui cristallise toutes ces frustrations et en faire une énergie positive ? » La même nuit on a écrit le communiqué, on a créé la page facebook  Y en a marre , on a créé un comte Gmail et lancé notre message. On avait une initiative pour mobiliser les jeunes et faire face à l’imposture ».

En incitant la jeunesse à aller voter avec ce slogan « Ma carte, mon Arme » relayé dans les manifestations et les réseaux sociaux, il y aura 357 000 inscrits supplémentaires sur les listes électorales. Abdoulaye Wade ne sera pas réélu.

 

Pour retrouvez l’ensemble de nos sélections, c’est ici. Et dans nos rayons, de nombreux documents relatifs à l’Afrique d’aujourd’hui (et d’hier).

 

 

 

 

 

Catégories : A l'affiche! | Étiquettes : , | Poster un commentaire

Chroniques musique (juillet) : Marguerite sur écoute !

ROCK

LA british invasion déferle sur DURAS !

Retour sur une époque glorieuse, en tout cas en ce qui concerne le rock : les sixties…

4 « nouveautés » à l’appui :

  • Tout d’abord, une réédition des 2 albums des Them :

Layout 1Them

The complete Them 1964-196, Sony Music, 2015

Le groupe de Van Morisson de 1964 à 1966 s’impose comme l’un des groupes de rhythm and blues les plus influents de son temps, un équivalent irlandais aux Animals d’Eric Burdon.
Ils eurent une pléiade de titres dans les charts, dont le fameux GLORIA, qui devient de suite un standard de rock.

 

  • Une compilation du Spencer Davis Group :

spencer-davis-group-keep-on-running

The Spencer Davis Group
Keep on running : the collection, Cherry Red Records, 2013

Un groupe de rock britannique, originaire de Birmingham fondé en 1963 par Spencer Davis avec Stevie Winwood et son frère Muff.
Un groupe majeur, lui aussi, très orienté rhythm and blues mais avec une coloration psychédélique. Le groupe se sépare en 67, après avoir enregistré trois albums quand Steve Winwood quitte le groupe pour former Traffic en 1967, puis Blind Faith avec Clapton en 1969.

 

  • Un cd de hits sixties d’un authentique chanteur de rhythm and blues :

chris farlowe out of timeChris Farlowe

Out of time, Sanctuary Records, 2006

Adulé des Mods dès 1962, il reprend des titres de Sam Cooke, Otis Redding et autres maîtres, mais c’est en 66 qu’il connaît le succès avec « out of time» un titre alors inédit des Rolling Stones.

 

  • Et enfin :

LOOKING STATESIDE FRONT COVER_WEBLooking stateside

80 US R&B mod, soul & garage nuggets, RPM Records, 2016

Une compilation Garage de plus de 80 groupes : des américains s’efforçant de sonner comme les formations issues de la british invasion (Stones, Yardbirds, Pretty Things…), formations qui elles-mêmes reprennent le son des standards de rock et de rhythm and blues américain.

Merci qui ? Merci Marguerite !

SOUL

 

sos400Monophonics

Sound of sinning, Monophonics 2015

Monophonics est un groupe de San Francisco qui prodigue une soul psychédélique très énergisante. Inspirée de rock 60’s, de soul et de funk, leur musique bien rodée lors de nombreux concerts n’est pas une pâle imitation. Le combo s’est fait connaître du public français en tournant en tant que backing band pour Ben l’Oncle Soul (qui assure le chant sur un des titres), mais c’est d’emblée la voix ardente du chanteur Kelly Finnigan qui nous accroche, soutenue par une section de cuivres au taquet et un quatuor à cordes qui donne, sur certains titres, une autre dimension à leur musique incandescente. Entre flamboyance et slows bien balancés, ce deuxième album très rock tournera en boucle sur les platines.

 

JAZZ

 

81QrBoc6YrL._SL1500_

Marcus Strickland

Nihil Novi, Blue Note, 2016

Nihil Novi, le premier album du saxophoniste Markus Strickland, est produit par Michelle Ndegeocello, et de fait, on retrouve un peu de l’univers de la bassiste de Washington. Un mélange de soul, de grooves puissants, de voix féminines, de sons hip-hop, et bien sûr de jazz. Car il s’agit bien de jazz, mais plutôt celui de Robert Glasper (qui participe d’ailleurs à l’album) que de Wynton Marsalis. Références aux samples, aux breakbeats (le batteur Chris Dave est là aussi), le son se veut résolument d’aujourd’hui. Et ça fonctionne plutôt bien. Les puristes ne pourront nier que cette musique, quelle que soit son appellation, n’aurait pu être enregistrée il y a quelques décennies, contrairement à certaines productions actuelles…

Catégories : A croquer sans modération! | Étiquettes : , , , , | Poster un commentaire

Entreprises pionnières de l’Est parisien : la couperie de poils de lapin Pellissier, Jonas et Rivet (6/6)

Le fonds Découverte de l’Est parisien de la médiathèque, et le Pavillon de l’Ermitage vous proposent la dernière chronique de leur série Entreprises pionnières de l’Est parisien, dans la continuité de l’exposition Affaires de familles, présentée initialement à la médiathèque de mai à octobre 2015, et actuellement visible au Pavillon de l’Ermitage jusqu’au 17 juillet 2016.

 

Haut les mains, peau de lapin !
La couperie de poils de lapin Pellissier, Jonas et Rivet

 

Chronique n° 6 / 6

 

Coll. particulière

Coll. particulière

Au tournant du XXème siècle, plusieurs entreprises spécialisées dans le traitement des peaux de lapins sont implantées dans l’Est parisien. Parmi les établissements les plus florissants, Chapal à Montreuil, et Pellissier, Jonas et Rivet, dans le XXème arrondissement, installent même des filiales à l’étranger.

En 1871, M. Pellissier, originaire du Puy-de-Dôme, ouvre un atelier de couperie de poils de lapin au 49, rue de Bagnolet. Un lointain cousin auvergnat, François Rivet, vient de temps à autres lui prêter main forte. Une collaboration fructueuse qui se solde quelques années plus tard par une association.

En 1891, François Rivet fonde un atelier de coupe à Brooklyn, quartier de New-York où il s’installe avec sa famille, au grand désespoir de sa mère.

L’utilisation des poils de lapin est alors en vogue pour remplacer d’autres matières animales plus nobles comme les poils de loutre ou la zibeline. Un autre textile également produit avec les poils de lapin, le feutre, rencontre un grand succès, notamment pour la fabrication de chapeaux.

Les techniques pour conserver et améliorer les peaux de lapin sont diverses et parfois polluantes ou malodorantes : procédé de teinture issu de l’industrialisation, secrétage (une technique secrète propre à chaque entreprise, destinée à faciliter le feutrage des peaux) ou encore conservation à la naphtaline.

François Rivet revient à Paris en 1905 après avoir fait fortune, laissant son associé américain Louis Jonas, gérer la filiale de son pays. En France, la couperie fait aussi beaucoup de bénéfices jusqu’à l’entre-deux guerres où Pellissier et Rivet se séparent. Le développement des matières synthétiques, la fin de l’engouement pour les chapeaux et la situation économique font que l’entreprise gérée par André Chauvard, petit-fils de M. Rivet, ferme ses portes dans les années 1960.

 

Lire la chronique précédente

 

« Affaires de familles – Entreprises pionnières de l’Est parisien 1850-1950 » au Pavillon de l’Ermitage, jusqu’au 17 juillet 2016.
(ouverture du jeudi au dimanche 14 h – 17 h 30).

Catégories : A l'affiche! | Étiquettes : | Un commentaire

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :