Sans modération

Une vie, un seul roman (1/3)

On ne connaît de ces personnes qu’un seul roman, souvent resté dans la postérité. Pourquoi un seul roman ? À cela, il peut y avoir plusieurs raisons :

– Certain·e·s auteur·e·s, disparu·e·s très jeunes, n’ont guère eu le temps de créer une œuvre romanesque comme c’est le cas d’Alain-Fournier, de Jean de La Ville de Mirmont, qui furent fauchés tous deux lors de la Grande Guerre, d’Emily Brontë morte de tuberculose, ou encore de Jean-René Huguenin décédé dans un accident de voiture.

– D’autres, parce qu’ils ont rencontré la forme romanesque tardivement dans leur vie, tel Giuseppe Tomasi di Lampedusa.

– D’autres encore, pourtant engagé·e·s dans une œuvre littéraire comme poètes ou nouvellistes, mais qui ne se sont essayé·e·s qu’une seule fois (ou presque !) à la forme romanesque : c’est le cas notamment de Richard Hugo, Sylvia Plath, Szilárd Borbély, J.D. Salinger et Nikos Kavvadias.

– D’autres enfin, engagés dans une œuvre artistique autre que littéraire tel le peintre Francis Picabia, l’architecte Fernand Pouillon ont pu, une fois dans leur vie, être tentés par le roman.

Et puis, il y a les inclassables, dont on sait parfois peu de choses, qui ont laissé essentiellement en héritage un roman unique. Parmi lesquels Dorothy Bussy, Zelda Fitzgerald, James Ross, M. Aguéev et Fritz Zorn.

Nous avons choisi de vous présenter dans une série de trois articles dix-sept romans et autant d’auteur·e·s qui représentent une grande diversité d’œuvres et de parcours personnels.

 

Auteur·e·s d’un seul roman présenté·e·s dans cet article

Alain-Fournier (1886-1914) / Le Grand Meaulnes (Fayard, 1986)

Jean de LA VILLE de MIRMONT (1886-1914) / L’Horizon chimérique suivi de Les Dimanches de Jean Dézert ; et Contes (Grasset ; Les cahiers rouges, 2008)

Emily BRONTË (1818-1848) / Les Hauts de Hurlevent (L’Archipel, 2013)

Jean-René HUGUENIN (1936-1962) / La Côte sauvage (Seuil ; Points, 1995)

Giuseppe TOMASI di LAMPEDUSA (1896-1957) / Le Guépard (Seuil, 2007)

 


 


ALAIN-FOURNIER (1886-1914)

Le Grand Meaulnes (1913)

Dans L’anthologie des écrivains morts à la guerre 1914-1918, publiée en 1924, il est déploré que : «Assurément, le plus grand nombre, fauchés à l’âge des premières lignes ou des premiers vers, n’avaient pas encore eu le temps de polir une œuvre ou même de l’amorcer réellement »Ce ne fut pas le cas d’Alain-Fournier (de son vrai nom Henri-Alban Fournier) qui publia de la poésie, dans diverses revues avant que Le grand Meaulnes ne paraisse, avec succès, en 1913.

« Une longue maison rouge avec cinq portes vitrées, sous des vignes vierges, à l’extrémité du bourg ; une cour immense avec préaux et buanderie, qui ouvrait en avant sur le village par un grand portail ; sur le côté nord, la route où donnait une petite grille et qui menait vers La Gare, à trois kilomètres ; au sud et par derrière, des champs, des jardins et des prés qui rejoignaient les faubourgs… tel est le plan sommaire de cette demeure où s’écoulèrent les plus tourmentés et les plus chers de ma vie – demeure d’où partirent et où revinrent se briser, comme des vagues sur un rocher désert, nos aventures. »

Alain-Fournier a mis beaucoup de sa propre vie dans son roman. Sainte-Agathe, le village où se situe l’action ressemble beaucoup à celui de son enfance dans le Cher. Le narrateur, François Seurel, fils de l’instituteur, lui ressemble comme un frère. Et l’amour éperdu d’Augustin Meaulnes pour  Yvonne de Galais, rencontrée lors d’une fête étrange dans un château mystérieux, (cette fête était-elle un rêve ?) ressemble étrangement à l’amour impossible qu’éprouva Alain-Fournier pour Yvonne de Quiévrecourt.

Dès sa parution chez Emile-Paul en 1913, le roman reçut un succès immédiat. Il manqua le prix Goncourt de peu. Le 2 Mai 1913, Alain-Fournier écrivait à son ami Jacques Rivière : « Je ne demande ni prix ni argent, mais je voudrais que Le Grand Meaulnes fût lu. » Son succès n’a jamais été démenti depuis maintenant un siècle et Le Grand Meaulnes est devenu un classique de la littérature. La mort foudroyante de son jeune auteur y est pour quelque chose, mais sans doute davantage la portée universelle de cette émouvante histoire d’amitié et d’amour malheureux.

Alain-Fournier entreprit en 1914 l’écriture d’un second roman, Colombe Blanchet, resté inachevé. Le 22 septembre 1914, Alain-Fournier est tué au front. Ses restes, enterrés dans une fosse commune, seront retrouvés en 1991 et transférés dans la nécropole nationale de Saint-Rémy-la-Calonne (Meuse).

À lire, écouter & regarder également :

Alain-Fournier / Ariane CHARTON (Gallimard ; Folio biographies, 2014)

Le frémissement de la grâce : le roman du « Grand Meaulnes » / Jean-Christian PETITFILS (Fayard, 2012)

Une amitié d’autrefois : lettres choisies / Jacques RIVIÈRE & ALAIN-FOURNIER (Gallimard ; Folio, 2003)

Le grand Meaulnes : texte abrégé / texte dit par William MESGUICH (Gallimard, 2009) – Livre audio

Le grand Meaulnes / Alain-Fournier (Cideb, 2003)  – Méthode de langue

Le grand Meaulnes / Bernard CAPO (Casterman, 2011) – Bande dessinée

Le grand Meaulnes / Gabriel ALBICOCCO (Opening, 1998) – Film

 


 


 

Jean de La VILLE de MIRMONT (1886-1914)

Les Dimanches de Jean Dézert (1914)

Le 28 novembre 1914, au Chemin des Dames, un obus tua un jeune poète aujourd’hui oublié sauf de quelques fervents admirateurs. Il s’appelait Jean de La Ville de Mirmont.

L’œuvre de ce jeune homme se compose d’un recueil de poèmes, de quelques nouvelles, et d’un court roman, Les dimanches de Jean Dézert, publié à compte d’auteur en 1914. « J’ai imaginé un petit roman qui m’amuserait beaucoup. Le héros de l’histoire serait absurde et tout à fait dans mes goûts. Ce sera désolant sous un aspect ridicule. Mon personnage est définitivement employé de ministère. Il habite mon ancienne chambre de la rue du Bac, en face du Petit Saint-Thomas, sous l’obsession d’un plafond trop bas. Il s’ennuie mortellement par faute d’imagination, mais est résigné à sa médiocrité […] Je n’ai même pas la peine d’inventer. » écrit-il à sa mère.

Jean Dézert, c’est Jean de La Ville de Mirmont lui-même évoquant sa bien triste vie sans ambition de fonctionnaire de la préfecture de la Seine qui ira jusqu’à vouloir se suicider, mais un dimanche « afin de ne pas manquer son bureau » sans parvenir toutefois à réussir ce geste ultime.

L’écrivain sauve pour ainsi dire cette vie médiocre par un style cinglant, mâtiné d’une douce ironie et d’une pointe de cynisme. Un texte très moderne par la forme que les éditions Grasset sortirent de l’oubli en 2008 en même temps que le reste de l’œuvre de son auteur, notamment ses poèmes. Et une partie de ses poèmes a été réunie sous le nom de L’horizon chimérique – dans lequel il dit son amour inassouvi de la mer – dont quatre poèmes ont été utilisés par Gabriel Fauré pour son célèbre cycle de mélodies également intitulé L’horizon chimérique. Julien Clerc, lui aussi, dans son album Si j’étais elle sorti en 1999, a mis en musique L’horizon chimérique.

Jérôme Garcin enfin, dans Bleus horizons, un roman poignant paru en 2013 chez Gallimard, redonna vie à Jean de La Ville de Mirmont, cet homme fragile, dépressif, issu d’une famille protestante bordelaise, ami et condisciple de Mauriac, injustement oublié et disparu si jeune.

Sur sa table de travail, on retrouva le dernier poème qu’il écrivit :

« Cette fois mon cœur, c’est le grand voyage,
Nous ne savons pas quand nous reviendrons.
Serons-nous plus fiers, plus fous ou plus sages ?
Qu’importe, mon cœur, puisque nous partons. »

Il n’est pas revenu.

Extrait :

« Ce jeune homme, appelons-le Jean Dézert. À moins de le bousculer au passage, vous ne le distingueriez pas de la foule, tant il est vêtu d’incolore. Il porte un faux col, trop large et une cravate quelconque. Les jambes de ses pantalons, ainsi que les manches de son veston, se plient d’elles-mêmes aux genoux et aux coudes. Ses pieds tiennent à l’aise dans des chaussures fatiguées. »

À lire également :

Bleus horizons / Jérôme GARCIN (Gallimard, 2013)

Les désemparés : 53 portraits d’écrivains / Patrice DELBOURG (Le Castor astral, 1996)

Jean de La Ville de Mirmont / (Éditions Pierre Seghers ; Poètes d’aujourd’hui, 1968)

Si j’étais elle / Julien CLERC (Virgin, 2000) contient : L’horizon chimérique

La bonne chanson / Gabriel FAURÉ (Philips, 1992) contient : L’horizon chimérique, op118 : La mer est infinie ; Je me suis embarqué

 



Emily BRONTË (1818-1848)

Les Hauts de Hurlevent (1848)

« Peut-être la plus belle, la plus profondément violente des histoires d’amour… » Car le destin, qui, selon l’apparence, voulut qu’Emily Brontë, encore qu’elle fût belle, ignorât l’amour absolument, voulut aussi qu’elle eût de la passion une connaissance angoissée : cette connaissance qui ne lie pas seulement l’amour à la clarté, mais à la violence et à la mort… »

Ainsi écrivait Georges Bataille à propos des Hauts de Hurlevent qu’il considérait comme l’un des plus beaux romans de tous les temps.

Publié en 1848 sous le nom d’emprunt masculin d’Ellis Bell, tant il est vrai qu’à cette époque « La littérature, Madame, n’est pas une affaire de femme », le roman connaît un succès critique presque immédiat même s’il est moins éclatant que celui de Jane Eyre, le roman de sa sœur Charlotte publié au même moment.

Emily ne saura rien du succès de son histoire d’amour passionné, de vengeance et de mort : elle meurt peu après de la tuberculose.

Le roman se situe dans les paysages sauvages des landes de son cher Yorkshire sur une période d’une quarantaine d’années. Lorsque Mr Earnshaw ramène de l’un de ses voyages un enfant abandonné, Heathcliff, les réactions de ses enfants sont à l’image des orages qui surviennent parfois sur le domaine des Hauts du Hurlevent. Hindley, le fils, n’accepte pas cet enfant sombre et lui fait vivre un enfer. La fille, Catherine, se lie très vite à lui, d’un amour fusionnel. Mais en grandissant, elle va choisir comme mari Edgar, un jeune homme fade mais riche. Heathcliff devient un homme sans scrupule, qui jure de se venger des deux hommes l’ayant empêché de vivre pleinement son amour : Hindley, le frère ennemi, et Edgar, le mari de Catherine. La destruction de ces deux familles et de leurs descendances constitue alors son seul objectif.

Comment une jeune femme qui n’a pas quitté (ou si peu pour vite y revenir et s’y réfugier) son village austère et tant aimé d’Haworth, sa maison natale, le presbytère où son père, pasteur, éleva ses six enfants après la mort de son épouse, comment cette jeune femme, donc, a t-elle pu avec une telle audace, une telle singularité imaginer cette histoire de passions et de violences dans l’Angleterre du XIXe siècle et poser avec tant de profondeur la question de la violence et du mal ?

Le prénom du héros, Heathcliff, suggère du reste à la fois une certaine douceur, celle de la bruyère, heath, et le caractère abrupt, celui d’une falaise, cliff.

Emily Brontë faisait partie d’une fratrie de six enfants, tous morts jeunes de la tuberculose. Dès son plus jeune âge, elle inventa avec ses sœurs Anne et Charlotte et son frère Branwell un monde imaginaire, la saga des Glass Town puis avec Anne, leur propre monde, Gondal. C’est peut-être l’attachement à cet univers de fiction qui a rendu complexe son rapport au monde. Elle veillera inlassablement sur son frère Branwell, jeune prodige qui va perdre son talent, ses illusions et sa vie dans l’alcool, les drogues et le désespoir. Lui aussi mourra de la tuberculose.

À lire, écouter & regarder également :

Jane Eyre, Les hauts de Hurle-Vent, Agnes Grey / Charlotte, Emily et Anne BRONTË (Le Livre de poche ; La Pochothèque, 1997)

7 femmes / Lydie SALVAYRE (Perrin, 2013) (contient un portrait d’Emily Brontë)

Cahiers de poèmes / Emily BRONTË (J. Corti ; Collection romantique, 1995)

Poèmes : 1836-1846 / Emily BRONTË (Gallimard ; Poésie, 2007)

Le monde du dessous : poèmes & proses de Gondal et d’Angria / famille BRONTË (Éd. Anabet ; Littérature, 2006)

Wuthering heights / Emily BRONTË (Harper Collins, 2009)

Wuthering heights / Emily BRONTË (Black Cat, 2006) – Méthode de langue

Les hauts de Hurlevent / Luis BUÑUEL (Films sans frontières, 2007) – Film

Les sœurs Brontë / André TÉCHINÉ (Ciné Solutions cop.2012) – Film

Les hauts de Hurlevent / William WYLER (MGM, 2004) (avec Lawrence Olivier & Merle Oberon) – Film

Les hauts de Hurlevent. Volume 1 / YANN & EDITH (Delcourt ; Exlibris, 2007) – Bande dessinée

Les hauts de Hurlevent. Volume 2 / YANN & EDITH (Delcourt ; Exlibris, 2007) – Bande dessinée

Les hauts de Hurlevent / Emily BRONTË (Thélème, 2011) – Livre audio

 


 

 

 

 

 

 

 

Jean-René HUGUENIN (1936-1962)

La côte sauvage (1960)

Il affirmait dans le feu de la jeunesse : « Il est clair que je n’ai pas ma place dans ce monde, parmi ma génération, au sein de cette civilisation. Je vais écrire quelques romans, et puis j’éclaterai comme un feu d’artifice et j’irai chercher la mort quelque part. La pensée de mourir est finalement ce qui me console le plus. » Ce jeune homme bien né a disparu, à toute vitesse, au volant d’une Mercedes, à l’âge de 26 ans. Il laisse derrière lui quelques articles (il était journaliste au Figaro littéraire et aux Lettres françaises), des nouvelles, un Journal et un roman unique, célèbre, La côte sauvage.

Qui était ce feu-follet des Lettres nommé Jean-René Huguenin ? Il avait fondé la revue Tel quel avec Sollers avant de fustiger le Nouveau Roman, la Nouvelle Vague, l’existentialisme et même Françoise Sagan : « elle parle de l’ennui à des gens qui s’ennuient » disait-il. Il était un jeune homme pressé et ambitieux, qui avait eu pour professeur Julien Gracq, pour admirateur François Mauriac, pour amis Jean Edern-Hallier et Renaud Matignon, pour modèle Hemingway.

La côte sauvage fut publiée en 1960, deux ans avant sa mort, et connut un succès immédiat. C’est l’histoire d’un amour contrarié et possessif, entre Olivier, le double de l’auteur et Anne, sa petite sœur, qui s’apprête à épouser un ami d’enfance. Dans le huis-clos de la maison de famille de Bretagne lors d’un été lumineux, Olivier, qui a une relation fusionnelle avec sa sœur, n’aura de cesse d’empêcher ce mariage.

Pour Olivier, c’est le dernier été de l’insouciance, l’adieu à l’enfance. Il ne peut retenir ses derniers instants de bonheur. Le soleil de l’été brûle les corps et les âmes. La vie est pourtant la plus forte. Sauf pour lui.

Une superbe étude de sentiments, à contre courant du roman de l’époque.

De Jean-René Huguenin, il faut lire également son Journal, qu’il avait commencé à l’écrire à l’âge de 18 ans et qui fut publié un an après sa mort. Pour Renaud Matignon, qui s’exprime dans l’avant-propos : « S’il y consigne souvent des faits mineurs de son existence, c’est toujours pour les dégager de l’actualité immédiate, pour y chercher une signification, une vérité, un drame, un visage, ou le sien propre ».

Et deux jours avant sa mort prématurée, Huguenin concluait ainsi de façon bouleversante dans ce Journal : « Ne plus hésiter, ne plus reculer devant rien. Aller jusqu’au bout de toute chose, quelle qu’elle soit, de toutes mes forces. N’écouter que mon impérialisme ».

Extrait :

« À quoi bon les rejoindre ? Qui l’attendait ? Il était seul. Simplement, la présence des autres, leurs questions et leurs cris lui dissimulaient parfois sa solitude, formaient entre elle et lui comme un écran dont il éprouvait à cet instant la transparence et l’irréalité. Une force douloureuse le traversa, il pivota lentement sur lui-même – les roches déchiquetés, noirâtres, le phare lointain, la lande noyée, les moutons, les rochers – et il lui sembla faire d’un seul regard le tour de toute la terre. « Personne n’existe », murmura t-il. » (p.56)

À lire, écouter & regarder également :

Journal / Jean-René HUGUENIN (Seuil ; Points, 1997)

Une autre jeunesse / Jean-René HUGUENIN (Seuil, 1965)

Le feu à sa vie : textes et correspondances inédits / Jean-René HUGUENIN (Seuil, 1987)

 



 

 

 

 

 

Giuseppe TOMASI DI LAMPEDUSA (1896-1957)

Le Guépard (1958)

La bibliographie de Giuseppe Tomasi di Lampedusa n’impressionne pas par son volume : un recueil de nouvelles, La sirène et le professeur, quelques études littéraires, sur Stendhal, Shakespeare, Byron, une correspondance, un récit, Voyage en Europe, mais surtout un unique roman, Le guépard, un chef-d’œuvre.

Tomasi di Lampedusa écrivit Le guépard à la fin de sa vie, de 1954 à 1956, après y avoir, semble-t-il, songé durant des années. Comme il le dira à l’un de ses amis, il s’inspira de l’histoire familiale : « Il est superflu de te dire que le prince de Salina est le prince de Lampedusa, Giulio Fabrizio, mon arrière-grand-père. » En toile de fond, un moment important de l’histoire de l’Italie, le Risorgimento, qui signifia les dernières heures du royaume des Deux-Siciles, lorsque débarquèrent les troupes de Garibaldi et que l’île allait être rattachée au nouveau royaume d’Italie. Le prince de Salina, héros du roman, dont un guépard figure sur le blason, observe l’effondrement inexorable d‘un monde ancien, celui de la toute-puissance de l’aristocratie sicilienne dont il était l’incarnation. Surgit alors un ordre nouveau dont saura profiter le jeune neveu de Salina, Tancredi, un séducteur désargenté, amoureux et bientôt époux de la belle Angelica, fille d’un petit notable rural, un parvenu.

À travers une multitude de scènes d’une grande subtilité, Le guépard, nous fait ressentir sur cinquante années, de 1860 à 1910, la langueur mélancolique née de ce monde qui court à sa perte. Un éclatant chant funèbre que Luchino Visconti traduira admirablement à travers un film, un second Guépard, autre chef-d’œuvre, qui obtiendra la Palme d’or en 1963 au Festival de Cannes. Burt Lancaster dans le rôle du Prince Salina y est prodigieux, Alain Delon est un Tancrède impétueux et opportuniste et Claudia Cardinale une Angélique volontaire.

Le roman de Lampedusa paraîtra en 1958, un an après la mort de son auteur. Tomasi di Lampedusa avait vu son œuvre refusée par les deux grandes maisons italiennes, Einaudi et Mondadori. Il en avait conçu une profonde amertume. Grâce au romancier Giorgio Bassani, Le guépard paraîtra finalement chez Feltrinelli, une jeune maison d’édition fondée en 1954. Tomasi di Lampedusa ne saura rien de cette publication et du succès foudroyant de son roman, qui obtiendra le prix Strega, l’équivalent italien du Goncourt.

Né en 1896, Giuseppe Tomasi di Lampedusa était d’une famille aristocratique. Il avait surtout beaucoup voyagé, se passionnant pour les langues et la lecture davantage que pour l’écriture avant de fréquenter des cercles intellectuels au début des années 1950.

À lire, écouter & regarder également :

Il gattopardo / Giuseppe TOMASI di LAMPEDUSA (Feltrinelli, 1991)

Shakespeare / Giuseppe TOMASI di LAMPEDUSA (Allia, 2000)

Stendhal / Giuseppe TOMASI di LAMPEDUSA (Allia, 2002)

Byron / Giuseppe TOMASI di LAMPEDUSA (Allia, 1999)

Voyage en Europe / Giuseppe TOMASI di LAMPEDUSA (Seuil, 2007)

Le guépard / Luchino VISCONTI (Pathé distribution, 2011) – Film

Le professeur et la sirène / Giuseppe TOMASI di LAMPEDUSA (Seuil, 2002)

Découverte de l'Est parisien

ROCK DANS L’EST PARISIEN : programme et appel au peuple !

 

bannière FB rock

Le fonds Découverte de l’Est parisien de la médiathèque présentera à l’automne prochain un projet original dédié au rock dans l’Est parisien.

Conçu en partenariat avec Eric Tandy, journaliste (Rolling Stone, Politis…), et Marsu, ex-manager du groupe Bérurier Noir et fondateur des labels Bondage et Crash Disques, ce projet apporte un éclairage particulier sur 40 ans de vie musicale dans l’Est parisien.

A travers une exposition et deux conférences, la fine équipe passera en revue les lieux clés qui font de l’Est parisien l’un des grands bastions du rock hexagonal, du mythique Gibus au non moins légendaire studio Davout, en passant par les squats ou les magasins de disques…   Un show case suivra début 2018 avec un groupe du cru.

Lieux du rock dans l’Est parisien est aussi un projet participatif : nous invitons toutes les personnes intéressées à partager avec nous leurs souvenirs d’événements rock, ayant pour cadre les 10e, 11e, 12e, 19e, 20e arrondissements ou les communes de banlieue limitrophe. Ces souvenirs pourront prendre la forme d’affiches, de flyers, de billets de concerts, de photographies de lieux, d’acteurs de la scène rock et de concerts …

Une page Facebook est ouverte pour recueillir ces contributions, qui pourront également être présentées dans l’exposition en accord avec les donateurs. Merci d’adresser à ce sujet un mail à : rockestparisien@gmail.com avec toutes vos coordonnées.

We need you !

Début de l’exposition Lieux du rock dans l’Est parisien : le mardi 7 novembre 2017 au 3ème étage de la médiathèque, fonds Découverte de l’Est parisien

Première conférence sur les lieux du rock le samedi 9 décembre 2017 à 15h.

A l'affiche!

Retour sur…L’oreille ne fait pas la sieste (juin)

l'oreille-ne-fait-pas-la-sieste

Comme chaque mois, nous avons sélectionné pour vous quelques livres audio et vous avez aussi partagé vos coups de cœur. Si vous avez manqué la présentation faite à la médiathèque le jeudi 1er juin, vous pouvez retrouver les références des livres audio partagés ci-dessous et écouter quelques extraits.

 

L’oreille ne fait pas la sieste c’est terminé pour le moment. Les rendez-vous reprendront l’année prochaine. A bientôt !

 

24 heures de la vie d’une femme sensible / Textes de Constance de Salm et voix d’Eveline Legrand

Eveline Legrand reprend le roman épistolaire de Constance de Salm et fait entendre les 43 lettres écrites en 1814 par une jeune veuve qui se croit trahie par son amant. Reflet des émotions qui la dominent, ces lettres s’adressent à un jeune homme sans fortune dont elle se sait aimée et qu’elle croit infidèle, pendant qu’il travaille secrètement à rendre possible leur union.

casqueÉcoutez un extrait de 24 heures de la vie d’une femme sensible

 

 

Désorientale / Textes et voix : Négar Djavadi

Prix du style 2016, Prix Audiolib 2017

Si nous étions en Iran, cette salle d’attente d’hôpital ressemblerait à un caravansérail, songe Kimiâ. Un joyeux foutoir où s’enchaîneraient bavardages, confidences et anecdotes en cascade. Née à Téhéran, exilée à Paris depuis ses dix ans, Kimiâ a toujours essayé de tenir à distance son pays, sa culture, sa famille. Mais les djinns échappés du passé la rattrapent pour faire défiler l’étourdissant diaporama de l’histoire des Sadr sur trois générations: les tribulations des ancêtres, une décennie de révolution politique, les chemins de traverse de l’adolescence, l’ivresse du rock, le sourire voyou d’une bassiste blonde…
Une fresque flamboyante sur la mémoire et l’identité; un grand roman sur l’Iran d’hier et la France d’aujourd’hui.

casqueÉcoutez un extrait de Désorientales

 

 

Entretien d’Eric-Emmanuel Schmitt, par Jean-Luc Hees

Auteur fécond, Éric-Emmanuel Schmitt tient une place prédominante dans le paysage littéraire depuis plus de vingt ans. Romans (Ulysse from Bagdad), récits (Oscar et la dame rose), nouvelles (Odette Toulemonde), pièces de théâtre (Le Visiteur)… il s’est essayé à de nombreuses formes artistiques – y compris la musique – pour raconter le monde et l’être humain, à travers des personnages toujours emblématiques, profonds et attachants. Fasciné par les questions spirituelles et mystiques, cet écrivain-philosophe n’hésite pas, souvent avec humour, à bousculer les codes de la religion et de la littérature, ou même à revisiter l’Histoire. Comment est-il venu à l’écriture et l’a-t-il fait évoluer au fi l des années et des succès ? Pourquoi déploie-t-il autant d’audace dans son oeuvre ? Un échange riche en anecdotes et un regard précieux sur l’écriture. « Mon modèle d’écrivain, c’est Mozart… » Éric-Emmanuel Schmitt.

casqueÉcoutez un extrait de l’entretien

 

 

Vite, rien ne presse ! / Textes et voix : Vincent Roca

L’auteur et comédien s’interroge sur le temps. Le texte du spectacle créé en 2009 au Théâtre des Béliers lors du festival d’Avignon est accompagné de sa version enregistrée.

 

 

 

casqueÉcoutez un extrait de Vite, rien ne presse !

 

 

Mémoires de fille / Textes et voix : Annie Ernaux

L’auteure évoque l’été 1958 et sa première nuit avec un homme, passée dans une colonie dans l’Orne. Elle raconte l’onde de choc provoquée par ce moment et interroge la fille qu’elle a été à travers ses souvenirs, sa correspondance et ses photos, dans un aller-retour entre hier et aujourd’hui.

 

 

casqueÉcoutez un extrait de Mémoires de fille

 

 

Vivez mieux et plus longtemps / Texte et voix : Michel Cymes

 

Le médecin propose des conseils pour équilibrer son alimentation, adopter une meilleure hygiène de vie, améliorer sa pratique sportive, et garder la forme.

 

 

casqueÉcoutez un extrait de Vivez mieux et plus longtemps

 

 

 

 

 

 

A l'affiche!·Découverte de l'Est parisien

Crimes et rapines, petits faits et grandes affaires de l’Est parisien (1880-1914)

Le Pavillon de l’Ermitage, partenaire du fonds Découverte de l’Est parisien de la médiathèque, présente une nouvelle exposition intitulée Crimes et rapines, petits faits et grandes affaires de l’Est parisien (1880-1914), jusqu’au 16 juillet 2017. Nous vous en livrons un petit aperçu, agrémenté de quelques conseils de lecture.

 

Journal de la France, la IIIe République, 1970

 

Rare est l’occasion de se plonger dans les faits divers qui émaillent l’actualité de l’Est parisien au tournant du 20e siècle.

Du plus modeste larcin, intimement lié aux ressources économiques locales, aux spectaculaires méfaits de bandes plus ou moins hiérarchisées, crimes et délits défraient la chronique et tiennent en haleine le lecteur de la presse écrite, alors premier média de masse.

La vie quotidienne est perturbée par des voleurs de tous poils, amateurs de lots de chaussettes en gros ou de fruits mûrs des jardins.  Vols à la tire, à l’escalade, « à l’escampe », les manières de dérober le bien d’autrui sont multiples et créatives.

 

Collection particulière

 

Plus élaborées sont la contrebande d’allumettes clandestines ou le trafic de douceurs illicites destinées aux pensionnaires des hospices de vieillards pauvres.

Les fauteurs de troubles aux redoutables réputations tels que les Apaches ou les complices de la bande à Bonnot, inspirés de mouvements anarchistes, accompagnent les remous de l’histoire du début du 20e siècle.

Les rues de l’Est parisien sont le lieu d’emblématiques scènes de poursuites en diligence. Quant à la célèbre courtisane Casque d’Or, ses déboires amoureux suscitent de tumultueuses rivalités…

Pavillon de l’Ermitage, 148 rue de Bagnolet, 75020 Paris

Jours et Horaires d’ouverture : du jeudi au dimanche de 14 h à 17 h 30

Tarifs 3 euros, 2 euros

 

A lire au fonds Découverte de l’Est parisien

Chroniques du Paris apache : 1902-1905 / Amélie Elie

Mercure de France

 

 

 

Casque d’Or et le mythe des apaches dans l’Est parisien : Violence et opinion publique à la Belle Epoque / par Christiane Demeulenaere-Douyère

Association d’Histoire et d’Archéologie du 20e arrondissement

Sans modération

Chroniques musique (juillet-août) : Marguerite sur écoute !

ELECTRO

                                           

 Forest Swords

 Compassion, Ninja Tune, 2017

Forest Swords est le projet du britannique Matthew Barnes, après son premier album Engravings, paru en 2013 sur le label Triangle, le voici de retour avec un nouvel LP.

Suite à plusieurs collaborations, notamment avec le groupe Massive Attack, le musicien et producteur, propose, avec Compassion, une musique expérimentale, proche du trip-hop, du dub, où des sonorités orientales ou tribales s’invitent sur certains morceaux. Des nappes instrumentales inquiétantes ou plus tranquilles font leur apparition et laissent cours à la rêverie, parfois la mélancolie. A d’autres instants des éléments synthétiques peuvent surgir et rappeler une certaine rudesse de la musique électronique.

La musique de Forest Swords est puissante car elle est riche, sans être fourre-tout. Il faut du talent pour restituer autant de facettes de la musique électronique et Matthew Barnes y parvient, nous entrainant dans une heure de divagation émotionnelle et musicale.

 

FUSION LATINE

 

Orkesta Mendoza

¡Vamos a guarachar! Glitterbeat records, 2016

Avec l’élection de Donald Trump, on a oublié qu’une bonne partie du sud des États-Unis est de plus en plus hispanophone (s’il ne l’a pas toujours été). Voici donc un combo de Tucson, Arizona, emmené par un des musiciens du groupe Calexico, célébrant les Cumbias, Mambos et autres Rancheras à la manière des voisins mexicains. Enfin, pas tout à fait, Sergio Mendoza et ses acolytes aiment trop le Rock pour ne pas insuffler quelques guitares « surf »et une touche de psychédélisme. On pense parfois aux groupes alternatifs de Barcelone comme Dusminguet, mais avec le charisme du chanteur mexicain Salvador Duran et un savoir-faire certain de l’orchestre, la sauce (piquante !) prend rapidement.

 

 

MUSIQUE CLASSIQUE

 

Filarmonica della Scala

Riccardo Chailly, dir.

Overtures, preludes & intermezzi  Decca, 2017

Cet enregistrement célèbre plus de 230 ans de créations dans la légendaire salle milanaise.

Le programme présente une sélection d’extraits symphoniques d’opéras italiens du XIXème siècle, créés à la Scala.

On y trouve des tubes (Norma, Madame Butterfly) mais également des ouvrages moins célèbres comme « Il finto Stanislao » de Verdi ou « Siberia » de Giordano. L’Orchestre Philharmonique de la Scala et Riccardo Chailly mettent magnifiquement en valeur ce répertoire inscrit dans leurs gènes.

 

 

 

ROCK

 

The Weirdos

Weird world 1977-1981 vol. 1 Frontier Records, 1991

 

We got the neutron bomb vol. 2 Frontier Records, 2003

The Weirdos est l’un des groupes phares de la scène punk de L.A.  de la fin des années 70 (avec X, les Germs et les Screamers).

Leur 1er single « destroy all music » sort en 1977 , il sera suivi par 2 maxi EP .

Le groupe est un équivalent humoristique de leurs collègues new-yorkais les Ramones,  avec un chanteur dont la voix ressemble à celle de David Johansen des N.Y. Dolls.

The Weirdos comme beaucoup de groupes punk de leur génération se séparent au début des années 80 pour se reformer ensuite début 90  donnant naissance à une compilation et un nouvel album « Condor ».