Sans modération

Premiers romans 2014

C'est quoi ce roman, Corinne DevillaireC’est quoi ce roman ? ~ Corinne DEVILLAIRE (Editions Thierry Marchaisse)

Chronique tragi-comique d’un désastre familial annoncé.
Plusieurs voix s’entrecroisent et racontent les retrouvailles forcées d’une mère et de son fils et leurs conséquences sur toute la famille (sur la grand-mère, le grand-père par alliance, les parents, les enfants et même le chien !).
Trois générations livrent pêle-mêle et sans ménagement leurs passions, leurs rancœurs, leurs espoirs, leur amour jusqu’à l’explosion finale.
Une écriture cinématographique, haletante et pleine d’humour.

 

Terminus-BelzTerminus Belz ~ Emmanuel GRAND (Liana Levi)

Tous les ingrédients qui font un bon polar sont là : un jeune clandestin poursuivi par la mafia roumaine, une île perdue au large de la Bretagne, des marins rudes et revenus de tout, des légendes et bien sûr un zeste d’amour. Secouez et vous obtenez un cocktail détonnant, embarqués que nous sommes sur cette île de Belz envoûtante. Envoûtante par ses paysages et ses hommes fort en gueule mais si fragiles.
Emmanuel Grand a su donner une âme à son île et à ses personnages.

 

EdouardLouisEn finir avec Eddy Bellegueule ~ Edouard LOUIS (Seuil)

Eddy Bellegueule a changé de nom. Il est désormais devenu Edouard Louis. C’est donc bien ce dernier qui va pouvoir raconter aujourd’hui son enfance saccagée – la vie d’un petit garçon aux manières efféminées, rejeté par sa famille, une famille de rustres – Une vie où, au quotidien, prospèrent la brutalité, la misère et le racisme. Eddy va rejeter ce milieu qui l’a rejeté. Un bac option théâtre sera le début de sa délivrance.
Une première œuvre forte.

ALMarekLes conversations ~ Anna Lisbeth MAREK (Phébus)

Une vieille dame triste mais avant tout une femme en colère. Telle est Magda, au milieu des proches de son mari, au retour de l’enterrement de celui-ci.
Alors, elle se souvient de tout. De son enfance et de sa jeunesse illuminées par son amitié si insouciante et si forte pour Prune dans le Paris des années 20 et celui de l’Occupation. Elle se souvient des relations de confiance avec son père, si fantasque et bientôt silencieux. Elle se souvient … et sa colère monte.
Un court roman de facture classique, très fort. Des mots et une voix qui ne s’oublient pas, mais aussi des non-dits et des silences destructeurs.

fuir-penelope-denis-podalydesFuir Pénélope ~ Denis PODALYDES (Mercure de France)

Gabriel, frais émoulu du Conservatoire est engagé par Juan, un jeune cinéaste grec, ancien assistant d’Angélopoulos et admirateur d’Antonioni, qui lui propose le rôle principal de son premier film. Aussi inexpérimentés l’un que l’autre, entourés d’une équipe joliment théâtrale, nous suivons le tournage croquignolesque à travers la Grèce, l’Italie, la France.
Gabriel – une réplique du jeune Denis Podalydès – porte un regard humble, intelligent, juste et amusé sur le métier de comédien. Les scènes de l’apprentissage de la conduite automobile, la contemplation d’un chagrin d’amour, les anecdotes du tournage tumultueux, son amour de Rabelais qui rythme le roman, tout cela est relaté de manière drôle et touchante.
Un premier roman, délicatement décousu, d’une autodérision épatante.

legerete-Emmanuelle RichardLa légèreté ~ Emmanuelle RICHARD (L’Olivier)

Nous ne connaîtrons pas son nom ni même son prénom. Elle a 14 ans. Elle est tout sauf légère. Elle est en vacances sur la très chic île de Ré aves ses parents et son petit frère. Ses parents l’exaspèrent. Elle s’ennuie. Elle se trouve laide. Elle voudrait qu’un garçon la regarde. Elle se fait tout un cinéma.
Nous voyons sa vie et celle de ses proches le plus souvent à travers ses yeux d’adolescente solitaire et parfois sous le regard d’une narratrice.
Un portrait tout en finesse d’une adolescente sauvage dont les quelques certitudes et espoirs sont vite balayés par les doutes sous le soleil brûlant de l’été.
Un premier roman d’une justesse de ton et d’une lucidité remarquables. Nous sommes profondément touchés.

Voici quelques premiers romans 2014 que nous avons aimés.
Venez les découvrir au 1er étage à l’espace Roman.
Découvrez-les ainsi que d’autres jeunes (et moins jeunes) auteurs et faites-nous partager vos critiques. N’hésitez pas à remplir la fiche qui accompagne l’ouvrage.
A la fin de l’année, vos préférences ainsi que celles des bibliothécaires feront l’objet d’une bibliographie d’une trentaine de titres.
Voici la bibliographie de 2013.

 

Sans modération

Les ravissements de Marguerite : BD (juin)

harbinger Harbinger, t. 1, Joshua DYSART, éd. Panini comics, 2014

Peter Stanchek, une jeune homme de 18 ans se retrouve en cavale avec son meilleur ami, Joe Irons, après s’être tous deux échappés d’un hôpital psychiatrique.

En proie, l’un à des hallucinations et l’autre à de multiples voix s’entrechoquant dans sa tête, cet étrange couple se voit débaucher par Harada, le président de la société « Harbinger », une team de super-héros, appelés les « Psiotiques ». Harada, incarne une figure paternelle fallacieuse à laquelle Peter qui s’avère détenir des pouvoirs phénoménaux tente violemment de s’affranchir.

Cette nouvelle série, publiée initialement par l’excellente collection américaine « Valiant » s’apparente à  une réécriture anti-manichéenne et contemporaine des X-Men. Un comics captivant et plein de rebondissements.

ma vie mal dessinéeMa vie mal dessinée, Gipi, éd. Futuropolis, 2009

Autobiographie bigrement décalée dans laquelle Gipi se dévoile sans pudeur aucune. Il aborde ainsi, dans une narration complexe, faite de flash-backs et forwards, ses soucis sexuels, ses errances et une adolescence marquée par une expérimentation tout azimut de psychotropes. Le tout servi par un graphisme alternant crayonnés saccadés et de magnifiques aquarelles.

last manLast man, Balak-Vives-Sanlaville ; éd. Casterman ; coll. KSTR, 2013

Adrian Velba, 12 ans, s’apprête à participer à son premier grand tournoi et représenter son école de combat dirigée par Maître Jansen. Seulement, son partenaire fait défection à quelques heures de la clôture des candidatures. Heureusement, surgit  in extremis un grand gaillard que personne n’a jamais vu en ville, Richard Aldana.

Une série prometteuse qui adopte les codes du manga et qui fait preuve d’un sens aigu de la narration et du spectacle.

A l'affiche!

Retour sur… L’oreille ne fait pas la sieste : La Grande Guerre

 

L'oreille ne fait pas la sieste

 

Au rayon des textes lus de notre médiathèque de nombreux livres audio en lien avec la Première Guerre Mondiale vous attendent.

Nous avons présenté cette sélection lors de L’oreille ne fait pas la sieste du jeudi 15 mai.

Retrouvez ci-dessous les différents titres avec des liens menant vers notre catalogue et quelques extraits à écouter.

 

 

Prochaine séance: jeudi 19 juin à 15h pour un échange autour de nos coups de coeur et des vôtres.

 

 

 

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Documentaires :

Correspondant de la Grande Guerre / Albert Londres ; lecture Marc de Roy   1 CD

Les reportages effectués par Albert Londres pendant la Première Guerre mondiale présentent des portraits, des paysages, la survie dans les tranchées…

La grande guerre / S. Audoin-Rouzeau 1CD

Aborde les différents aspects de l’histoire de la Première Guerre mondiale, un conflit et une fracture brutale qui aura orienté le XXe siècle dans un sens tragique.

casqueÉcouter un extrait de La Grande Guerre: les causes

 

La Grande Guerre Vol. 2 (Les témoignages enregistrés des personnalités de l’époque) 3 CD

Les enregistrements réunis proposent les témoignages inédits d’intervenants, acteurs historiques de cette époque : civils évoquant leurs souvenirs d’enfance dans les villages, poilus, aviateurs, marins, personnalités (Clémenceau, Déroulède, Doumergue, Foch, etc.), Allemands, Anglais, etc.

La Grande Guerre expliquée à mon petit-fils / Antoine Prost ; lu par Patrick Hoft et Bastien Bidault 1 CD

Ce texte a été pensé et écrit en priorité pour des enfants entre huit et quatorze ans, mais aussi pour leurs parents. Il s’emploie à expliquer la Grande Guerre aux enfants : ce qu’est une tranchée, un poilu, comment fonctionnait l’économie pendant la guerre, pourquoi les Etats-Unis sont entrés dans la guerre en 1917, etc.

La France du XXè siècle Vol. 1 d’une guerre à l’autre de 1914 à 1958 – Un cours particulier de Jean-François Sirinelli / Jean-François Sirinelli 4 CD

Cours d’histoire de France racontés, expliqués et analysés par des universitaires.

Le nazisme en guerre / Christian Ingrao 1 CD

Met à jour le lien entre l’émotion sociale qu’a été le nazisme et l’expérience concrète du génocide pour tenter de comprendre comment s’est installé le consentement à la violence.

Verdun, années infernales : lettres d’un soldat au front (août 1914 – septembre 1916) / Henri Castex ; lu par Yves Belluardo 4 CD

La correspondance de son père, écrite au front et retrouvée dans les années 1980, a permis à Henri Castex de reconstituer un véritable journal des années terribles.

 

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Fictions & témoignages :

14 : suivi d’un entretien avec l’auteur / Jean Echenoz, aut. ; texte intégral lu par l’auteur 1 CD

Cinq hommes pris dans l’enfer des tranchées pendant la Première Guerre mondiale. Une femme attend le retour de deux d’entre eux.

A l’Ouest rien de nouveau / Erich Maria Remarque 1 CD

A travers le témoignage d’un soldat allemand de la Première Guerre mondiale, une dénonciation de la monstruosité de la guerre. Paul Bäumer, le narrateur, enrôlé avec six autres réservistes (Tjaden, Müller, Stanislas Katczinsky, Albert Kropp, Leer et Haie Westhus), raconte la mort de ses amis un à un, jusqu’à la sienne propre.

casqueÉcouter un extrait d’À l’ouest rien de nouveau: les poux, la paix…

 

Cheval de guerre / Michael Morpurgo, auteur ; lecteur Arnaud Denis 1 CD

En 1914, dans la ferme de son père, en Angleterre, Albert grandit en compagnie de son cheval bien-aimé, Joey. Pendant ce temps, les armées se préparent à affronter le cauchemar de la guerre. Dès lors, le destin de Joey est tracé : vendu aux soldats anglais, il partagera leur existence et leur lutte pour la survie.

La Fleur au fusil : chroniques de la guerre de 14-18 / François Bourcier dit Alain Guyard ; mise en scène François Bourcier 1 CD

A partir de chroniques et de témoignages, A. Guyard raconte l’histoire de ces jeunes hommes partis au front un été de l’année 1914. Il fait ressentir leur peur, leur folie et montre la déshumanisation du quotidien dans les tranchées.

Le Journal d’Adèle / Paule Du Bouchet ; lu par Isabelle Carré 2 CD

Adèle, treize ans et demi, va écrire, de juillet 1914 à novembre 1918, un journal qui lui tiendra lieu de confident et de soutien. Sous sa plume, tour à tour grave et sensible, se dessinent toute une époque, un village, ses habitants et des paysages.

casque Écouter un extrait du Journal d’Adèle: du 20 juillet au 24 septembre 1914

 

Lettres à Lou / Guillaume Apollinaire ; lu par Gérard Desarthe 1 CD

Au début de la guerre en 1914, Apollinaire rencontre Louise de Collignon de Chatillon. Elle devient sa maîtresse. Dès lors, de Nice où ils se sont rencontrés, puis de Nîmes où il rejoint le 38ème régiment d’artillerie et enfin du front où il s’est porté volontaire, Apollinaire se lance dans une folle correspondance témoignant de son amour passionné et fulgurant.

Mort à crédit ; Voyage au bout de la nuit / Louis-Ferdinand Céline ; extraits dits par Arletty et Michel Simon et la voix de Céline  1 CD

Ecrits à la première personne, les deux premiers romans de Céline font défiler une kyrielle de situations et de personnages sous le regard de son double littéraire, Ferdinand Bardamu. Ses commentaires dénoncent les horreurs dont il est le témoin, voire la victime : celles de la Grande Guerre et celles des rapports sociaux.

Paroles de poilus : lettres et carnets du front 1914-1918 / sous la dir. de Jean-Pierre Guéno et Yves Laplume 2 CD

Lettres et extraits de journaux intimes collectés par Radio-France auprès de ses auditeurs. Ils sont présentés, replacés dans leur contexte et témoignent de la vie dans les tranchées pendant la Première Guerre mondiale. Edition avec des lettres inédites.

casqueÉcouter la lettre de René Jacob

 

casqueÉcouter la lettre d’Henri Floch

 

casqueÉcouter la lettre de Georges Lallemand

 

Récits des tranchées : 1914-1918 / des Poilus de la Grande Guerre racontent ; lu par Christophe Bourdilleau 1 CD

Recueil de nouvelles écrites dans le cadre d’un concours littéraire organisé par l’armée, pendant la guerre.

casqueÉcouter la nouvelle « Le clairon »

 

Un long dimanche de fiançailles / Sébastien Japrisot ; lu par Gérard Desarthe et 10 comédiens 4 CD

Cinq soldats français, condamnés à mort en 1917 à la suite de blessures volontaires qu’ils s’étaient infligées pour rentrer chez eux, sont traînés face à une tranchée ennemie dans la Somme. Pendant une nuit et un jour, sous la neige, ils essayent de survivre. A l’autre bout de la France, la paix venue, Mathilde veut savoir la vérité sur cette ignominie et le sort de Jean, l’homme qu’elle aime.

casqueÉcouter le début d’Un long dimanche de fiançailles

 

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Les ravissements de Marguerite : de l’art! (juin)

etatEtat, de Paolo Woods et Arnaud Robert

Le photographe Paolo Woods et le journaliste Arnaud Robert donnent dans ce livre leur vision d’Haïti après de nombreuses années passées à l’arpenter, leur périple commençant au lendemain du terrible tremblement de terre de 2010. Loin du misérabilisme et du spectaculaire, leur ouvrage Etat questionne la naissance d’une identité nationale malgré la faillite de cet État. Le livre s’ouvre sur une très belle introduction de Dany Laferrière, et se poursuit entre textes de réflexion et images de la réalité haïtienne.

Sans modération

Les ravissements de Marguerite : musique (juin)

 CHANSON

Michel Cloup duo

Minuit dans tes bras, MC Duo 2013

« Minuit dans tes bras » est le deuxième album du groupe Michel Cloup Duo dans lequel officient Michel Cloup et Patrice Cartier (ex-Diabologum, ex-Expérience, etc). Trois choses essentielles dans ce disque : la voix, la guitare baryton et  la batterie. Structure minimale qui n’en fait pas moins beaucoup de bruit pour le plus grand bien de nos oreilles et de nos tripes. Michel Cloup aime sa guitare électrique et ça s’entend dans ses longs solos noisy . Patrice Cartier se déchaîne sur sa batterie et ses tambourinements lents et lourds raisonnent dans nos têtes. Il n’en reste pas moins de beaux moments de calme, d’apaisement sur « coma » par exemple, titre instrumental qui rappellera à certains le morceau Dodeskaden (Theme) repris par Expérience, le défunt groupe du duo. Quand à la voix blanche du chanteur qui donne aux mots toute leur intensité, elle nous transperce en nous racontant les affres et les désirs du couple perdu au milieu de la quarantaine. Oui « nous vieillirons ensemble » en écoutant ce disque qui donne à nos années de maturité la bande-son de nos nuits d’insomnie.

Retrouvez le groupe en concert au Cent Quatre le 12 juin 2014.

CLASSIQUE

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Benjamin Britten

Piano Concerto; Violin concerto de Benjamin Britten, Chandos, 2013

L’écoute de l’impromptu du concerto pour piano suffirait à elle-seule à aimer cet enregistrement. L’orchestre accompagne subtilement le jeu du pianiste Howard Shelley, nous entraînant dans une atmosphère fantastique et poétique. Le deuxième mouvement constitué par la valse est tout aussi remarquable. Un très beau moment d’écoute pour découvrir Benjamin Britten autrement que par sa production vocale et opératique.

MUSIQUES DU MONDE

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Meta Meta

MetaL MetaL, Mais Um Discos 2014

Sorti au Brésil il y a deux ans, voilà enfin le deuxième album de Meta Meta paru sur le très recommandable label Mais Um Discos. Le novateur label anglais dédié aux musiques brésiliennes illustre bien le bouillonnement de la scène musicale brésilienne avec deux compilations incontournables, Oi ! A nova musica brasileira ! 2010 et Daora : underground sounds of urban Brasil : hip -hop, beats, afro & dub 2013 qui reflètent à merveille cette diversité. Fondé en 1999, Méta Méta (trois-en-un en langue yoruba) est d’abord composé de la chanteuse Juçara Marçal, du saxophoniste Thiago França et du guitariste Kiko Dinucci, tous impliqués dans différents groupes entre rock, choro, samba et musiques traditionnelles. On n’est donc pas étonné de découvrir une musique qui fusionne et transcende plusieurs univers musicaux mais l’intensité est telle qu’on reste scotché ! Très influencées par leur expérience avec la religion afro-brésilienne (le candomblé) leurs compositions sont des chants traditionnellement adressés aux divinités (les orixás) qu’ils mêlent à de la samba et à un jazz-punk parfois psychédélique et carrément free. Adeptes de recherche sonore et d’improvisation, le trio est accompagné d’un bassiste, d’un batteur et d’un percussionniste ainsi que, sur deux titres du célèbre batteur nigérian Tony Allen, créateur de l’afrobeat. Leur musique toujours très enracinée sait être mélodieuse et caressante mais aussi incantatoire et elle peut atteindre le chaos avec des sons sales et saturés. Au final un disque puissant et absolu qu’on apprécie plus à chaque écoute.

Pour en savoir plus vous pouvez consulter l’excellent blog sur les musiques du monde : Berceuse électrique

Et aussi un article de Véronique Mortaigne qui met bien en perspective la scène actuelle avec ses pairs musicaux : Les musiciens brésiliens d’aujourd’hui et de demain

MUSIQUES DU MONDE

cigdemCigdem Aslan

Mortissa, Asphalt Tango 2013

Le rebétiko est un blues urbain grec, un chant de déracinés. Souvent censurée, c’est aussi la musique du sous-prolérariat, des exclus et des marginaux. «Son acte de naissance est encore parfois l’objet d’affrontements entre ceux qui le situent au Pirée et dans les grands centres urbains de Grèce, voire dans les prisons et ceux qui le veulent plus « oriental » et plus « cultivé » né dans les villes grecques d’Asie Mineure comme Constantinople et Smyrne.» (http://rebetikobiblio.blogspot.fr/). Toujours est-il que c’est dans les années 20 qu’il s’est développé en Grèce continentale, après 1922 date de l’incendie de Smyrne (aujourd’hui Izmir) qui entraîna le renvoi par Mustapha Kemal (principalement dans les villes d’ Athènes et les ports du Pirée et de Salonique) des grecs orthodoxes installés à Syrme, en échange des musulmans turcs vivant en Grèce. Les réfugiés constitués essentiellement de grecs et d’arméniens s’installèrent dans les faubourgs des villes où grossirent des bidonvilles. Ils amenèrent avec eux leurs instruments et leur style de musique oriental avec ses influences turques et arabes, appelé Smyrneiko. Ce style se distingue par son instrumentarium varié (violon, lyra, oud, santour…), par la virtuosité des musiciens et la manière de chanter. Les musiciens du rebétiko dit Pireotiko, plus exclusivement masculins sont moins chevronnés et utilisent moins d’instruments : le djoura (un petit luth souvent remplacé par la guitare) et surtout les emblématiques baglama et bouzouki qui était «l’instrument des voleurs, des meurtriers, des condamnés à mort» (Vamvarakis). Après un âge d’or qui s’étendit des années 20 aux années 50, le rebétiko quitta les bas-fonds après la guerre et connu une évolution plus «variété» et «commerciale» avec les thèmes de prédilections (prison, drogue, crimes et délits, amour et sexe… ) édulcorés. Il connu un revival lors de la dictature des colonels (1967-1974) puis se développa via le mouvement de la world music. Depuis quelques années il jouit d’une reconnaissance au travers d’artistes internationaux comme Vinicio Capossela, En Chordais ou Cigdem Aslan (prononcez Chidem).

Née à Istanbul de parents kurdes, Cigdem vit à Londres depuis 2003. Elle a chanté au sein du Dunav Balkan Group puis a intégré en 2008 le groupe de musique klezmer She’Koyokh, présent ici sur trois titres. Enregistré sous la direction du joueur de qanun Nikolaos Baimpas, Mortissa (figure de la femme indépendante dans le rebétiko) propose une relecture moderne de chansons smyrneika chantées ici en grec et en turc, ainsi que des titres traditionnels issus des deux pays. Les instruments traditionnels (kanoun, oud, violon, bouzouki…) et modernes (contrebasse, guitare, clarinette) accompagnent la voix profonde et claire agrémentée de modulations orientales,  dans une musique qui crée un pont entre la Grèce continentale et l’Asie Mineure. On pense parfois aux chants judéo-arabes (les juifs séfarades était très présents à Salonique jusqu’à la seconde guerre mondiale) et à la musique soufie, évocation d’un cosmopolitisme musical méditerranéen. Qu’elles soient complaintes ou refrains joyeux, ces chansons qui parlent d’insoumission et d’indépendance sont des chants de liberté qui décrivent bien l’art de vivre qu’est le rébétiko.

A lire  :

rembetiko