Sans modération

Quelques premiers romans de la rentrée littéraire à découvrir

Envie de découvrir un nouvel auteur ?

 

Parmi les romans à dévorer à la rentrée, nombre de premiers romans. En voici quelques uns à découvrir qui nous ont particulièrement plu. A la médiathèque, vous les repèrerez grâce à un logo « Premier roman » collé sur la couverture.

 

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Une fiche est glissée à l’intérieur de l’ouvrage sur laquelle vous pouvez écrire une critique. En fin d’année, une bibliographie d’une trentaine de romans sera publiée grâce à vos coups de cœurs.

 

Enquête sur un amour interdit

                L’amour des Loving / Gilles BIASSETTE (BakerStreet)

 

lovingCinquante ans après l’abrogation de la ségrégation raciale aux Etats-Unis, Gilles Biassette romance une histoire vraie, oubliée et pourtant …

Richard et Mildred Loving ont joué un rôle majeur dans la marche vers l’égalité. En 1957, ils forment un jeune couple amoureux et se marient, mais il est Blanc et elle, métisse. L’État de Virginie où ils vivent est un état ségrégationniste. Condamnés et bannis de cet état, ils ne se verront reconnaître la légalité de leur mariage qu’en 1967 par la Cour Suprême.

À travers le portrait de ce couple discret, sans revendication aucune si ce n’est celle de fonder une famille – « les Loving n’étaient pas subversifs, mais leur amour l’était » – Gilles Biassette photographie l’Amérique profonde des années 50.

L’auteur fait des allers-retours entre ces années-là et les Etats-Unis de 2008 par la voix d’un jeune journaliste censé faire le portrait d’un ancien sénateur ségrégationniste, Harry Connors, qui va lui dévoiler bien des secrets.

 

                                                   Histoire familiale

                                La cache / Christophe BOLTANSKI (Stock)

cacheDans la famille Boltanski, on connaissait Luc, le sociologue et Christian, l’artiste. Voici Christophe, fils de Luc, qui livre là un portrait tendre, subtil et mélancolique de sa famille, fantasque entre toutes.

Trois figures dominent ce portrait familial : celles de la grand-mère maternelle, une femme handicapée, écrivain, qui régente son monde d’une main de fer, d’Étienne, son mari, médecin, un homme bon, effacé et mélancolique et de Jean-Élie, linguiste, le si discret frère de Luc et Christian.

Christophe Boltanski construit son récit autour d’un lieu, l’appartement familial, sis rue de Grenelle dans le 7ème arrondissement à Paris. En dessinant les pièces et en les parcourant (cuisine, bureau, salon… sans oublier la voiture, dans laquelle la famille s’entasse sans jamais en sortir pour parcourir l’Europe, car « elle satisfait nos désirs d’évasion et d’enfermement, de venue au monde et de retour à l’œuf fœtal »), Christophe Boltanski raconte le quotidien de cette famille bourgeoise, fauchée, pleine d’énergie, marquée par la peur : «Nous avions peur. De tout, de rien, des autres, de nous-mêmes (…) Des foules et de leurs préjugés, de leurs haines, de leurs convoitises (…) De toute personne investie d’une autorité quelconque, donc d’un pouvoir de nuire (…) De la petite comme de la grande histoire. Des joies trompeuses (…) Des honnêtes gens qui, selon les circonstances, peuvent se muer en criminels (…) De la réversibilité des hommes et de la vie. Du pire, car il est toujours sûr. Cette appréhension, ma famille me l’a transmise très tôt, presque à la naissance. »

Il faut dire que pendant la Deuxième Guerre mondiale, Étienne se terra dans une cache, « l’entre-deux », un espace qu’il garda, « la pièce lui servait d ‘espace transitionnel entre le dedans et le dehors, entre son for intérieur et la réalité. » En quelque sorte, la famille n’est jamais sortie de cette cache.

Christophe Boltanski décrit une famille marquée par l’Histoire, perpétuellement révoltée et empreinte de paradoxes – juive et catholique, bourgeoise et désargentée, repliée sur  elle-même et ouverte au monde.

 

                                       Conversation avec Camille

                Camille, mon envolée / Sophie DAULL (Philippe Rey)

camilleAprès la mort soudaine de sa fille Camille, âgée de 16 ans, Sophie Daull commence à écrire, jour après jour, s’attelant à « la fabrication d’un belvédère d’où Camille et moi pouvons encore, radieuses, contempler le monde. » Si Sophie Daull fait de sa fille un être de papier (selon l’expression du romancier Philippe Forest qui écrivit L’enfant éternel après la mort de sa propre petite fille) c’est pour rester à ses côtés, continuer à cheminer avec elle au quotidien.

La complicité, les chamailleries, les fous rires remplacés par le vide et le chagrin sont le fil conducteur du roman. Point d’atermoiement mais une volonté de raconter au plus près les quelques jours où la maladie soudaine et inexpliquée emporta la vie de Camille et en même temps celle de ses proches, puis les jours et les mois qui suivront.

La cocasserie et l’humour apparaissent dans les situations les plus dramatiques, comme l’organisation des funérailles de l’adolescente. Ce roman montre avec délicatesse le courage et la pudeur extrême d’une mère devant l’insupportable.

 

                                             Les forces du mal

                   Les loups à leur porte / Jérémy FEL (Rivages)

loupsUn adolescent, un bidon d’essence à la main, regarde la ferme de ses parents brûler, ses parents à l’intérieur. Un jeune homme traverse les Etats-Unis, un enfant sur le siège arrière de sa voiture, afin de le soustraire aux griffes de sa mère. Marie-Beth, une serveuse vivant au fin fond de l’Arkansas, doit faire face à un passé qu’elle avait vainement tentée de fuir. En France, des adolescents disparaissent dans la région de Nantes et ne sont jamais retrouvés. Près d’Annecy, dans une maison ressemblant à celle de Manderley, une jeune fille vit recluse. Quel point en commun entre ces personnages ?

Jérémy Fel, jeune auteur nourri de séries et de littérature américaines, a construit un puzzle diabolique où les forces du mal sont en chaque personnage qu’ils soient persécuteurs ou persécutés. Fan de David Lynch, Stephen King, de Joyce Carol Oates, Jérémy Fel affirme dans une interview récente (Technikart, juillet 2015) : « La découverte de l’œuvre de Joyce Carol Oates a été déterminante. Elle a expliqué que pour elle écrire c’était « confronter la part civilisée de l’homme à sa part de sauvagerie ». J’y souscris totalement, et cela peut tout à fait résumer ce que je tente moi-même de creuser dans ce premier roman. Je suis fasciné par la force qui se dégage de ses œuvres, la complexité de ses personnages, cette façon de malmener et de sonder leurs âmes, de ne pas avoir peur de confronter son lecteur aux pulsions humaines les plus sombres ».

De l’imagination, le sens de la narration et du suspense, une écriture très cinématographique, l’art de fouiller les âmes les plus perverses, tout concourt à ne pas lâcher ce premier roman magistral de maîtrise et d’invention.

 

                                  Chronique d’une mort annoncée

        La maladroite/ Alexandre SEURAT (Le Rouergue ; La Brune)

maladroiteL’institutrice

Quand j’ai vu l’avis de recherche, j’ai su qu’il était trop tard. Ce visage gonflé, je l’aurais reconnu même sans son nom – ces yeux plissés, et ce sourire étrange – visage fatigué, qui essayait de dire que tout va bien, quand il allait de soi que tout n’allait pas bien, visage me regardant sans animosité, mais sans espoir, retranché dans un lieu inaccessible, un regard qui disait, Tu ne pourras rien, et ce jour-là j’ai su que je n’avais rien pu. . .

Diana est une petite fille bien maladroite. Elle se cogne, elle se coupe, elle se brûle, elle tombe. Elle est souvent comme absente au monde et part dans des rires aigus, mystérieux. Si attachante, si troublante. Elle voudrait tant que ses parents l’aiment.

Et puis, un jour Diana disparaît.

Alors, ceux qui l’ont côtoyée – grand-mère, frère aîné, institutrices, directrices d’écoles, assistante sociale, gendarme, prennent la parole. Pour dire ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont fait, ce qu’ils auraient pu faire. Ces voix entremêlées disent l’incompréhension, l’indicible.

Inspiré d’une histoire vraie, Alexandre Seurat a écrit un roman distancié, d’une sobriété exemplaire.

 

 

 

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