Au coeur de la mêlée : les écrivains et la Guerre de 14-18

Au cours de la Première Guerre Mondiale, 450 écrivains français sont morts. Alain-Fournier, Charles Péguy, Louis Pergaud, Jacques Rivière furent de ceux-là. Ils n’eurent pas le temps de témoigner, d’autres si.
Tous ont dénoncé cette guerre. Avec son lot d’horreurs et d’absurdités, elle devint le personnage principal des écrits. Quelle que soit la forme littéraire choisie (journal, roman, lettres), les écrivains firent œuvre de témoignage.

 

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Le feu écrit par Henri BARBUSSE, paru en 1916, marque la naissance du roman de guerre. Barbusse, en humaniste, souligne sa foi en l’homme tout en dénonçant les massacres.

 

 

 

S’ensuivirent des centaines d’autres témoignages, écrits sur le front ou peu de temps après la fin des hostilités. Parmi ceux-là figure en bonne place Clavel soldat de Léon WERTH (1878-1955).

 

LeonWerth_ClavelSoldatClavel soldat, c’est Léon Werth livrant ses souvenirs du front. En 1914, il a 36 ans. Romancier, essayiste, critique d’art, journaliste, il a pour amis Octave Mirbeau, Antoine de Saint-Exupéry (qui lui dédicacera Le Petit Prince), des peintres tels que Vlaminck et Bonnard. C’est un libertaire. Il se porte pourtant volontaire pour le front. Il vivra 15 mois de cauchemar avant d’être blessé et réformé en 1916. Et deviendra un pacifiste.

Stéphane Audoin-Rouzeau écrit dans sa préface  : « C’est le roman de la haine de la guerre et aussi le livre de la haine de tous ceux qui l’ont rendue possible » et Clavel, le héros de Werth, d’affirmer : « Les gouvernements ont répandu par leurs agences, ils ont répandu par leurs socialistes et leurs anarchistes complices du jeu, l’idée que cette guerre était la dernière des guerres, la guerre tueuse de la guerre …  Si j’ai prétendu faire la guerre pour imposer la paix, c’est parce qu’on m’a trompé… peut-être parce que j’ai bien voulu m’être trompé, parce que cela m’épargnait la révolte ou la désertion qui obligent à des actes difficiles … ».

Léon Werth consigna son expérience au quotidien dans plusieurs carnets. Par la voix de Clavel, il raconte le terrible quotidien : la boue, les attaques suicidaires, les obus, les blessés qui hurlent, les morts, … Il n’épargne personne et surtout pas ses infortunés camarades de tranchée, des hommes du peuple, des paysans, des ouvriers, des petits fonctionnaires. « Salauds … Ce sont des salauds ». Il a honte pour eux. Il a honte de lui.

L’écrivain porte un regard sans concession sur une guerre où les hommes révèlent leurs plus bas instincts.

Le roman parut juste après la guerre en 1919 et fit scandale.

L’œuvre de Léon Werth, longtemps dans l’ombre, fut redécouverte grâce à Viviane Hamy qui publia dans les années 1990 et 2000 plusieurs de ses romans et témoignages qu’elle réédita lors du cinquantenaire de sa mort en 2005.

 

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William MARCH (1893-1954) a fait lui aussi la guerre. De retour aux Etats-Unis, couvert de décorations, il reste hanté par cette guerre et écrit dans des revues ce qu’il a vécu. Ces fragments seront regroupés dans Compagnie K sous la forme d’un roman qui paraîtra en 1933 et fera sensation.

113 chapitres très courts. 113 voix percutantes. Ils sont sergent, caporal, capitaine ou simple soldat. Ce sont des soldats de l’US Marines Corps, venus combattre en France en 1917. Chacun décrit un fait anodin ou dramatique. Parfois un même fait est raconté par plusieurs soldats.  Parfois un soldat raconte sa propre mort. Une scène peut durer quelques secondes ou quelques jours. Ici une attente interminable, là le bruit de la montre avant l’attaque…

Ces 113 textes brefs, écrits à la première personne, sont bouleversants. William March raconte avec une simplicité troublante les ravages de la guerre sur les hommes.

80 ans après sa parution aux Etats-Unis, il a été traduit il y a quelques mois en français par les Editions Gallmeister. Il n’a rien perdu de sa force.

 

En ce qui concerne les nombreux classiques, voici quelques suggestions de lecture :

 

9782258081222 Ceux de 14 de Maurice GENEVOIX (1890-1980)

« Ce que nous avons fait, c’est plus qu’on ne pouvait demander à des hommes, et nous l’avons fait ».

La réunion de cinq ouvrages, des témoignages sur l’expérience et l’engagement du sous-lieutenant Genevoix entre septembre 1914 et avril 1915.

 

 

 

front_cover_largeLe grand troupeau de Jean GIONO (1895-1970)

Un réquisitoire puissant contre la guerre

 

 

 

 

 

 

 9782253132868-T1914-1918 Français et Allemands dans les tranchées Un ensemble de quatre chefs-d’œuvre

– paru en 1919, Les croix de bois de Roland DORGELÈS (1885-1973)

« Mes morts, mes pauvres morts, c’est maintenant que vous allez souffrir, sans croix pour vous garder, sans cœurs où vous blottir. Je crois vous voir rôder, avec des gestes qui tâtonnent, et chercher dans la nuit éternelle tous ces vivants ingrats qui déjà vous oublient ».

– paru en 1920, Orages d’acier de Ernst JÜNGER (1895-1998). Le journal de guerre de l’officier Jünger dans l’armée allemande.

– paru en 1929, A l’Ouest rien de nouveau de Erich Maria REMARQUE (1880-1990). Chef d’œuvre pacifiste du romancier allemand.

– paru en 1930, La peur de Gabriel CHEVALLIER (1895-1969). La Grande Guerre fut « la plus formidable connerie des temps modernes ».

 

Sans oublier…

De Louis-Ferdinand CÉLINE (le Voyage au bout de la nuit) à Roger MARTIN DU GARD (les Thibault) en passant par Roger VERCEL (Capitaine Conan) ou Andreas LATZKÓ (Hommes en guerre) et bien d’autres, chacun décrit à sa manière le basculement d’un monde.

 

Aujourd’hui, la Grande Guerre continue d’inspirer.

 

C’est avec une 40177619histoire intimiste, Un siècle de novembre, que W. D. WETHERELL, un romancier et nouvelliste américain né en 1948, nous replonge dans le conflit. Le personnage principal, Charles Maden, juge et cultivateur de pommes sur une île près de Vancouver, est un honnête homme respecté. Sa femme vient de succomber à la grippe espagnole et il apprend la mort de son fils unique sur le front en Belgique. Dans un mouvement soudain, il traverse l’Atlantique pour se rendre sur les traces de ce fils aimé qui lui a échappé. Comme des centaines d’autres partis à la recherche, qui d’un fils, qui d’un père, qui d’un frère, Charles Maden erre tel un fantôme sur la ligne de front, exposé aux obus encore intacts, à la boue, au découragement, mais mû par une volonté farouche de voir là où son fils est tombé. Dans un décor de fin du monde, sa quête est parsemée de rencontres qui vont le réconcilier avec lui-même.

Un roman d’une grande profondeur.

 

9782707315656

Jean ROUAUD publia son premier roman Les champs d’honneur en 1990. Les dernières pages relatent l’histoire de deux oncles de son père emportés dans les tranchées. Une écriture ciselée, une œuvre remarquable.

 

 

 

 

 

 

Le-chemin-des-ames--nouvelle-couverture-C’est par le Chemin des âmes, un roman bouleversant, que Joseph Boyden (né en 1966), un écrivain canadien anglophone, se fit connaître en France en 2006. Il met ici en scène Xavier et Elijah, deux Indiens Cree, amis d’enfance, qui vont quitter leur vie en pleine nature pour aller combattre sur le front en France. Un seul reviendra de l’enfer.

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9782226249678gPierre Lemaître reçut le prix Goncourt 2013 pour Au-revoir là-haut. Un roman populaire avec son lot de rebondissements et d’actions. Une écriture descriptive. Un livre très cinématographique.

 

 

 

 

 

Comprendre la guerre, c’est également écouter ceux qui ont combattu ou qui en ont été des témoins :

 

paroles-de-poilusParoles de poilus : lettres et carnets du front 1914-1918

« Ces lettres ont été éditées et mises en ondes par Radio France et vous trouverez ici les plus fortes, les plus touchantes, les plus révélatrices, choisies parmi plus de 8000 lettres reçues.
Elles nous racontent une autre guerre parfois très différente des clichés lénifiants de nos livres d’histoire. Elles nous font entendre la vérité des mots écrits et prononcés par les parents de nos parents ».
Jean Pierre Guéno & Yves Laplume

 

 

FA171    « Ils ont tué Jaurès », s’écrie Raymond Deliot, serveur au café du Croissant en ce 31 juillet 1914. Trois jours après la mort du pacifiste tombé sous les balles d’un membre d’Action française, l’Allemagne déclare la guerre à la France. À travers chansons, documents sonores et témoignages d’anciens poilus,  La grande guerre  nous fait revivre , au cœur des tranchées, la folie meurtrière qui s’empare de l’Europe et se transforme en une vaste boucherie au fil d’un conflit qui s’éternise. Y.L – (Histoire)

 

 

FA5121La Grande Guerre (discours et témoignages), Institut des Archives sonores

« Près de quatre heures d’archives sur la guerre 1914-1918. Trois disques dans lesquels les récits d’anonymes se mêlent aux grandes voix historiques, où les témoignages de soldats sénégalais ou allemands enveloppent le discours d’un Clemenceau au timbre ronflant ou d’un Pétain en plein éloge du fantassin de Verdun. Citons d’autres intervenants parmi les cent quatre-vingts recensés : Trotski, Pershing, Ernst Jünger, Paul Deschanel, Léon Daudet, Churchill, ou Joffre. Dont les voix font parfois sourire, et bouleversent. » (Télérama)

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