Sans modération

Les ravissements de Marguerite : musique (juin)

 CHANSON

Michel Cloup duo

Minuit dans tes bras, MC Duo 2013

« Minuit dans tes bras » est le deuxième album du groupe Michel Cloup Duo dans lequel officient Michel Cloup et Patrice Cartier (ex-Diabologum, ex-Expérience, etc). Trois choses essentielles dans ce disque : la voix, la guitare baryton et  la batterie. Structure minimale qui n’en fait pas moins beaucoup de bruit pour le plus grand bien de nos oreilles et de nos tripes. Michel Cloup aime sa guitare électrique et ça s’entend dans ses longs solos noisy . Patrice Cartier se déchaîne sur sa batterie et ses tambourinements lents et lourds raisonnent dans nos têtes. Il n’en reste pas moins de beaux moments de calme, d’apaisement sur « coma » par exemple, titre instrumental qui rappellera à certains le morceau Dodeskaden (Theme) repris par Expérience, le défunt groupe du duo. Quand à la voix blanche du chanteur qui donne aux mots toute leur intensité, elle nous transperce en nous racontant les affres et les désirs du couple perdu au milieu de la quarantaine. Oui « nous vieillirons ensemble » en écoutant ce disque qui donne à nos années de maturité la bande-son de nos nuits d’insomnie.

Retrouvez le groupe en concert au Cent Quatre le 12 juin 2014.

CLASSIQUE

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Benjamin Britten

Piano Concerto; Violin concerto de Benjamin Britten, Chandos, 2013

L’écoute de l’impromptu du concerto pour piano suffirait à elle-seule à aimer cet enregistrement. L’orchestre accompagne subtilement le jeu du pianiste Howard Shelley, nous entraînant dans une atmosphère fantastique et poétique. Le deuxième mouvement constitué par la valse est tout aussi remarquable. Un très beau moment d’écoute pour découvrir Benjamin Britten autrement que par sa production vocale et opératique.

MUSIQUES DU MONDE

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Meta Meta

MetaL MetaL, Mais Um Discos 2014

Sorti au Brésil il y a deux ans, voilà enfin le deuxième album de Meta Meta paru sur le très recommandable label Mais Um Discos. Le novateur label anglais dédié aux musiques brésiliennes illustre bien le bouillonnement de la scène musicale brésilienne avec deux compilations incontournables, Oi ! A nova musica brasileira ! 2010 et Daora : underground sounds of urban Brasil : hip -hop, beats, afro & dub 2013 qui reflètent à merveille cette diversité. Fondé en 1999, Méta Méta (trois-en-un en langue yoruba) est d’abord composé de la chanteuse Juçara Marçal, du saxophoniste Thiago França et du guitariste Kiko Dinucci, tous impliqués dans différents groupes entre rock, choro, samba et musiques traditionnelles. On n’est donc pas étonné de découvrir une musique qui fusionne et transcende plusieurs univers musicaux mais l’intensité est telle qu’on reste scotché ! Très influencées par leur expérience avec la religion afro-brésilienne (le candomblé) leurs compositions sont des chants traditionnellement adressés aux divinités (les orixás) qu’ils mêlent à de la samba et à un jazz-punk parfois psychédélique et carrément free. Adeptes de recherche sonore et d’improvisation, le trio est accompagné d’un bassiste, d’un batteur et d’un percussionniste ainsi que, sur deux titres du célèbre batteur nigérian Tony Allen, créateur de l’afrobeat. Leur musique toujours très enracinée sait être mélodieuse et caressante mais aussi incantatoire et elle peut atteindre le chaos avec des sons sales et saturés. Au final un disque puissant et absolu qu’on apprécie plus à chaque écoute.

Pour en savoir plus vous pouvez consulter l’excellent blog sur les musiques du monde : Berceuse électrique

Et aussi un article de Véronique Mortaigne qui met bien en perspective la scène actuelle avec ses pairs musicaux : Les musiciens brésiliens d’aujourd’hui et de demain

MUSIQUES DU MONDE

cigdemCigdem Aslan

Mortissa, Asphalt Tango 2013

Le rebétiko est un blues urbain grec, un chant de déracinés. Souvent censurée, c’est aussi la musique du sous-prolérariat, des exclus et des marginaux. «Son acte de naissance est encore parfois l’objet d’affrontements entre ceux qui le situent au Pirée et dans les grands centres urbains de Grèce, voire dans les prisons et ceux qui le veulent plus « oriental » et plus « cultivé » né dans les villes grecques d’Asie Mineure comme Constantinople et Smyrne.» (http://rebetikobiblio.blogspot.fr/). Toujours est-il que c’est dans les années 20 qu’il s’est développé en Grèce continentale, après 1922 date de l’incendie de Smyrne (aujourd’hui Izmir) qui entraîna le renvoi par Mustapha Kemal (principalement dans les villes d’ Athènes et les ports du Pirée et de Salonique) des grecs orthodoxes installés à Syrme, en échange des musulmans turcs vivant en Grèce. Les réfugiés constitués essentiellement de grecs et d’arméniens s’installèrent dans les faubourgs des villes où grossirent des bidonvilles. Ils amenèrent avec eux leurs instruments et leur style de musique oriental avec ses influences turques et arabes, appelé Smyrneiko. Ce style se distingue par son instrumentarium varié (violon, lyra, oud, santour…), par la virtuosité des musiciens et la manière de chanter. Les musiciens du rebétiko dit Pireotiko, plus exclusivement masculins sont moins chevronnés et utilisent moins d’instruments : le djoura (un petit luth souvent remplacé par la guitare) et surtout les emblématiques baglama et bouzouki qui était «l’instrument des voleurs, des meurtriers, des condamnés à mort» (Vamvarakis). Après un âge d’or qui s’étendit des années 20 aux années 50, le rebétiko quitta les bas-fonds après la guerre et connu une évolution plus «variété» et «commerciale» avec les thèmes de prédilections (prison, drogue, crimes et délits, amour et sexe… ) édulcorés. Il connu un revival lors de la dictature des colonels (1967-1974) puis se développa via le mouvement de la world music. Depuis quelques années il jouit d’une reconnaissance au travers d’artistes internationaux comme Vinicio Capossela, En Chordais ou Cigdem Aslan (prononcez Chidem).

Née à Istanbul de parents kurdes, Cigdem vit à Londres depuis 2003. Elle a chanté au sein du Dunav Balkan Group puis a intégré en 2008 le groupe de musique klezmer She’Koyokh, présent ici sur trois titres. Enregistré sous la direction du joueur de qanun Nikolaos Baimpas, Mortissa (figure de la femme indépendante dans le rebétiko) propose une relecture moderne de chansons smyrneika chantées ici en grec et en turc, ainsi que des titres traditionnels issus des deux pays. Les instruments traditionnels (kanoun, oud, violon, bouzouki…) et modernes (contrebasse, guitare, clarinette) accompagnent la voix profonde et claire agrémentée de modulations orientales,  dans une musique qui crée un pont entre la Grèce continentale et l’Asie Mineure. On pense parfois aux chants judéo-arabes (les juifs séfarades était très présents à Salonique jusqu’à la seconde guerre mondiale) et à la musique soufie, évocation d’un cosmopolitisme musical méditerranéen. Qu’elles soient complaintes ou refrains joyeux, ces chansons qui parlent d’insoumission et d’indépendance sont des chants de liberté qui décrivent bien l’art de vivre qu’est le rébétiko.

A lire  :

rembetiko

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