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Heure du cinéma : Jim Jarmusch

Pour cette Heure du cinéma, nous avons choisi de vous présenter l’œuvre du réalisateur Jim Jarmusch, son univers décalé, poétique et burlesque.  Nous vous invitons à (re)découvrir ses thèmes de prédilections, entre musique et littérature, magie et humour.

Affiche Heure du cinéma

Nous avons retenu cinq thèmes qui nous ont semblé caractériser l’œuvre de Jim Jarmusch : l’errance, l’humour, la musique, le langage, la méditation

Jim Jarmusch

En introduction, voici quelques éléments biographiques :

Si l’on voulait résumer le cinéma de Jim Jarmusch, on pourrait reprendre sa devise : «Difficile de se perdre si l’on ne sait pas où on va ! ».

Jim Jarmusch est un cinéaste et musicien américain né le 22 janvier 1953 à Akron, près de Cleveland, dans l’Ohio.

Jarmusch tournage_broken_flowersJarmusch_1984

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il fréquente assidument les salles de cinéma dès l’enfance ; sa mère, qui écrit des comptes rendus de films pour le journal local, se sert du cinéma d’Akron comme garderie les samedis après-midis : ainsi, Jarmusch visionne deux à trois films dans la foulée, généralement des films de série B, SF ou films de monstre. Il conservera de cette époque le goût de ce genre de films et déclarera dans un entretien qu’il se serait bien vu réalisateur de séries B à cette époque (les années 50-60).

Il étudie la poésie à l’université de Columbia et s’imagine alors devenir écrivain et poète, avant de venir à Paris et d’assister aux programmations de la cinémathèque française.

Nick’s movie
Nick’s movie (1980)

A son retour aux Etats-Unis, il s’inscrit à l’université de New York en section Cinéma. Il a pour professeur le réalisateur Nicholas Ray, dont il devient l’assistant sur son dernier film co-réalisé avec Wim Wenders : il s’agit d’un documentaire intitulé Nick’s movie sorti en 1980. Ce documentaire montre les derniers jours de la vie de Nicholas Ray.

Jim Jarmusch a désormais les deux pieds dans le milieu du cinéma ; son premier film, Permanent vacation, sort également en 1980.

Jim Jarmusch se définit comme étant issu de la mouvance new-yorkaise de la fin des années 70, influencé, entre autres, par les poètes de la Beat Generation, principalement William Burroughs (que Jarmusch a suivi pendant plusieurs mois afin de réaliser un documentaire) et plus éloigné dans le temps, par les poètes maudits du XIXè siècle tels Verlaine ou Rimbaud.

Son parcours (la musique post-punk, les personnalités artistiques du New-York de la fin des années 70), son goût pour la poésie, la littérature, son refus, après avoir obtenu le prix « Caméra d’or » au festival de Cannes 1984, de réaliser des comédies américaines sucrées jusqu’à l’écœurement, font de Jim Jarmusch un cinéaste indépendant. Lui-même affirme : « Depuis les années punk, où nous nous opposions au business par principe, j’ai développé un sens assez affirmé de la contradiction. ». De cette époque, il retient également la formule « Do it yourself ».

Si Jarmusch utilise certains genres cinématographiques américains (western ; polar maffieux), « sa philosophie, l’essence de ses histoires, le lyrisme de ses personnages proviennent plus de la culture européenne, influence provenant peut-être de ses parents, d’origine allemande. Ses films reçoivent en outre un succès beaucoup plus conséquent en Europe qu’aux Etats-Unis.

Le cinéma de Jim Jarmusch met en scène de nombreux personnages en marge de la société, par choix ou parce qu’ils se retrouvent impliqués dans une série d’événements qui les sort du cours normal de leur existence. Nombre d’entre eux refuse d’adhérer aux valeurs de la société de consommation et de la société du spectacle.

 

L’errance,  le road movie

 

L’errance, thème incontournable de son œuvre, est présente dès ses premiers films.

4films premiers films
Permanent vacation (1980), Stranger than paradise (1984), Down by law (1986), Mystery train (1989)

A travers des travellings latéraux, plan-séquences, nous assistons à une déambulation en musique dans des lieux à l’abandon : à New York dans Permanent vacation et Stranger than paradise, dans un bayou de Louisiane dans Down by law, et à Memphis dans Mystery train.

Dans ces 4 films, les rôles principaux sont des personnages en marge de la société, sans attache. Son premier film, Permanent Vacation, est en fait un film de fin d’études, tourné en 1980, avec les moyens du bord (12 000 dollars), il fait jouer ses amis. Comme souvent, dans une première œuvre, elle est en partie autobiographique. Le personnage principal, Aloysious Parker, erre sans but dans les rues de New-York, s’imprégnant de musique et de littérature. Un film imparfait mais qui contient déjà les grandes thématiques de son œuvre : errance, références littéraires et musicales, incommunicabilité.

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Stranger than paradise (1984), Broken Flowers (2005)

Voyage, à pied, comme on l’a vu, à cheval (dans un autre de ces films, Dead man), en voiture, mais pas en bateau à voile. L’errance en voiture et particulièrement en Amérique, on appelle ça road movie ; Jarmusch l’utilise dans Stranger than paradise , où des immigrés hongrois quittent le quotidien morne de New York et Cleveland, pour découvrir le paradis de la Floride.

Dans Broken flowers, sorti en 2005, un cinquantenaire, interprété par Bill Murray, part à la recherche de ses anciennes conquêtes pour retrouver la trace d’un fils caché. En voiture et en musique donc : le mouvement chez Jarmusch est dicté par la musique, mais on y reviendra.

 

L’humour, l’absurde et un quotidien décalé

 

Jarmusch filme souvent un quotidien un peu étrange et décalé, emprunt d’humour et d’absurdité.

Au cours d’un entretien promotionnel pour la sortie en 2013 de son dernier film, Only Lovers Left Alive, Jarmusch déclare : « J’ai fini par envisager aussi [ce film] comme une comédie. Ce n’est certes pas une farce pétaradante, mais je voulais apporter cette dimension-là aussi, par légères touches. J’ai cette propension bizarre à envisager mes films de manière très sérieuse en amont, et à accorder de plus en plus d’importance aux aspects comiques au tournage, et les choses se rééquilibrent ainsi. Même quand je pense me lancer dans un projet sévère et ténébreux comme Dead Man, cela se révèle impossible, pour moi, de m’y tenir, et je ne peux pas m’empêcher d’intégrer au fur et à mesure des accents humoristiques. »

Ghost Dog (1999)
Ghost Dog (1999)

Cet humour se traduit notamment par l’insertion de scènes en décalage ou parfois sans aucun rapport avec l’intrigue du film comme dans Ghost Dog, sorti en salles en 1999. Toujours dans ce film, plusieurs personnages trouvent la mort avec une pointe d’humour noir.

Ghost Dog est un tueur à gage afro-américain, façonné par l’éthique samouraï, la philosophie des arts martiaux, la littérature et la musique hip hop. Au service d’une mafia balourde, cette dernière cherche à l’éliminer. Mais c’est toujours une mauvaise idée de chercher des noises à un guerrier samouraï…

 

 

 

 

D’autres formes d’humour apparaissent dans ces films, comme dans Down by law avec notamment une scène mélange de calembour, de comique de l’absurde et comique de geste où les personnages murmurent, entonnent puis crient « I scream for Ice Cream » ; ou dans Mystery Train où un groom frappe un insecte en plastique avec une tapette à mouche ou encore dans Dead Man où des cowboys déjantés s’entretuent.

 

Coffee and Cigarettes
Coffee and Cigarettes (2003)

Enfin, dans Coffee and Cigarettes, film composé d’une série de sketchs réunis en un long métrage sorti en salle en 2003. Chaque séquence fait intervenir plusieurs personnages qui, autour de quelques tasses de café, le temps de deux ou trois cigarettes, discutent de sujets aussi variés que les méfaits de la caféine, les théories du complot contre Elvis, l’art de préparer le thé anglais, ou les inventions de Nikola Tesla.

 

Musique, poésie, littérature

 

« Si je n’étais pas devenu cinéaste, je serais sans doute, aujourd’hui, un musicien qui écrit aussi des poèmes et réalise deux ou trois films plutôt qu’un cinéaste qui écrit un peu de poésie et joue de la musique ».

Parallèlement à ses débuts comme cinéaste, au début des années 80, il fonde The Del-Byzanteens, un groupe post-punk sur la scène rock new-yorkaise. Il y est claviériste et chanteur, le groupe tient 5 ans.

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Dans ses trois premiers films, c’est John Lurie qui compose la musique. Il est également devant la caméra, en tant qu’acteur. C’est là une spécialité de Jarmusch : faire jouer ses potes musiciens.

Reconnaitrez vous ces musiciens ?

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De gauche à droite : Rufus Thomas (l’un des fondateurs du Rhythm’n’blues moderne dans Mystery Train) ; Screamin’ Jay Hawkins (maître d’hôtel dans Mystery Train) ; Tom Waits (dans Down by law) ; Iggy Pop (dans Dead Man) ;  Richard Edson (1er batteur de Sonic Youth dans Stranger than Paradise) ; Joe Strummer (chanteur des Clash dans Mystery Train) ;  John Lurie (dans Down by law) ; RZA (dans Coffee and Cigarettes)

Mystery Train (1989)
Mystery Train (1989)

 

On le voit sur ce montage, il y a de nombreux musiciens dans Mystery Train. Le titre du film est celui d’une chanson popularisée par Elvis ; l’action se déroule à Memphis, 3 histoires parallèles, un couple japonais en pèlerinage dans la ville du King ; une jeune femme venue chercher le cercueil de son mari et un groupe de potes éméchés, mené par le leader des Clash Joe Strummer. Ils se croisent sans se rencontrer dans l’hôtel tenu par Screamin Jay Hawkins. Un autre tube d’Elvis, « Blue Moon » résonne dans les 3 parties, pour marquer l’unité de temps.

 

 

 

 

Lors d’entretien, Jarmusch a souligné l’importance de la musique : « [Elle] est la source de mes films. Les disques que j’écoute avant d’écrire un scénario font naître mes idées, me suggèrent la direction à prendre. »

 

Broken Flowers (2005)
Broken Flowers (2005)

Pour Broken Flowers, sorti en 2005, le thème musical central est un titre du musicien éthiopien Mulatu Atstake ; Jim Jarmusch, tenant absolument à utiliser ce morceau, crée le personnage de Winston (Jeffrey Wright), ami du personnage principal interprété par Bill Murray. Le film reçoit le grand prix du jury à Cannes. L’intrigue nous est en partie révélée dans l’extrait, Don Johnston, célibataire endurci, reçoit une lettre anonyme d’une ancienne conquête, lui informant qu’il a un fils de 19 ans, et que celui-ci a fugué, peut-être pour retrouver son père. Pour éclaircir le mystère, Don se lance à la recherche de ses anciennes amantes.

Porté par le charisme de Bill Murray, Broken Flowers est le plus grand succès en salle de Jarmusch.

 

 

 

Only lovers left alive (2013)
Only lovers left alive (2013)

Pour son dernier film Only lovers left alive, Jarmusch compose lui-même la musique en compagnie du musicien Jozef Van Wissem, joueur de luth.

On est à Detroit, références à la maison de disque « Motown », et sa concurrente « Stax », spécialisées dans la soul music. L’une à produit Marvin Gaye, les Jackson Fives, Diana Ross, Stevie Wonder, l’autre Otis Redding. Autre référence musicale à la maison de Jack White, guitariste de « The White stripes », auteur du tube « Seven nation army », « il est le septième fils de sa mère », dit Adam.

Only Lovers left alive se déroule dans un futur proche. Un couple de vampires, Adam et Eve, vit leur idylle depuis plusieurs siècles. Elle vit à Tanger, lui à Detroit, où il compose en secret ses musiques, dans une atmosphère crépusculaire.

Références littéraires et poétiques

 

Only Lovers Left Alive, œuvre empreinte de nostalgie, contient également de nombreuses références littéraires disséminés ça et là. On y voit Christopher Marlowe, interprété part John Hurt qui fut un dramaturge et poète, ayant vécu au 16ème siècle (1564-1593), rival de Shakespeare.

On l’a vu en introduction, Jarmusch a commencé par étudier la poésie, avant de se tourner vers le cinéma ; les deux sont liés : « Je pense que mon désir de faire du cinéma vient vraiment de la poésie. J’écrivais des poèmes qui devenaient, peu à peu, des petites histoires. Des poèmes en prose qui s’inspiraient de certaines strophes de Rimbaud, de Blaise Cendrars ou de Max Jacob, par exemple, et j’ai commencé à y glisser des termes de cinéma – cadre, gros plan, moteur – de manière abstraite».

Il cite dans ses influences, les poètes de l’école new-yorkaise des années 50 et 60 , Frank O’Hara, John Ashbery, et Kenneth Koch, son professeur à l’université. « Je voulais devenir le cinéaste de cette école de poésie qui abordait l’absurdité de la condition humaine comme Oscar Wilde : la vie est trop importante pour qu’on la prenne au sérieux ».

27_poètes

Par deux fois, Jarmusch utilise des fragments de poème en guise de citation, au début de ces films comme une indication sur le sens de l’œuvre : ainsi, dans The limits of control  ce sont les deux premiers vers du poème « Le bateau ivre » de Rimbaud : «Comme je descendais des Fleuves impassibles/Je ne me sentis plus guidé par des haleurs » qui renvoie à l’idée d’errance, de voyage, de trip hallucinogène…

Dead man débute également par une citation du poète et peintre Henri Michaux, tiré de recueil Plume : « Il est toujours préférable de ne pas voyager avec un mort ». Mais c’est un autre poète qui est au cœur du film, William Blake, poète et peintre des 17e et 18e siècles (1757-1827).

Dead man (1995)
Dead man (1995)
William Blake by Thomas Phillips
William Blake (1757-1827)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Si l’indien Nobody avait rencontré le véritable William Blake, il ne l’aurait probablement pas confondu avec Johnny Depp ! Dead man, l’un des sommets de son œuvre, western métaphysique. Johnny Depp n’est donc pas poète mais comptable. L’action se passe en 1870, il se rend sur la côte ouest pour trouver du travail, et devient malgré lui un hors-la-loi, blessé et traqué. Il est recueilli par Nobody, qui le confond, comme on l’a vu, avec le poète William Blake, et décide de sauver son âme.

Le samourai, rashomon
Le Samouraï (1967), Rashomon (1950)

Un autre film enfin, Ghost Dog débute par la lecture d’un extrait de l’Hagakure, également appelé le livre du samouraï. Le film fait également référence au Samouraï Jean-Pierre Melville, dans lequel Alain Delon incarne un tueur à gages et à Rashomon, réalisé par Akira Kurosawa, film lui-même adapté d’un conte japonais écrit par Ryunosuke Akutagawa.

 

 

 

L’incommunicabilité, la pluralité des langues, l’Amérique melting pot

 

Une pluralité de langues ; l’Amérique melting pot

 

« Je suis très attaché à l’idée que nous ne parlions pas tous la même langue. […].La multiplicité des langues et la variété des cultures engendrent des difficultés de compréhension qui me semblent très fertiles. »

L’usage de langues différentes autres que l’anglais, même succinctement, se retrouve dans plus de la moitié des films de Jarmusch :

Stranger than paradise (1984)
Stranger than paradise (1984)

Eva, 16 ans, quitte la Hongrie et débarque chez son cousin Willie, installé depuis 10 ans à New-York. Elle découvre un quotidien morne, d’abord à New-York puis chez sa tante, à Cleveland. Un an après avoir quitté l’appartement de Willie, ce dernier accompagné de son ami Eddie, décide de lui rendre visite et lui propose de poursuivre leur périple en direction du paradis qu’incarne la Floride…

 

 

 

 

 

 

 

Down by law (1986)
Down by law (1986)

Dans le bayou, au cœur de la Louisiane, Jack, proxénète à la petite semaine, et Zack, disc-jockey habitué à ne travailler que dans les radios les plus minables, se retrouvent en prison, dans la même cellule, à la suite de mésaventures plus comiques que dangereuses. Ils sont rejoints par Roberto, un immigré italien. Cet improbable trio va parvenir à organiser une évasion.

 

 

 

 

 

 

 

Night on Earth (1991)
Night on Earth (1991)

Composé de cinq sketchs se déroulant dans cinq grandes villes du monde : L.A ; New-York ; et trois capitales européennes : Paris ; Rome ; Helsinki. L’action se déroule au même moment.

Les langues originales du lieu de l’action sont utilisées : ainsi, dans le sketch se déroulant à Paris, les comédiens Isaac de Bankolé et Béatrice Dalle parlent français ; les protagonistes du sketch se déroulant à Helsinki parlent le finnois ou le suédois, ceux du sketch se déroulant à Rome parlent italien.

D’autres films encore utilisent ou simplement évoquent des langues autres que l’anglais :

 

 

 

 

Nobody dans Dead Man
Nobody dans Dead Man

Nobody parle une langue indienne ; il parle souvent par allusion, avec un ton emphatique.

 

 

 

 

 

 

Ghost Dog a pour principal ami un Français (Isaac de Bankolé) : l’un ne parle qu’anglais, l’autre uniquement le français ; ils se comprennent néanmoins et sont l’un pour l’autre l’ami le plus cher. L’un dit dans une langue ce que l’autre vient d’exprimer dans sa propre langue.

 

The Limits of Control (2009)
The Limits of Control (2009)

Le périple lent d’un mystérieux homme solitaire, dont les activités restent en dehors de la légalité. L’objet de sa mission n’est pas dévoilé. A la fois concentré et contemplatif, notre homme accomplit un voyage à travers l’Espagne, mais aussi à l’intérieur de sa conscience…

Chaque personnage que rencontre l’homme solitaire commence par lui demander s’il parle espagnol. Les différents personnages secondaires s’adressent à lui en français, créole, espagnol, anglais…

 

 

 

 

 

L’incommunicabilité ; chacun dans sa sphère, chacun sa voie

 

Jarmusch met régulièrement en scène des personnages qui se croisent, se rencontrent ou se connaissent bien mais qui n’arrivent pas forcément à communiquer ou à être sur la même longueur d’onde. Chacun semble enfermé dans sa bulle, a sa vision du monde, ses attentes et son rythme propre.

 

La contemplation  et la méditation :
prendre son temps ou se préparer à agir

 

Le cinéma de Jim Jarmusch est souvent contemplatif. Le déroulement de l’histoire se fait avec lenteur. De nombreuses scènes sont sans aucune parole et l’on voit souvent les personnages perdus dans leurs pensées, au repos, en train de regarder la télé, d’écouter de la musique. Plutôt que de suivre un fil d’Ariane narratif, le déroulement de l’histoire prend de nombreux détours, fait des pauses.

The Limits of Control
The Limits of Control

Jarmusch développe ce principe à l’extrême dans The  Limits of Control puisque le film montre le périple d’un tueur à gage qui prend son temps, contemple (on le voit se rendre au musée du Prado, à Madrid afin de contempler à chaque fois une seule œuvre), médite, pratique le tai chi. Le film est constitué par la répétition d’une séquence-type  : l’homme solitaire rencontre un individu qui, après avoir parlé quelques minutes, lui délivre une boîte d’allumettes contenant une information lui permettant de se rapprocher de la cible à éliminer.

Mais la méditation ou la pratique d’exercices associés aux arts martiaux (Tai Chi ; Chi Kong ou Kung Fu…) servent également à préparer l’action.

Cet aspect du cinéma de Jim Jarmusch est apparu relativement récemment dans sa filmographie (en 1999 dans Ghost Dog). Peut-être une façon supplémentaire de souligner l’importance de prendre son temps, de cheminer à travers la voie propre à chacun.

 

Pour conclure …

 

Lors d’un entretien de décembre 2009 avec un journaliste de Télérama, Jim Jarmusch a évoqué la difficulté croissante à l’heure actuelle de faire des films qualifiés d’indépendants. Les financements sont plus difficiles à obtenir qu’il y a une ou deux décennies. Pour conserver sa liberté (tant au niveau de la réalisation que de l’exploitation, J. Jarmusch conserve les droits sur ses films).

« Dès qu’on en quitte les marges, la culture américaine est déprimante. Je me suis donc posé une question simple : « Pourquoi devrait-on toujours travailler de la même façon ? Pourquoi s’asseoir à son bureau et se creuser les méninges pour deviner ce que désire le public et comment le lui offrir ? » Dans quelle mesure puis-je me dérober à leurs attentes, non pas pour les frustrer, mais parce que le cinéma est un monde formidablement vaste et ouvert et que, autour de nous, tout rétrécit ? Je ne pense pas qu’on sortirait en salles aujourd’hui les films de Tarkovski, Antonioni ou Buñuel. Pas en Amérique en tout cas »

Dans un entretien de 2013, on voit que sa position à évolué, contrainte par l’échec commercial de The limits of control.

« Pour la première fois, avec Only lovers left alive, les droits de mon film ne m’appartiennent pas. Or, je me suis toujours battu pour ça. J’étais un des très rares cinéastes à posséder le négatif de mes films. C’était la base de ma liberté. A l’orée des années 1980, le credo de ma génération était celui du do it yourself. Nous voulions maîtriser nous-mêmes tous les secteurs de la création. J’ai eu la chance de rencontrer des investisseurs qui faisaient confiance à cette vision, mais les gens ne prennent plus de risques, aujourd’hui ; l’argent circule moins, il faut rendre des comptes à des financiers obsédés par les pertes. Avec ce film, mes comptes sont dans le rouge. J’ai dû fermer ma société de production pour en créer une autre, plus modeste. Il faut que je redémarre sur une plus petite échelle, sans garder le contrôle sur tout. C’est peut-être plus sain. Je ne sais pas…»

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